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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Vierge Marie dans l’Apocalypse, chapitre 12

Texte de Louis Bouyer. Source : « Le trône de la Sagesse. Essai sur la signification du culte marial », Paris, Le Cerf, 1961, p. 64-68.

Notre Bonne Mère du CielSi nous passons aux écrits johanniques, nous nous trouvons d’abord en présence d’un texte de l’Apocalypse. Il reprend évidemment le thème de l’Epouse du Seigneur, mais son application à Marie y a été et y reste discutée parmi les exégètes. Il s’agit du chapitre XII : la vision de la Femme environnée de l’éclat du soleil et couronnée d’étoiles.

Devant l’imagerie céleste qui entoure la vision centrale, on évoque d’abord les expressions du Cantique de Salomon : « belle comme la lune, radieuse comme le soleil [Cantique 6, 10] ». Cependant, les douze étoiles font penser aux douze signes du zodiaque, et on a voulu retrouver derrière cette vision comme un arrière-fond de déité cosmique. Il n’est point pour cela besoin d’évoquer Ishtar, rien dans le contexte purement juif n’y autorisant. Mais il n’est pas douteux que la femme ainsi décrite est comme au centre du monde, ni qu’elle y représente un principe de renouveau cosmique. Autour de sa figure royale, la création entière paraît simplement pour lui tisser comme un vêtement de lumière.

Mais qui donc est cette Femme ? Des exégètes catholiques se refusent à y voir la Vierge, à cause de la mention qui est faite des douleurs de son enfantement [Ap 12, 3]. Des exégètes protestants, de leur côté, y voient plutôt l’Eglise, puisque une postérité nombreuse lui est attribuée [Ap 12, 17]. Il serait peut-être plus exact d’y voir cette « Jérusalem d’en-haut qui est notre mère » et dont parle saint Paul dans l’épître aux Galates [Gal 4, 26]. Ses termes n’évoquent-ils pas les traditions apocalyptiques que nous avons résumées ?[Cf. plus haut, p. 35 et ss.NOTE de ma part : Bouyer montre que lorsque L’Apocalypse nous décrit la fin des temps comme « les noces de l’Agneau » (Ap 19, 7-9) et nous présente la Jérusalem céleste descendant du ciel « comme une Epouse qui s’est parée pour son Epoux » (Ap 21, 9 et suiv.), elle accomplit le processus de personnalisation de Jérusalem, la cité de Dieu, déjà présent dans la littérature apocalyptique juive (Les Livres Sibyllins, le IVe Esdras), qui voyait en elle une femme exaltée par Dieu. – une vierge mère d’Israël et demeure de Dieu (Les Livres Sibyllins), une mère pleurant son fils mort puis soudain consolée, glorifiée et changée en Cité resplendissante (Esdras). De même, il montre que la Jérusalem de la fin des temps ne fait qu’un – dans le Testament de Dan, le IVe Esdras et l’Apocalypse syriaque de Baruch – avec le Paradis originel ; et, par conséquent, préexiste en quelque sorte au reste de la création, comme dans l’Apocalypse de Jean.]

Cependant, la Femme est désignée comme la Mère d’un enfant mâle qui doit régir les nations avec un sceptre de fer [Ap 12, 5]. Opposé de surcroît, un peu plus loin, au « reste de la descendance [Ap 12, 17] » de la Femme, cet enfant, ce n’est pas douteux, doit être le Christ. Dans ces conditions, la Femme, au moins sous un aspect, s’identifie avec la Vierge. Mais elle se trouve sans doute en même temps identifiée avec l’Eglise, en tant que celle-ci est mère de tous les fidèles. Aussi les douleurs de son enfantement, comme la suite du texte semble le montrer, sont-elles avant tout les persécutions perpétuelles auxquelles l’Eglise est soumise avec ses enfants et qui la font vivre au désert jusqu’à la fin des temps, c’est-à-dire nécessairement retranchée du monde.

Il est très remarquable que « le Dragon, le serpent ancien », comme il est appelé, apparaisse et joue un si grand rôle dans cette vision [Ap 12, 9, se référant avec évidence à Gen 3, 1, 14 et ss.] Ce trait de plus souligne le parallèle opéré habituellement, dans l’esprit des premiers chrétiens, entre la Vierge (ou l’Eglise) et Eve. Le serpent, de nouveau, s’attaque à la femme. Mais c’est son enfant qu’il vise [Ap 12, 4.]. Il croit l’engloutir par les flots qu’il vomit. Mais c’est en vain : la terre les absorbe [Ap 12, 15-16].

Quel sens donner à ce symbolisme ? On retrouve ici une vieille idée qui a laissé plus d’une trace dans l’Ancien Testament. Les eaux sont un signe, soit des puissances élémentaires, révoltées contre le créateur et tendant à rétablir le chaos, soit des propres jugements de Dieu contre un monde pécheur. L’image du baptême, où les eaux sont d’abord symbole de mort, et plus particulièrement de la mort du Christ, se surimpose à cette première image.

Il s’agit donc ici, en première ligne, de la mort du Christ, considérée comme l’effet d’un assaut démoniaque. Cet assaut a été infructueux : la Mère est emportée au désert sur les ailes de l’aigle et l’enfant lui-même ravi au ciel [Ap 12, 5-6 et 14. L’allusion à l’ascension du Christ pourrait bien être doublée d’une allusion à l’assomption de la Vierge elle-même, tout cela, finalement, convergeant vers l’assomption future de l’Eglise, préparée dans la Croix de Jésus et tous les martyres des siens à sa suite.]. C’est l’Ascension, fruit de la Croix autant que sa réparation.

Mais il s’agit aussi, dans la suite de pensées habituelle à l’Apocalypse, de toutes les croix des martyrs, vues comme ne faisant qu’une avec celle du Sauveur, dans le sang duquel tous ont été baptisés.

L’aide providentielle apportée par la terre à la femme et à sa progéniture doit alors signifier la connivence de la création avec l’œuvre de salut et de renouveau que son créateur opère en elle, par la Femme et son fils. C’est l’expectation de toute la créature, dont parle saint Paul, laquelle soupire après la délivrance, qu’elle trouvera dans la glorification des enfants de Dieu [Rom 8, 22. Ce texte, notons-le, contient aussi l’image des douleurs de l’enfantement(συνωδίνει)].

Ce texte, ainsi replacé dans ses coordonnées fondamentales, substitue donc, peut-on dire, à la simple personnification idéale du peuple de Dieu ou de la cité de Dieu ce que nous pouvons appeler la réalisation personnelle suréminente de l’Eglise dans la Vierge. En même temps, le rapprochement est opéré entre le thème de la seconde Eve, déjouant les entreprises démoniaques sur l’humanité qui avaient eu raison de la première, et le thème de l’Epouse du Seigneur. La maternité de Marie à l’égard du Roi-Messie apparaît, d’autre part, comme le principe de la maternité de l’Eglise à l’égard d’une nouvelle humanité, solidaire du Christ dans sa passion comme dans son triomphe. Nouvelle Eve associée étroitement à la lutte et à la victoire du nouvel Adam, Marie se découvre à nous comme la réalisation parfaite de l’Eglise en tant qu’épouse céleste, et comme plus que l’Eglise, en tant que Mère du Roi céleste lui-même.

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3 commentaires sur “La Vierge Marie dans l’Apocalypse, chapitre 12

  1. Pingback: Le culte de Marie est béni par Dieu | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Lili Landau
    13 juillet 2016

    Les douzes étoiles ne sont pas les douzes signes astrologique mais les 12 TRIBUS D ISRAEL!!!

    • Ressources Catholiques
      14 juillet 2016

      C’est tout a fait vrai. Aussi les douze étoiles autour de cette femme qui est Marie ne représente ne pas les signes du zodiaque mais entre autres les douze tribus d’Israël.

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