+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Comment la Tradition nous a donné la Bible

Texte de Mark Shea, Président de http://www.catholicexchange.com/

Il est encore révolutionnaire pour certains de réaliser que la Bible n’est pas tombée du Ciel en 95 après Jésus Christ, calligraphiée d’or et reliée de cuir, avec les mots du Christ écrits en rouge. En réalité, le canon des écritures chrétiennes s’est lentement affirmé sur une période d’environ 1500 ans. Cela ne signifie naturellement pas que l’Écriture ait été rédigée pendant 1500 ans après la vie du Christ. Cela signifie plutôt qu’il a fallu 15 siècles à l’Église pour énoncer formellement et définitivement quels livres de la grande masse de la littérature chrétienne primitive et de la littérature pseudo-chrétienne constitueraient la Bible.

Le processus de définition du canon des ÉcMark-Shearitures est un exemple de ce que l’Église appelle le «développement doctrinal ». Et cela est différent de l’ « innovation doctrinale ». La doctrine se développe comme le développement permet à un bébé de devenir un homme, pas comme si des nez, des yeux et des mains surnuméraires poussaient à un bébé. Si l’Église déclarait quelque chose d’absolument contraire à ses enseignements antérieurs, ce serait une innovation doctrinale (Exemple : « Le pape Jean Ringo premier déclare que la doctrine de la trinité n’est plus une doctrine chrétienne…). C’est contre de telles contradictions dans l’enseignement de la doctrine chrétienne que se situe la promesse que l’Esprit saint garderait la Tradition Apostolique. Et, en réalité, il n’y a jamais eu d’époque où l’Église ait un jour changé son enseignement dogmatique. (Les changements de prudence et de discipline sont autre chose. L’Église n’est pas éternellement liée, par exemple par le célibat sacerdotal, comme la femme de saint Pierre vous le dirait).

Mais bien que des innovations doctrinales soient impossibles, des développements de la doctrine ont lieu en permanence et permettent d’adapter l’enseignement séculaire à de nouvelles situations ou de mieux préciser les articulations d’un enseignement ancien qui n’a pas encore été pleinement explicité. Ainsi, par exemple, de nos jours, l’Église s’oppose aux recherches sur les cellules souches embryonnaires, même si le Nouveau Testament ne dit rien en la matière. Cependant, personne ne prétend que l’Église actuelle a inventé son enseignement contre la recherche sur les cellules souches embryonnaires à partir de rien. Nous comprenons tous que l’Église, par la nature même de sa Tradition, a dit « Tu ne tueras pas » pendant 2000 ans. Il a simplement fallu la folie de la recherche moderne sur les cellules souches embryonnaires pour amener l’Église à appliquer sa Tradition à cette situation concrète et affirmer ce qu’elle a toujours cru.

Il en est de même au XXIe siècle des attaques contre la vie humaine qui est sacrée, comme pour les attaques contre la Tradition dans les vingt siècles précédents. Jésus a établi la Tradition qu’il n’est pas venu abolir, la Loi et les Prophètes, mais les accomplir (Mat 5:17). Mais quand la Tradition se heurte aux théories des premiers chrétiens issus du judaïsme que tous les gentils devaient être circoncis pour devenir chrétiens, le concile de Jérusalem (Actes
15) est nécessaire pour expliciter autoritativement cette Tradition. De plus, le Concile résout la question en appelant la Bible, non comme le juge, mais comme le témoin. L’Écriture porte témoignage à l’appel des gentils, mais le jugement final dépend de l’autorité du Christ parlant par ses Apôtres et anciens dont la déclaration inspirée n’est pas « La Bible dit …», mais « Il a semblé bon à l’Esprit Saint et à nous-mêmes ». (Actes15:28)

En tout cela, l’Église, comme toujours, unit inséparablement l’Écriture, comme la lumière, et la Tradition, comme la loupe à travers laquelle cette lumière est concentrée. De cette manière, la graine de moutarde du Royaume continue de croître à cette lumière, devenant toujours plus moutarde, pas moins !

Comment la Tradition s’est développée, considérant le canon de l’Écriture?

Dans certains cas, l’Église tant à l’Est qu’à l’Ouest avait clairement en mémoire qui exactement avait écrit tel livre et a pu ainsi rester fidèle. Ainsi par exemple quand un hérétique du second siècle appelé Marcion proposa de supprimer l’Ancien Testament sous prétexte qu’il serait la production d’un Dieu mauvais et de canoniser les lettres de Paul (mais en découpant aux ciseaux toutes les citations de l’affreux Ancien Testament), et de la même manière de publier Luc (aseptisé du contact avec le judaïsme pour votre protection), l’Église réagit par ses évêques locaux en proposant le premier canon de l’Écriture (dans les aires affectées par l’hérésie de Marcion).

Remarquez que l’Église définit rarement ses enseignements (et en réalité est peu inclinée à la faire) à moins qu’une attaque contre la Foi (comme dans la cas de Marcion) ne l’oblige à la faire. Quand Marcion essaye de supprimer de la Tradition de l’Écriture Matthieu, Marc et Jean et les autres livres indésirables, l’Église applique la règle de base de la Tradition et dit : « Ceci ne s’accorde pas avec la Tradition qui nous a été transmise, qui se souvient que Matthieu écrivit Matthieu, que Marc écrivit Marc et que Jean écrivit Jean).

« Matthieu publia aussi parmi les Hébreux un Évangile écrit dans leur propre langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient à Rome et posaient la fondation de l’Église. Après leur départ, Marc, le disciple et interprète de Pierre, nous transmit alors par écrit ce que Pierre avait prêché. Luc aussi, le camarade de Paul, transmis dans un livre ce que ce dernier avait prêché. Ensuite Jean, le disciple du Seigneur qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi un Évangile alors qu’il résidait à Éphèse en Asie. » (
Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies,3,1,1)

En d’autres termes, nous pourrions dire qu’il y a une règle d’origine (basée sur la Tradition Sacrée) par laquelle l’Église évalue son canon. Ainsi quand d’autres hérésies différentes essaient d’ajouter l’Évangile de Thomas ou d’autres ersatz à la Tradition écrite de l’Église, au lieu d’essayer d’en soustraire à la collection de livres saints généralement reçue, l’Église souligne que, quelque soit le nom donné à l’auteur, le contenu ne cadre pas avec la Tradition de l’Église. Par conséquent, ce doit être un faux. En d’autres termes, il y a aussi une règle de fruits. C’est par cette double règle d’origine et de fruits que l’Église discerne le canon – – une double exigence qui est entièrement basée sur la Tradition Sacrée. L’Église dit en substance : « Ce livre a-t-il une Tradition ancienne et universelle attestant de son origine et/ou une approbation apostolique? Vérifions. Ce livre cadre-t-il avec la Tradition que nous avons tous apprise des Apôtres et que les évêques nous ont transmises? Vérifions. Si oui, alors on peut l’utiliser pour les célébrations publiques et il faut le considérer comme la Parole de Dieu ».

Ce fut aussi sur cette base que l’Église primitive s’opposa à certains livres et en accepta d’autres y compris les livres deutérocanoniques encore contestés par certains protestants : Tobit, Sagesse, Judith, Macchabée 1 et 2, Le siracide Baruch ainsi que certaines parties grecques de Daniel et Esther. Car l’Église fondée par les Apôtres pouvait remonter l’utilisation de la Septante (une traduction grecque de l’Ancien Testament qui inclut tous ces livres) dans le culte publique jusqu’à l’époque des Apôtres. En réalité, beaucoup des citations de l’Ancien Testament par les écrivains du Nouveau Testament sont en réalité, des citations de la Septante (cf. Marc 7:6-7; Hébreux 10:5-7, etc…). Par conséquent, le Corps du Christ vivant après les Apôtres a simplement retenu la pratique des Apôtres d’utiliser la Septante sur des bases purement traditionnelles. « Si c’est bon pour eux, c’est bon pour nous ». En revanche, les églises n’avaient pas de tradition transmise concernant les œuvres, par exemple, du poète crétois cité par Paul en Actes 17). Par conséquent, elles ne considérèrent pas son œuvre comme inspirée, même si Paul la cite. Ce fut par leur origine et leurs fruits que les livres de l’Église furent discernés, et ce fut par la règle de la Tradition Sacrée que cette origine et ces fruits furent connus.

Cette règle d’origine et de fruits sont encore plus visibles dans la canonisation du Nouveau Testament, en particulier dans la cas d’Hébreux. Il y eut en réalité un certain nombre de controverses dans l’église primitive concernant la canonisation de ce livre (aussi bien que pour les livres suivants : 2 Pierre, Jude et l’Apocalypse). Certains Pères, en particulier à l’Ouest, ont rejeté Hébreux (surtout à cause de son manque de signature). Cependant, l’Église l’ accepta par la suite. Pourquoi? Hébreux fut jugé apostolique parce qu’au final, l’Église discerna qu’il rencontrait la règle des origines et des fruits quand on l’évaluait avec la Tradition Sacrée.

Le Corps du Christ croyait depuis longtemps que Hébreux disait la même chose que ce que la Tradition Sacrée de l’Église avait transmis par ses évêques. Ainsi, même des Pères (comme Irénée) qui le rejetèrent de leur canon de l’Écriture inspirée le regardaient malgré tout comme un bon livre. C’est-à-dire qu’il avait toujours satisfait à la règle des fruits. Comment alors satisfit-il à la règle de l’origine apostolique? En un mot, malgré le manque d’attestation dans le texte d’Hébreux lui-même, il y avait une ancienne tradition dans l’Église ayant commencé à l’Est, là où le livre fut envoyé en premier semble-t-il) que le livre tenait son origine de la plume de Paul. Cette tradition, mieux installée à l’Est qu’à l’Ouest, (la communication de masse instantanée étant pour les années à venir) rend compte de la lenteur qu’ont eue les pères de l’Ouest (comme Irénée) à accepter ce livre. Mais la profondeur des racines de la tradition de l’Est selon laquelle Paul était l’auteur persuada par la suite toute l’Église. Bref, comme pour la question de la circoncision dans le livre des Actes, le statu d’Hébreux ne fut pas immédiatement clair même pour un honnête fidèle (comme le fut Irénée). Cependant, l’Église en concile, confiante dans l’éclairage de l’Esprit Saint, finit par venir à un consensus et canonisa le livre sur la même base que le Concile de Jérusalem promulgua son décret obligeant la foi : « Il a semblé bon à l’Esprit Saint et à nous-mêmes… ».

De même, ces livres que l’Église n’a pas canonisés comme appartenant au Nouveau Testament furent rejetés parce qu’ils ne satisfaisaient pas à l’exigence d’origine et des fruits de la Tradition Sacrée de l’Église. Des livres comme le Didachê ou le Pasteur d’Hermas, alors qu’ils satisfaisaient à l’exigence de fruits, ne satisfaisaient pas à l’exigence d’origine, puisque leurs auteurs n’ont pas vécu assez près du cercle apostolique – – un cercle qui fut, au final, assez restreint par l’Église guidée par le Saint-Esprit. Ce cercle, par conséquent, exclut même Clément parce qu’il n’était pas assez proche des Apôtres comme Marc ou Luc (qui étaient considérés comme les rapporteurs des évangiles de respectivement Pierre et Paul), alors qu’il vint en « troisième place après les Apôtres». L’Église conservatrice comme toujours, a compté sur la Tradition Sacrée pour ne pas continuer à ajouter à la révélation du Nouveau Testament mais à le garder aussi simple et proche des Apôtres que possible. Ceci, bien évidemment, explique pourquoi les livres qui ne satisfont ni les exigences de la Tradition Sacrée de fruits, ni celles de l’origine, comme l’Évangile de Thomas, furent rejetés par l’Église sans hésitation comme complètement faux.

Tout ceci ne s’est pas fait en un jour. Le canon de l’Écriture ne prit pas sa forme actuelle avant la fin du quatrième siècle. Il fut défini par les conciles régionaux de Carthage et d’Hippone ainsi que par le pape Damase et il incluait les livres deutérocanoniques. Il faut noter cependant que parce que ces décisions étaient régionales, aucune d’entre elles ne liait dogmatiquement l’Église entière, bien qu’elles reflétaient clairement la Tradition Sacrée de l’Église (C’est pourquoi la Vulgate, traduction latine de la Bible, qui fut la Bible de l’Église catholique à l’Ouest pendant 1200 ans ressemble à l’identique à la Bible catholique d’aujourd’hui). Encore une fois, nous regardons la Tradition Sacrée qui ne fut pleinement développée jusqu’à ce que :

A) la réforme essaie de retirer les livres deutérocanoniques de l’Écriture et que

B) le Concile de Trente 
au milieu du XVIe siècle finisse par fixer cette tradition et lui donner son caractère obligatoire.

Ceci est à l’origine du mythe selon lequel l’Église catholique a « ajouté » les livres deutérocanoniques à l’Écriture au Concile de Trente. C’est aussi pertinent historiquement que de dire que l’Église Catholique a « ajouté » l’opposition à la recherche sur les cellules souches embryonnaires à sa Tradition pendant le pontificat de Jean-Paul II.

En résumé, l’Église primitive a canonisé des livres parce qu’ils étaient attestés par la tradition Apostolique. Les livres que nous avons dans nos Bibles (et ceux que nous n’avons pas) furent acceptés ou rejetés selon qu’ils correspondaient ou non à des exigences basées entièrement sur la Tradition Sacrée et à l’autorité divinement déléguée au Corps du Christ.

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Un commentaire sur “Comment la Tradition nous a donné la Bible

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