+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Sur Luther et le diable

Texte de Monseigneur Léon Cristiani


    lutherDans tout l’ensemble de la doctrine et des écrits de Luther on doit reconnaître l’importance excessive qu’il attache à l’action de Satan. Il était né dans un milieu de mineurs superstitieux. Son enfance et sa jeunesse avaient été obsédées par des légendes démoniaques. Et cet homme qui n’a pas craint de toucher au dogme catholique, de réduire le nombre des sacrements, de changer les formes du culte, de supprimer la messe, de condamner les voeux monastiques, aurait pu, tout aussi bien, s’élever contre les superstitions diaboliques, blâmer la manie de l’obsession des sorcières, et, puisqu’il se glorifiait de réformer l’Église, réformer en premier lieu tout cet appareil de satanisme.

Il fit exactement le contraire. On avait craint que l’Église ne fût possédée du Démon. Il affirma hautement qu’elle l’était véritablement, que le pape était l’Antéchrist, que la papauté avait été fondée à Rome par le Diable. Ce fut même le titre d’un de ses ouvrages les plus retentissants, l’un des derniers qui soient sortis de sa plume, en 1545, au moment de la réunion du Concile de Trente !

Satan ! Certes, ce n’était pas à lui qu’il aurait fallu dire qu’il n’existait pas, que c’était une imagination de vieille femme. Il l’avait vu. Il l’avait souvent rencontré, au château de la Wartbourg, en 1521, dans le jardin, sous la forme d’un sanglier noir. A Cobourg, en 1530, il l’avait reconnu dans une étoile.

« Satan, écrivait-il, se présente souvent sous un déguisement : je l’ai vu de mes yeux sous la forme d’un porc, d’un bouchon de paille enflammé, etc. »

Et il n’est pas le seul à l’avoir vu. Il se fait volontiers le rapporteur des histoires démoniaques les plus baroques. II en parle aux fidèles luthériens, du haut de la chaire. Il en parle à ses disciples assis autour de sa table. Il sait qu’à Sessen, trois domestiques ont été emportés tout vivants par le Démon; que dans la Marche, Satan a tordu le cou à un aubergiste, emporté un lansquenet dans les airs ; qu’à Mühlberg, un joueur de flûte ivre a eu le même sort, etc. Et Luther se porte garant de tous ces faits :

« Ce ne sont pas là», assure-t-il, «des contes en l’air, inventés pour inspirer la peur, ce sont des faits réels, vraiment effrayants, et non des enfantillages, comme le prétendent plusieurs qui veulent passer pour habiles ! »

« Les diables vaincus et humiliés, dit-il encore, deviennent et des lutins et des farfadets, car il y a des diables dégénérés et j’incline à croire que les singes ne sont pas autre chose. »

« Je crois, disait-il à sa table, en août 1540, que le Diable habite dans les perroquets et les perruches, les singes et les guenons pour qu’ils puissent si bien contrefaire les humains! »

« Le Diable apparut un jour », disait-il une autre fois à sa table à un médecin, « sous la forme d’un bouc; il avait de longs poils et de grandes cornes; il se fit voir sur la muraille. Le docteur le reconnut aussitôt; il prit son courage à deux mains, saisit le bouc par les cornes et l’arracha de la muraille, puis il l’étendit sur la table; mais les cornes lui restèrent entre les mains et l’animal disparut. Un autre docteur ayant appris l’aventure se dit en lui-même : « Bon! mon collègue a fait « cela, j’en ferai bien autant que lui! Ne suis-je pas baptisé « comme lui! » Un jour donc, le Diable lui apparut sous la même forme; le docteur voulut imiter son confrère; plein de présomption, il saisit le bouc par les cornes, mais le Diable furieux s’élança sur lui et l’étrangla! »

On est stupéfait d’entendre parler ainsi un théologien, un homme d’expérience parvenu à la soixantaine, un réformateur de l’Église du Christ ! Ces histoires à dormir debout inspirent la pitié. Il est davantage dans la tradition chrétienne quand il se borne à attribuer au Démon tout ce qui appartient au royaume du mal. Dans son Grand Catéchisme, qui est de 1529, il enseigne ex-professo que c’est le Démon qui suscite les querelles, les assassinats, les séditions, les guerres, le tonnerre, la grêle; c’est lui qui fait périr les récoltes et les bestiaux et qui répand du poison dans l’air.

« Le Démon, dit-il, menace sans cesse la vie des chrétiens ; il exerce sa rage en faisant pleuvoir sur eux une foule de maux et de calamités. De là vient que tant de malheureux périssent étranglés, que d’autres deviennent fous. C’est lui qui attire les enfants auprès des rivières, c’est lui qui prépare les chutes mortelles. »

Luther, par de telles exagérations, créait une nouvelle sorte de manichéisme. On apprenait, avec lui, aux enfants, qu’ils sont toujours sous l’influence de Satan. Toute maladie, toute langueur mal expliquée, était une manifestation satanique. Niant du reste la liberté humaine, et professant la prédestination absolue, Luther prétendait que tout être humain ressemble à une bête de somme, qui est chevauchée soit par Dieu soit par Satan ! On n’en finirait plus de rapporter, en les tirant de ses écrits ou de ses propos de table, les traits les plus extravagants. Il parle notamment à maintes reprises des relations chamelles entre démons et êtres humains. Il croit aux incubes et aux succubes. Il affirme avoir vu des « enfants du Démon» enfantés par des femmes que le Diable avait séduites. L’un d’eux, qu’il avait rencontré à Dessau, à l’en croire, était un enfant de 12 ans et il semblait avoir tout son bon sens. Ses parents le regardaient comme leur enfant légitime. Mais il ne faisait que manger. Il était tellement goulu qu’il dévorait autant que quatre batteurs en grange. Quand on le touchait, il criait; quand les affaires de la maison allaient mal ou lorsqu’il arrivait quelque accident, il riait et semblait tout joyeux.

«Je dis au prince d’Anhalt, à son sujet», raconte froidement Luther: « Si j’étais le maître, j’irais avec cet enfant au bord « de la Mülde et je ne craindrais nullement l’homicidium ! » Mais l’Électeur de Saxe et les princes d’Anhalt ne voulurent pas suivre mon conseil! »

Heureusement, dirions-nous ! Mais on est confondu à la pensée que la science spirituelle d’un tel homme n’allait pas à la simple sagesse des princes de son temps. Il expliquait, lui, son sentiment, par la certitude que l’enfant ne pouvait avoir d’âme, étant le fils de Satan :

« Car le Diable, assurait-il, peut faire un corps, mais il ne saurait créer un esprit: Satan est donc l’âme de ces enfants ! »

On n’est pas surpris que, sous l’influence de telles doctrines, les ouvrages concernant le Démon et ses méfaits se soient alors beaucoup multipliés. En 1569, un imprimeur de Francfort eut l’idée d’en réunir une vingtaine dans un recueil qu’il intitula : Theatrum diabolorum. Six ans plus tard, nouvelle édition, augmentée de quatre nouveaux démons. En 1587, troisième édition, avec dix diables supplémentaires, entre autres, « le diable de la mode et des « fraises » – une collerette en lingerie gaufrée, qui faisait fureur – le diable de la flatterie, les diables des presbytères et des bénéfices, le diable des mensonges et calomnies; les diables des tribunaux et des procureurs, le diable des mendiants sacramentaires… > L’ouvrage ne comptait pas moins de 1360 pages grand in-folio à double colonne, et malgré son prix et son format incommode, l’édition en fut vite épuisée. Le polémiste catholique Jean Nas (1534-1590), un converti du luthéranisme, devenu frère mineur, avait en horreur toute cette littérature satanique, et il fut l’un des premiers à réagir contre les exagérations insupportables du protestantisme, au sujet du Démon.

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Cette entrée a été publiée le 2 juin 2014 par dans Foi Catholique, Protestantisme, et est taguée , , .
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