+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Présence Réelle et le développement doctrinal

Texte de Mark Shea

    Dans les années 1840, John Henry Newman publia son marquant « Essai sur le développement de la doctrine chrétienne » dans lequel il proposait que : 

1. la doctrine chrétienne doit croître et se développer dans le temps, et que 

2. la communion dans laquelle les doctrines de l’Église primitive sont le plus pleinement préservées et logiquement développées est l’Église de Rome (Il n’est pas surprenant que Newman quitta l’anglicanisme pour Rome après la publication de ce livre). 

Étant donné cette confusion, il est bon de voir comment l’Église a concrètement développé sa doctrine. Et un bon départ peut être le développement de l’enseignement de l’Église sur le centre de sa foi et de son culte : la Présence Réelle dans la Sainte Eucharistie. Car ce développement est caractéristique de la manière dont l’Église a toujours développé ses enseignements : selon le modèle de la graine de moutarde (Marc 4 : 30-32). 

L’important dans cette parabole de la semence de moutarde est que de grandes choses (intellectuellement, spirituellement, autant que physiquement) peuvent jaillir d’une petite graine. En effet, pour ceux qui ne le sauraient pas, la graine de moutarde est presque invisible et peut faire croire que la grande plante est «tombée du ciel», alors que, en fait, elle a de puissantes racines et fut plantée par le Maître du jardin lui-même. Alors, certains « chrétiens bibliques » mal informés, embarrassés précisément par ces trompeuses apparences, aiment à dire que la Présence Réelle (tout comme beaucoup d’articles de la foi catholique) n’a pas été articulée en utilisant le terme « transsubstantiation » pendant plus de mille ans après le Christ.  Par conséquent, ils concluent que l’Église a inventé et a ajouté à l’ensemble de ses articles de foi cette « doctrine humaine »  issue de la pure superstition du 13esiècle. Avant cette « mystification païenne », nous dit-on, l’Eucharistie était vue comme un simple symbole, et pas comme le vrai corps et sang, esprit, âme et divinité du Christ Jésus. 

Cependant l’Écriture est claire concernant l’enseignement de Jésus et de ses Apôtres sur la vraie nature de l’Eucharistie. Jésus lui-même dit : « Je suis le pain vivant ». Et de peur que quelqu’un lui fasse dire : « Mes enseignements, ou mon Esprit, ou mon éthique ou mon exemple est le pain de vie », il précise : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jean 6 : 51) et encore : « Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson » (Jean 6 : 55). 

Et il continue quand il consacre la première Eucharistie avec les mots : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance » (Marc 14 :22 ;24). L’Écriture est aussi claire qu’on peut l’être sur ce point. 

Ce point fut bien compris par les Apôtres. Car chaque once de preuve du Nouveau Testament indique qu’ils ont compris Jésus littéralement.  Paul, par exemple, ne parle pas de l’Eucharistie comme d’un symbole, mais comme d’une participation ou un partage au corps et au sang du Christ (1Co 10 : 16). Il la voit comme source de l’unité des chrétiens (1 Co.10 :17). Il enseigne que celui qui reçoit le pain et la coupe indignement « mange et boit son propre jugement » (1 Co.11 : 29). Le plus étrange de tout (du point de vue de ceux pour qui c’est seulement un symbole), il met en garde contre « pécher contre le corps et le sang du Seigneur »   (1 Co. 11 : 27). 

De plus, Paul ne dit pas cela de sa propre autorité. Il dit lui-même : « J’ai reçu du Seigneur, ce qu’à mon tour, je vous ai transmis » (1 Co. 11 : 23). Pour comprendre l’importance de cela, il nous faut nous rappeler que « recevoir et transmettre » appartient au jargon rabbinique et signifie « faire passer une tradition complètement ». En d’autres termes, Paul dit : « Ceci est ce que tous les Apôtres enseignent [ car cet enseignement vient du Seigneur (Luc 10 : 16)] ». 

Très bien donc, c’était le témoignage de l’Écriture. Et si on parlait de l’Église que les Apôtres ont enseignée ? Il n’est pas surprenant que l’Église post-apostolique (la plus ancienne) croit aussi que, d’une manière ou d’une autre, l’Eucharistie n’est pas un symbole mais littéralement le corps et le sang du Christ. Ainsi, vers 110, Saint Ignace d’Antioche écrit qu’il est essentiel de « ne participer qu’à une seule Eucharistie. Une en effet est la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ, un le calice qui nous unit à son sang «  (Épître aux Philadelphiens). En effet (suivant l’instruction apostolique ici plus près que n’importe où ailleurs) il fait de la foi dans la Présence Réelle un élément de discernement de l’orthodoxie, mettant en garde contre les hérétiques qui « s’abstiennent de l’Eucharistie et des prières car ils ne croient pas que l’Eucharistie soit la chair de notre Sauveur, Jésus-Christ » (Épître aux Smyrniotes). 

        De la même manière, Saint Jean Chrysostome déclare de l’Eucharistie :

« Quand vous la voyez exposée, dites en vous-même : merci pour ce corps : je ne suis plus poussières et cendres, je ne suis plus un captif mais un homme libre ». En effet il dit hardiment : « C’est ce corps qui fut un jour plein de sang, transpercé par une lance, duquel coulent les fontaines du salut sur le monde,  l’une de sang et l’autre d’eau. » (commentaire sur Corinthiens). 

Et ainsi à travers chacun des écrits des pères. En fin de compte, les pères grecs ont inventé le terme de meta-ousiosis(littéralement : changement de nature) pour décrire le miracle Eucharistique à la consécration. Donc à la fois dans l’Orient et l’Occident, nous n’avons aucune trace qu’il y ait aucun croyant orthodoxe qui ait douté que l’Eucharistie soit le corps et le sang du Christ pendant des siècles. 

Mais au IXe siècle apparurent les premières vagues d’une controverse réelle. A cette époque, un moine français nommé Ratramnus demanda : « Mais comment cela peut-il être le corps et le sang du Christ ? ». Il soutenait que le corps du Christ dans l’Eucharistie ne pouvait être le même que le corps du Christ crucifié et ressuscité car le corps eucharistique ne peut être vu ou senti. En un mot, pour Ratramnus, la présence réelle est spirituelle, et par conséquent pas physique. Ce type de raisonnement conduisit Ratramnus (et ceux qui le suivaient) à regarder de plus en plus l’Eucharistie comme un « simple symbole » (comprenez non-physique) de la « vraie » réalité  plutôt que le vrai corps et sang enseigné par les Apôtres. Par conséquent, sa théorie fut condamnée par le synode de Vercelli, mais la controverse continua pendant encore deux siècles, et Ratamnus fut longuement défendu par l’archidiacre Béranger de Tours. En réponse, le pape Grégoire VII rédigea une déclaration sur la foi de l’Église (réitérant les enseignements bibliques et patristiques sur la littéralité de la foi de l’Église sur ce point) et demanda à Béranger de s’y soumettre. Mais l’agitation continuait. 

C’est au coeur de cette agitation que le terme « transsubstantiation » est finalement créé par l’Église occidentale au XIIIesiècle pour définir plus précisément comment l’ « être » ou la « substance » du pain et du vin est divinement changée en l’être ou la substance du Christ Jésus. Mais comme nous l’avons déjà vu, cette foi ( maintenant exprimée avec un terme nouvellement inventé) n’est pas nouvelle en elle-même. Par conséquent, la transsubstantiation s’avère être enracinée dans la même révélation qui poussa l’Église orientale à essayer de la décrire  quelques siècles plus tôt avec le terme meta-ousiosis. Et meta-ousiosis est lui-même une simple manière de répéter le clair (et cependant mystérieux) enseignement du Seigneur et de ses Apôtres dans les Écritures. Paradoxalement, l’Église inventa un mot nouveau pour pouvoir continuer à sauvegarder l’ancienne révélation venant du Christ lui-même. 

Le développement du 13e siècle deviendra très important pendant la Réforme car le rejet de la sainte Tradition amena naturellement au chaos théologique. Pour Zwingli, l’Eucharistie est seulement un symbole. Pour Luther (qui détestait le symbolisme de Zwingli) c’est le vrai corps et le vrai sang, bien qu’il soit encore vraiment du pain et du vin (on appelle cela consubstantiation). Pour d’autres, c’est une étrange présence spirituelle qui est et cependant n’est pas le corps et le sang du Christ. Pour d’autres encore, la Présence Réelle existe, mais pas dans un changement miraculeux objectif de l’Eucharistie, mais dans notre attitude subjective envers elle : si nous croyons que c’est le corps et le sang du Christ, alors, c’est le corps et le sang du Christ. Sinon, non. Ce Pandémonium devient si grand qu’en 1577, à Ingolstadt, en Allemagne, un livre est publié intitulé : « Deux cents interprétations des mots : «Ceci est mon corps» » .

En réponse à ce chaos, l’enseignement catholique trima à répéter ses vieux enseignements eucharistiques comme le Christ repoussant le vent et les vagues. Paradoxalement, c’est l’Église (qui était attaquée pour « innovations » sur la « simple Parole de Dieu ») qui est maintenant attaquée pour « coller à une doctrine démodée et refuser de vivre avec son temps ». Mais c’est uniquement parce que l’Église est liée à croître dans ce que, en fait, Dieu a révélé dans « la foi une fois pour toutes transmise aux saints » (Jude 3). Ses développements sont donc organisés pour préserver, et non contredire ou démoder, son ancien dépôt de la révélation. 

Et tout ceci se fait, comme dit l’Écriture, sous la conduite de l’Esprit Saint dont le Christ avait promis : « Qu’il vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14 : 26) et « qu’il vous guidera dans la vérité toute entière » ( Jean 16 : 13). C’est pourquoi l’Église s’oppose implacablement aux dissidents (des innovateurs Zwingliens aux « catholiques modernes » pro-avortement ) qui répudient toute la Tradition en faveur de nouveautés. Ces deux extrêmes renient le « plant de moutarde » qu’est la foi soit en taillant la plante à la taille et forme qu’elle avait des siècles auparavant, soit en lui greffant le poison de branches de lierre, soit en le déracinant entièrement et, plantant un cactus à la place, l’appelant plant de moutarde.

Contre toute cette rigide obstination et cet abrutissant « goût du jour », l’orthodoxie catholique se tient comme un signe de contradiction. Elle tient parce qu’elle a des racines. Et elle a des racines parce qu’elle est bien plantée par le Propriétaire de la Vigne ; des racines qui drainent les sources de l’eau vive, racines qui ont fait de la plante de moutarde la plus grande de toutes les plantes du jardin, avec de grandes branches.  Et ces branches continuent de se développer suivant le plan de leur Créateur, de sorte que les oiseaux du ciel, les nations de la terre, et les gens de toutes nations, peuples et langues, puissent reposer à son ombre.

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Un commentaire sur “La Présence Réelle et le développement doctrinal

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