+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le mensonge de la papesse Jeanne

Source : Envoy magazine

Texte de Patrick Madrid

Argument anticatholique : « Au moyen-âge, il eut une “papesse Jeanne”, une femme qui cacha son sexe et s’éleva parmi les rangs de l’Église, devint un cardinal et fut élue pape. »

Personne ne sut qu’elle était une femme avant que, pendant une procession papale dans les rues de Rome, elle commença à avoir des contractions et donna naissance à un enfant. Elle fut tuée sur place par la foule avec son bébé, enragée par l’imposture…

Beaucoup de choses ont été dites à propos de la présumée “papesse Jeanne”. Selon ceux qui véhiculent l’histoire, elle fut une féministe courageuse, une brillante opportuniste, un érudit brillant qui ne pouvait pas progresser comme femme dans un univers masculin. On dit aussi qu’elle aurait été un dirigeant avisé et un fin théologien bien qu’étrangement, aucun de ses décrets ou enseignements théologiques ne nous soit parvenus…

Dans tous les cas, le fait réel est qu’aucune papesse Jeanne n’a jamais existée. Elle n’existe que comme pure légende, le type de celles qui font des histoires sexy. Et quand on en vient aux histoires sexy on sait qu’Hollywood mettra sa main sur cette fiction papale pour en faire un Blockbuster. New Line Cinema (oui les mêmes bons gars qui ont fait la dernière tentation du Christ) ont acheté les droits de Woolfolk Cross pour tourner ce film pseudo-historique. Le livre de Woolfolk Cross est présenté comme un « roman historique dans le style du Da Vinci Code» enjolivant à grande échelle les rares détails qui ont engendré la légende d’une fille brillante et discrète qui s’élève aux plus hauts niveaux de l’Église, ce qui culmine par son élection de Pape par un collège de cardinaux qui ne se doutent de rien. La façon dont le livre est écrit et promu, renforce mon appréhension comme quoi ce livre sera vu par les lecteurs les plus historiquement ignorants, non pas comme un roman, mais comme une réelle biographie de la femme qui « a atteint des sommets ». Quand le film sortira, ce mensonge ne pourra que croître.

Il est important de se souvenir que même si il y aurait eut un pape imposteur, une femme en l’occurence, cela voudrait simplement dire qu’une élection invalide aurait eu lieu, rien de plus. D’autres ont revendiqué avoir été élus bien qu’ils le furent invalidement et obtinrent le siège papale au cours de l’histoire. Une élection invalide pour une homme comme pour une femme demeure invalide – pas plus qu’aucun autre de ces autres n’aurait été élus. Les enseignements de l’Église sur la papauté n’aurait été ainsi contournés.

Cependant dan la réalité l’histoire de la papesse Jeanne n’a aucun fondement. Les grandes bases de la légende principale ( il y a en effet plusieurs légendes en compétition les unes avec les autres à à travers les siècles ) prétendent qu’au 9° ou 10° siècle, une jeune femme discrète mais extraordinairement brillante entra à l’université déguisée en homme. Son intelligence dépassait celle de ses camarades masculins et elle se hissa parmi les premiers élèves. Les discussions sur ses prouesses en droit, en science, en rhétorique, en philosophie et en langues se seraient répandues.

Dans une autre légende popularisée par des écrits du 13° siècle comme la chronique de Martin Polonius, « La chronique universelle de Metz et des merveilles de la ville de Rome », elle traversa la Grèce avec son petit ami ( on ne sait pas pourquoi il voulait une copine déguisée en homme ), se fit un nom dans l’université locale et de là, voyagea jusqu’à Rome.

Les légendes convergent toutes vers la principale qui nous est parvenue. Arrivée à Rome, Jeanne aurait réussit à entrer dans la vie religieuse ( bien qu’aucune légende ne nous précise quel ordre ), elle aurait été ordonnée prêtre et se fit une belle réputation comme notaire à la cour papale. Elle aurait été remarquée par le Pape et faite Cardinale. Vous pouvez deviner aisément ce qui arriva ensuite dans la légende. Élue pape, elle prie le nom de Jean et pourfendit adroitement les règles de l’Église, c’est à ce moment là que se déroule la plus dramatique des scènes de cette histoire.

La légende varie sur la façon dont le sexe et l’identité de Jeanne furent découverts. Selon l’une, il lui fut accordée dans une vision divine un choix qui lui présenta deux options pour son ventre rebondie, soit être découverte et subir la disgrâce du monde ou soit rôtir en enfer pour ses crimes! Elle choisit la première. Une autre version raconte qu’une fois enceinte par un conseiller de la Curie, elle put maintenir les apparences jusqu’à la naissance de l’enfant. À ce moment-là, son secret fut découvert et elle fut déposée comme pape, puis envoyée dans un couvent pour faire pénitence pour le reste de sa vie. Selon cette légende, son enfant devint l’évêque d’Ostie, près de 30 km au sud-ouest de Rome, et quand elle mourut, son corps fut enterré là-bas . Bien sûr, cela n’est étayé par aucune preuve.

Le principal détail que ces légendes ont en commun est que Jeanne fut découverte car ces aventures avec un cardinal ou secrétaire la rendit enceinte, et la naissance révéla la supercherie.

La légende principale est la plus dure sur ce point. Dans celle-ci, la papesse Jeanne accouche alors qu’elle est sur la « sede gestiastoria » le trône portable sur lequel les papes étaient transportés – quand la procession passe devant le Colisée sur le chemin de la basilique Saint Pierre à la cathédrale Saint Jean-de-Latran. La procession stoppa, le bébé naquit, et les spectateurs furieux et troublés la tuèrent sur place avec son bébé. La plupart disent qu’elle fut lapidée mais d’autres disent qu’elle mourut en couche tandis que la foule l’insultait. D’autres encore disent qu’elle fut traînée par un cheval jusqu’à ce qu’elle meurt comme punition. Dans tous les cas, les légendes s’accordent à dire que les romains n’apprécièrent pas la découverte désagréable.

Plusieurs détails historiques discordants donnent de l’ampleur à la légende notamment le fait que parmi les bustes de papes dans la cathédrale de Sienne, il y aurait eut celui d’une femme inconnue, personne ne sait qui l’a crée et quand il fut installé ici, mais quand Clément VIII (1592-1605) le découvrit il décréta que de le faire retravailler pour qu’il représente le pape Zacharie dont l’image n’avait pas encore été incluse dans la collection, Ce qui n’est pas étonnant étant donné la croyance répandue en Europe de la papesse Jeanne depuis le 13° jusqu’au 18° siècle. Les versions abondèrent et beaucoup de crédules, catholiques inclus, étaient sincèrement convaincus qu’il y eut une femme pape.

Cependant les faits historiques montrent autre chose. Les premières preuves qu’il ne s’agit que d’une fable sont les suivantes : premièrement, on ne trouve aucune traces de la légende avant le milieu du 13° siècle. Elle ne se développe et se « crédibilise » qu’à la fin du 14° siècle. Aucune preuve d’aucune sorte n’existe depuis le 9° siècle ( où Jeanne est supposée avoir régné ) pas plus que durant la période couvrant du 10° au 12° siècle. Aucune annale ou acte de pape écrit du 9° au 12° siècle ne la mentionne (pas plus qu’après ).

L’historien de l‘Église J. P. Kirsch écrit que “ aucune des sources historiques contemporaines parmi les histoires papales ne dit quoi que ce soit d’elle, aussi, il n’est pas fait mention d’elle avant le 13° siècle. Dans l’histoire des papes, sa figure légendaire ne peut se placer nulle part. Entre Léon XIV et Benoît III, où la situe Martinus Polonus, elle ne peut s’insérer … » ( article sur la papesse Jeanne dans l’encyclopédie catholique de 1913 ).

Alors d’où vient cette légende ? Il y a deux possibilités probables. La première est que la population romaine se dégoûta de l’influence corrompue du pape Serge ( 904-911) et de la riche et puissante Theodora Theophylact, et plus spécifiquement de sa jeune fille Morozia, une jeune fille sournoise et très sensuelle. Morozia fut la maîtresse de Serge et lui donna au moins un fils ( le futur Jean XI ). La fameuse famille Theophylact – riche et prestigieuse – avait un pouvoir énorme à Rome au 10° siècle, et cela même et tristement, sur plusieurs papes. C’est un épisode triste de l’histoire de l’Église, qui met à jour une décadence et une immoralité dans laquelle même les papes, à l’époque, pouvaient tomber – une façon de nous rappeler que tous les hommes même les plus saints sont vulnérables à la tentation et aux faiblesses personnelles . Malgré leurs péchés, la promesse du Christ que l’Église serait protégée de l’erreur n’a pas été brisée.

Du pontificat de Serge III, il semble clair qu’il était un homme vaniteux, violent et sensuel. Il est assez possible que les fidèles dégoûtés prirent l’habitude de se moquer de lui ou de ses successeurs immédiats car il était perçu comme un pantin de Theophylact. Certains historiens remontent la légende de la femme pape à Morozia arguant que les gens l’appelaient « papesse Jeanne » pour se moquer des papes faibles qu’elle contrôlait, de la même façon que les premières dames américaines ont été appelées « présidente » pour se moquer de leur mari perçus comme faibles.

Une autre explication possible pour la légende de la papesse Jeanne se situe peut-être dans la conduite du pape beaucoup diffamé que fut Jean VIII (872-882). Il semble avoir eu une personnalité très faible, même peut-être quelque peu efféminée. Le cardinal Baronius, dans ses annales de l’histoire de l’Église, suggère que la réputation de Jean VIII comme efféminé ait engendré la légende. En effet, il semblerait qu’avec le temps, des ajouts, des embellissements toujours plus grands jusqu’aux plaisanteries les plus vulgaires au sujet du pape malchanceux (et certainement homme) enflèrent et le métamorphosère en une « papesse. »

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2 commentaires sur “Le mensonge de la papesse Jeanne

  1. Pingback: La stupide légende de la « Papesse Jeanne » | Bibliothèque de combat

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