+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Esprit Saint dans la vie chrétienne : chap. XI

Chapitre XI: Le don d’Intelligence

« Seigneur, donnez-moi l’intelligence. » (Ps 118 v 144)

I. – Nécessité du don d’intelligence

ambroise gardeilLe don d’Intelligence est bien différent du don de Science. Ces deux dons répondent à deux difficultés diverses de notre foi.

Notre foi, qui est une conviction des choses divines surnaturellement mise en nous, est enracinée dans une raison qui a pour objet naturel les créatures, qui peut s’élever jusqu’à Dieu, mais toujours en fonction des créatures. Ainsi la raison nommera Dieu, Créateur, Provident; les créatures sont à la base de ses affirmations; il lui faut aller des choses visibles aux invisibles. D’où la nécessité d’une perfection de cette foi qui la détourne de la séduction des créatures et l’aide à trouver en elles un chemin vers Dieu. C’est le don de Science qui assure une telle perfection.

Cette difficulté n’est pas la seule. Les choses divines sont inexprimables, Dieu est ineffable; l’Incarnation, la Rédemption, dépassent infiniment notre pensée, la Trinité plus encore. Le Christ, nous ne pouvons y penser sans frémir, tellement ce mystère du Verbe incarné nous écrase. Les vues de Dieu dans la conduite du monde, dans la conduite des âmes, dans la permission du mal, dans la prédestination des élus, tout est difficulté dans la foi. Et nous n’avons à notre disposition pour nous élever à cette connaissance que le pauvre langage humain. Comment exprimer l’inexprimable ? Il en résulte que Dieu, tout en se révélant, doit s’envelopper dans le concept humain comme dans un nuage. Lorsque nous concevons les termes où la foi est contenue, nous restons à la superficie du mystère, surtout si l’usage en a amorti le sens, ou si, n’étant pas familiarisés avec eux, nous les prenons dans un sens grossier. D’où la nécessité d’un nouveau don qui nous fasse pénétrer l’écorce de la révélation pour aller jusqu’à la mœlle. Tel est le don d’Intelligence.

II. – Ce qu’il est

L’Intelligence est le sens du divin, perçu non plus dans les créatures, comme fait la Science, mais dans la révélation et la doctrine de l’Église, qui sont comme le rayonnement de Dieu. L’Esprit-Saint, pour qui rien n’est caché, « qui scrute les profondeurs de Dieu », communique à ceux qui ne font qu’un esprit avec lui par l’amour une participation de son intelligence des choses divines, de sa puissance de pénétration, non pas en leur faisant une nouvelle révélation, mais en leur faisant apparaître dans une lumière vraiment nouvelle ce qui a déjà été révélé.

Cent fois nous sommes passés devant une parole de l’Évangile sans voir tout ce qu’elle signifie, celle-ci par exemple : « Dieu a tant aimé le monde, qu’Il lui a donné son Fils unique (Jean, III, 16.), » Nous la croyions cependant d’une foi entière, mais sans la pénétrer. Puis, un jour, elle a fait l’objet de notre méditation et soudain elle nous apparut sous un jour tout nouveau : « Dieu… », et nous nous sommes arrêtés, nous pénétrions dans une grandeur, une beauté infinies. Dieu aime… Ce mot aimer se rapportant à Dieu, comme il nous paraissait beau ! Il aime qui ? Le monde, ce monde si petit, si pauvre, si pécheur. Et il l’aime tant, qu’il lui a donné – oui, donné –, son Fils unique, en qui le Père s’est complu, de qui Il a dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Celui que de toute éternité le Père a engendré, qui vit dans l’intimité de pensée et d’amour avec le Père et l’Esprit. Quel amour insondable! Dieu vit dans l’amour. Il aime son Fils profondément et Il l’a donné « … jusqu’à la mort de la croix ». A ce monde… Pourquoi ? Parce qu’Il aimait ce monde, et nous revenons à ce mystérieux et vivant amour… – La phrase a été éclairée, il en a jailli, comme d’un fruit mûr qui s’ouvre, des choses que nous n’avions pas pénétrées. C’est l’œuvre du don d’Intelligence. Il scrute à fond, dépasse la connaissance de la foi chercheuse, qui adhère ferme, mais s’arrête à la superficie, rebutée par la grandeur des choses. C’est la foi toujours, mais illuminée par l’Intelligence du Saint-Esprit. Une secrète vertu de cette divine Intelligence passe dans notre foi, par ce don.

Cette manifestation du don d’Intelligence n’est pas un simple accroissement de connaissance ordinaire, c’est une intelligence cordiale, qui sent plus qu’elle ne voit, qui vient de notre cœur touché par le Saint-Esprit. Nous expérimentons avec les yeux du cœur. C’est sous la forme d’un goût des choses divines que nous entrons plus avant dans l’intelligence des mystères de notre foi. « Goûtez et regardez (Ps. 33, 9). » Goût et regard ne font qu’un, c’est un regard imprégné d’amour. Nous, goûtons, nous savourons des choses que nous savions, mais dont l’Esprit d’Amour, avec intelligence, nous donne la pénétration. C’est ainsi que nous entrons dans l’intérieur des mystères. Ce don était nécessaire pour remédier à la froideur, à l’inattention, au peu de profondeur de notre foi qui se trouve ainsi complétée par l’irradiation du Saint-Esprit.

III. – Manifestation du don d’Intelligence

Ce don d’Intelligence apparaît ainsi d’une manière éclatante à certains moments de la vie de Notre-Seigneur, quand Il instruisait ses apôtres. Dans l’Évangile nous voyons Jésus en lutte perpétuelle contre l’inintelligence de ses disciples. Ils croyaient pourtant en leur Maître, ils avaient tout laissé pour Lui, ils éprouvaient des sentiments de dévouement à son égard; mais comme ils avançaient peu dans la connaissance des divins mystères… Ils croyaient à un Messie temporel et gardèrent leurs illusions jusqu’au bout. La mère des fils de Zébédée ne voit dans le royaume de Jésus que deux bonne places pour ses fils, lesquels pensent de même. Et le Sauveur de répondre : « Vous ne savez pas ce que vous demandez (Matth., XX, 20-27.). » Il vient de leur montrer, en une parabole, le royaume de Dieu, et ses disciples lui disent encore : « Expliquez-nous, Seigneur. » – « Encore une fois, vous voilà sans intelligence », reprend le Maître (Matth., XV, 16.). Tout à la fin, après l’institution de l’Eucharistie, ils demandent encore : « Montrez-nous le Père. » Et Jésus répond : « Comment, Philippe, depuis le temps que je suis avec toi, tu n’as pas encore compris que celui qui me voit, voit aussi mon Père ! (Jean, XIV, 9.) » Mais un peu plus loin ses disciples lui disent : « Cette fois vous parlez ouvertement, ce n’est plus pour nous un proverbe. » Ils avaient sans doute reçu un éclair du don d’Intelligence. De même Pierre, qui, à cette question du Seigneur : « Allez-vous vous en aller aussi ? » répond : « A qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle, nous savons que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant (Jean, VI, 68-71.). » Mais, ajoute le Sauveur, il n’avait pas dit cela de lui-même, le Père le lui avait inspiré, c’était encore un éclair du Saint-Esprit. Mais ce don eut tout son effet dans l’âme des apôtres après la Pentecôte : on les vit alors comme enivrés de l’intelligence des Ecritures et des divins mystères qu’ils prêchaient avec transport.

Nous aussi, comme les apôtres, nous matérialisons la divinité et le royaume de Dieu. Les pauvres paroles par lesquelles l’Évangile nous le révèle sont environnées de symboles, et nous restons à la surface, ou nous en prenons occasion pour concevoir des idées étranges sur le royaume de Dieu, sur la vie chrétienne, sur la vie parfaite. Combien d’âmes restent à la superficie, dans une certaine pénombre, ne pénètrent pas à fond leur vie chrétienne ou religieuse !… Religieux, nous n’aurons pas compris ce texte, que tout le monde n’est pas obligé de comprendre : « Que celui qui veut venir après moi se renonce… » – Les vérités les plus précieuses nous échappent en leur fond. Que ferons-nous ?

Il y a des degrés dans l’intelligence des choses divines. Tâchons de pénétrer sous l’écorce, sous l’apparence des mystères, des signes et symboles qui nous voilent la présence de Dieu et sa toute-puissance, si nous voulons avoir, avec une intelligence plus parfaite, un amour plus profond. Car, dans la mesure où l’on connaît, on aime; la volonté suit l’intelligence. Si nous pénétrons ces mystères d’amour, nous saisirons Dieu derrière les voiles où Il se cache. La charité que guide la foi qui voit avec les yeux du cœur est plus fervente, plus constante. Une très fervente attention au sens divin des Ecritures doit ainsi nous disposer au don d’Intelligence.

Voyons comment saint Thomas arrivait à cette intelligence par sa prière. Méditons l’Adoro Te, par exemple. Comment aller au cœur du mystère eucharistique? Ce mystère est voilé; le regard, arrêté devant les apparences, l’intelligence, stupéfaite. Oh ! si nous pouvions pénétrer à l’intérieur de l’Eucharistie, dans nos communions, ou quand nous sommes en face du tabernacle ! Essayons de comprendre comment saint Thomas passait de la foi à l’intelligence, « Prosterné devant vous, je vous adore, ô Dieu vraiment caché sous ces espèces, mon cœur se soumet à vous tout entier parce que, vous contemplant, il est anéanti (hymne Adoro Te), ». Mon cœur défaille, c’est l’état du croyant: je regarde le tabernacle et je dis : C’est trop fort, cette parole est dure !

« La vue, le toucher et le goût sont ici en défaut, l’ouïe seule assure ma foi: je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu; rien n’est plus vrai que la parole de la vérité même (hymne Adoro Te). » Voici les causes de mes défaillances : ma vue, par laquelle j’entre en commerce avec tout, mon goût, mon toucher, me trompent. Mais vous avez parlé, je crois, votre parole est vraie. Vous avez dit : « Ceci est mon corps. » C’est votre corps. Je n’y vois rien, mais la Vérité même l’a dit, je crois. Puis le saint va pénétrer plus avant dans ce mystère.

« Sur la Croix, la divinité seule était cachée : ici l’humanité et la divinité se cachent également; croyant néanmoins et confessant l’une et l’autre, je vous demande, Seigneur, ce que vous demandait le larron pénitent (hymne Adoro Te). » C’est encore la foi qui s’affirme contre les difficultés.

« Je ne vois pas vos plaies comme Thomas les a vues; cependant je vous reconnais pour mon Dieu : faites que ma foi croisse de plus en plus, faites que je n’espère qu’en vous, que je n’aime que vous (hymne Adoro Te). » Jusqu’ici c’est toujours le croyant qui parle : c’est la foi ferme, mais se manifestant comme foi nue.

Tout à coup saint Thomas interpelle l’Hostie : « O souvenir de la mort du Seigneur, Pain vivant qui donnez la vie à l’homme, donnez à mon âme de ne vivre que de vous et de trouver toujours en vous sa joie et ses délices (hymne Adoro Te). » C’est la parole directe, ce n’est plus l’effort pour croire. En contemplant le souvenir de la mort du Sauveur, il est dans le cœur du sacrement, au centre du mystère. Mais il voit encore des apparences, le pain.

« Pélican, plein de tendresse, qui nourrissez vos enfants de votre sang, Seigneur Jésus, purifiez-moi de toutes mes souillures par votre sang, par ce sang dont une seule goutte peut effacer tous les péchés du monde (hymne Adoro Te). » Saint Thomas pénètre encore plus avant, il voit Jésus qui a répandu son sang sur la croix, il voit ce sang dont une seule goutte peut sauver le monde entier. Ce n’est plus la foi nue, c’est une foi qui entre dans l’intérieur du mystère, une foi revêtue d’intelligence.

« O Jésus, que je ne vois maintenant qu’à travers un voile, remplissez l’ardent désir de mon âme : qu’un jour mes yeux, perçant ce voile qui vous cache, jouissent à découvert de la vue de votre gloire (hymne Adoro Te). » Seigneur, ce dont j’ai soif, c’est de Vous voir. Entre ce désir de voir Jésus et la révélation de sa Face, il n’y a qu’un pas. Cette foi pénétrante est tout près de la porte du ciel : il suffit que le voile s’abaisse, et Jésus apparaîtra.

Par l’Intelligence, par la foi pénétrante, par ce goût divin, par ce regard cordial, nous avançons jusqu’aux dernières limites connaissables du mystère; si elles étaient dépassées, nous serions dans la vision.

Le don d’Intelligence éclate encore dans la vie et dans la spiritualité de sainte Catherine de Sienne. Lorsqu’Il lui parle, Notre-Seigneur le fait comme un maître qui proposerait à ses disciples des vérités courtes mais pleinement évidentes : « Je suis celui qui suis. Reconnais ton créateur. Marche en ma présence. » Paroles brèves, sans raisonnements, paroles qui révèlent… Elles se comprennent par intuitions, on en saisit d’emblée le sens, on y entre comme par un saut de l’esprit. C’est la marque de son génie : elle est intuitive. Il y a dans ces formules comme des axiomes de doctrine spirituelle analogues à ceux de la philosophie : le tout est plus grand que la partie; il est nécessaire que ce qui est soit… Leur différence pourtant d’avec les premiers principes de la raison, c’est que l’intuition, ici, est voilée; nous ne voyons pas ouvertement, mais nous expérimentons obscurément; nous sommes certains de ces divines choses ineffables comme par un tact qui renseigne mais ne fait pas voir; on adhère par un goût plus que par le pur consentement de la foi nue.

IV. – Les effets du don d’Intelligence

On devine quel calme une telle pénétration donne à la foi. Quand le Saint-Esprit envoie ses lumières, qui amènent la certitude, le sens, et le goût du divin, on est apaisé, rassuré, fixé, c’est la quiétude. La foi n’est pas encore établie dans la vision béatifique, mais Dieu envoie un rayon de sa lumière, et il n’est rien comme le don d’Intelligence, pour calmer l’intelligence.

Auparavant, l’oraison était agitée; par une lecture, une parole, un mot, le calme est fait, nous sommes fixés pour plusieurs jours. C’est telle parole de l’Évangile qui tout à coup s’éclaire : « Si tu savais le don de Dieu », ou cette autre : « Il faut qu’Il grandisse et que je diminue. » Nous le savions, mais nous en voilà pénétrés et nos actes s’en ressentent. Ces intuitions pénétrantes peuvent nous être accordées à propos de presque tous les mots du Sauveur, de ses attitudes, de ses actes, de ses états à propos des sacrements : on est touché de la présence de Notre-Seigneur dans l’Eucharistie, dans le pardon de la Pénitence, ou même dans l’Extrême-Onction; on y découvre la manne cachée, la sève, la force dont on a besoin.

Quand on est habituellement sous l’impression du don d’Intelligence, on est arrivé à ce que les mystiques ont nommé l’oraison de quiétude, l’oraison des goûts divins, comme dit sainte Thérèse. Calme, tranquille, l’âme goûte, pénètre, sous l’inspiration du Saint-Esprit, l’Ecriture sainte, l’enseignement de l’Église, le divin bienfait des sacrements.

Cette pénétration a ses degrés marqués d’avance. Dieu rayonne dans les révélations qu’Il nous a faites, particulièrement dans la sainte Ecriture. Dans les créatures nous disons qu’Il reflète comme dans un miroir: nous n’en recevons qu’un rayon réfléchi, et c’est pourquoi nous disons que, de la créature, nous montons à Dieu verticalement. Dans la révélation de Dieu, son Fils nous envoie comme un divin rayon de l’Esprit qui vient trouver directement notre foi pour la vivifier.

Or les objets de la révélation ne sont pas tous disposés sur le même plan, il y en a qui nous instruisent davantage. Par exemple, dans l’Évangile, certaines paraboles nous représentent Dieu sous une forme plus proche de la terre, comme un Père de famille, son royaume comme un festin. Nous n’y voyons pas si clairement Dieu, ses attributs, son amour, que dans le discours sur la montagne où les perfections du Père nous sont directement manifestées. Saint Jean a des paroles, des traits où Notre-Seigneur se manifeste ou manifeste son Père clairement : « Mon Père et moi nous ne sommes qu’un (Jean, X, 30.). » « Qui me voit, voit mon Père (Jean, XIV, 9.). » Nous touchons là au mystère de la Divinité et de la Trinité. Qu’on médite attentivement le discours après la Cène, qui est une révélation sur la Trinité, la prière sacerdotale, sa partie la plus sublime, on verra que saint Jean est celui des quatre évangélistes qui nous a le mieux dévoilé le secret du divin mystère, celui qui nous fait le plus profondément pénétrer à l’intérieur de la foi.

Nous devrions suivre ce sentier de lumière qu’il nous trace, commençant par les expressions qui sont plus à notre portée, pour remonter aux formules plus hautes qui atteignent aux mystères de la divinité. Partant du plan des paraboles, nous nous élèverions, par ce rayonnement gradué, jusqu’à la révélation suprême. C’est ainsi que saint Denys décrivait l’oraison en spirale qui s’attache successivement aux manifestations divines, se haussant aux supérieures pour arriver plus près de Dieu.

Telle est l’oraison selon le don d’Intelligence dans saint Thomas, comme aussi celle des goûts divins dans sainte Thérèse. C’est une voie de plus en plus pénétrante. Attachons-nous à ces leçons du Maître. Vivons-en par la foi sous l’empire d’un cœur surnaturalisé. Nous serons, avec plus de précision, gouvernés par l’Esprit qui nous communiquera, sous une forme expérimentale et cordiale, quelque chose de Lui-même, et, si nous sommes dociles, nous parviendrons aux profondeurs de Dieu.

Usons de notre don d’Intelligence pour nous mettre sous l’inspiration de la Lumière des cœurs; notre foi ne sera plus chercheuse, agitée, elle sera fixée, contentée, heureuse, tout en restant dans les ombres de la route – parce que, déjà, filtrera pour elle un petit rayon de la gloire qui nous attend.

Fr., Ambroise Gardeil o.p., le Saint Esprit dans la vie chrétienne, chap. XI
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