+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Esprit Saint dans la vie chrétienne, chap.I

Chapitre I : Le don de Crainte

« Le premier commencement de la Sagesse, c’est la crainte du Seigneur. » (Ps, CX, 10)

Le premier souffle que produit dans l’âme le Saint-Esprit, sa toute première inspiration, lorsque par exemple il convertit une âme du mal au bien ou inaugure un progrès, c’est la crainte de Dieu. Le mot : crainte de Dieu, nous glace ; nous aimons parler d’amour de Dieu, et non pas de crainte, et nous avons raison. Cependant il est une crainte que nous ne pouvons pas récuser.

I. – La crainte, don du Saint-Esprit

ambroise gardeilIl est une crainte qui n’est autre chose que la peur, la passion de la peur, passion peu honorable et purement humaine. Il y a de pauvres âmes qui craignent ainsi Dieu et qui, par peur, se cachent de lui. Adam et Eve eurent peur au paradis terrestre, parce qu’ils avaient péché; de même le serviteur infidèle qui craignant la sévérité de son maître, cacha son talent. Telle fut la crainte de saint Pierre, qui prit peur d’une servante et renia son Maître. Cette peur nous fait pécher, elle est mauvaise: elle n’a pas ses entrées dans le royaume de Dieu.

Il est une autre crainte, celle des serviteurs. Lorsque cette crainte, appelée crainte servile, est le seul motif de nos bonnes actions, elle les vicie à fond. C’est le fait de celui qui ne servirait Dieu que par crainte de ses jugements et de l’enfer, et qui dirait: S’il n’y avait pas d’enfer, je mènerais autrement ma vie. Cette crainte servile est mauvaise, capable d’engendrer des péchés…

Il est cependant une certaine crainte de serviteur, crainte des jugements de Dieu, de ses châtiments, qui peut être utilisée pour de bonnes fins. Cette crainte peut nous aider, nous retenir dans certains cas. On l’utilise dans l’éducation des enfants, par exemple, qui ne sont pas encore accessibles aux motifs élevés. Lorsque l’amour de Dieu n’en est pas exclu, quand elle n’est pas le motif unique, cette crainte est un moyen, elle a sa bonté; elle fait certaines conversions, et peut retenir dans la vraie voie. Le Concile de Trente la déclare un don de Dieu, contre les Protestants.

Il y a enfin la crainte filiale, celle des enfants. Lorsqu’une âme aime vraiment Dieu de tout son cœur, voyant en lui la Bonté parfaite, l’unique Bien, sachant qu’il est son Père qui L’aime, elle ne laisse pas de voir cependant combien il est grand, majestueux, enfermé dans son secret impénétrable; avec ses redoutables, jugements redoutables, sa toute-puissance infinie. Que fera-t-elle entre ces deux perspectives: un Dieu terrible et un Dieu Père? De quel côté se tournera le mouvement de son cœur? Lui faudra-t-il, à cause de sa majesté, fuir son Père? Ou rejeter toute crainte à cause de sa bonté, qui n’empêche cependant pas sa justice? Si vraiment elle aime Dieu, elle n’a qu’un seul parti à prendre: se rejeter du côté de son Père. Que peut-elle craindre, en effet, sinon d’être séparée de lui? Elle craindra donc parce que Dieu est saint, et qu’elle est pécheresse; parce qu’il est grand, et qu’elle est si petite. Mais ce sera la crainte d’un enfant pour son Père qu’elle sait bon, et elle en viendra à se jeter entre ses bras pour se rassurer contre sa grandeur même. Cette crainte n’oublie pas sans doute la majesté de Dieu, sa justice et ses châtiments, mais elle se retourne en affection, en un désir plus ardent de lui appartenir, de ne jamais être séparée de lui. Quelle différence entre cette crainte d’être séparé de Dieu et la crainte servile qui ne fait obéir à ses commandements que par peur de lui!

La crainte filiale dans son fond est faite d’amour. Elle est crainte toujours: on a peur d’être indigne de la majesté, de la perfection, de la sainteté de Dieu; mais c’est une crainte inspirée par l’amour. C’est cette crainte qu’inspire le Saint-Esprit quand nous mettons en acte notre don de Crainte, lequel ne se trouve que dans l’âme qui aime Dieu.

Cette inspiration de crainte est intimement liée, on le voit, avec ce que nous appelons la piété, cette partie de la vertu de religion par laquelle nous regardons Dieu comme un Père. C’est pourquoi, au dire de saint Thomas, le don de Crainte est un des auxiliaires de la vertu de religion. Les âmes vraiment pieuses, qui regardent Dieu comme un Père, reçoivent de l’inspiration du don de Crainte une surabondance de force pour adhérer à leur Père.

II. – Les effets du don de crainte

De cet état d’une âme soumise à l’action de l’Esprit de Crainte, il résulte qu’elle s’abandonne à Dieu, qu’elle se met complètement dans ses mains. « Seigneur, dit-elle, prenez-moi, saisissez-vous de moi, je vous appartiens, tenez-moi, serrez-moi pour que je ne puisse pas me séparer de vous.» Cet abandon, cette remise de tout notre être avec toutes ses énergies entre les mains de Dieu afin qu’il s’en empare, c’est l’effet immédiat du don de Crainte.

Or, cela : être bien en mains, c’est la qualité maîtresse d’un bon instrument. Même avec un instrument défectueux, si nous l’avons bien en mains, nous ferons plus qu’avec un instrument plus perfectionné, plus précieux, mais que nous n’aurons pas bien en mains, qui pourra convenir pour d’autres, mais ne sera pas à notre taille, avec lequel nous ne serons pas à l’aise.

Le gouvernement du Saint-Esprit a ceci de spécial, nous l’avons vu, que, par les dons, Dieu se sert de nous comme d’instruments. Il nous gouverne lui-même par ses inspirations. Le don de Crainte est ainsi le premier dans l’ordre du perfectionnement de l’âme. «La crainte est le commencement de la Sagesse (Ps. CX, 10).» En effet, de même qu’avant de faire quelque chose il faut que nous ayons en mains l’instrument, que l’ouvrier prend d’abord son outil, de même, avant de nous travailler par ses inspirations, le Saint-Esprit s’empare de nous, Tout à l’heure, ce sera la Force, la Piété, la Science, le Conseil, l’Intelligence, la Sagesse. Actuellement, nous n’en sommes qu’au début et ce commencement est la remise de nous-mêmes entre les mains du Saint-Esprit qui, par des ascensions successives, nous conduira jusqu’à la Sagesse.

C’est en opérant cette remise de nous-mêmes entre les mains de Dieu, que le don de Crainte devient l’auxiliaire de la vertu théologale d’espérance. L’espérance est une vertu par laquelle nous comptons recevoir la béatitude éternelle, appuyés sur le secours divin. Ce n’est pas en nous-mêmes que nous espérons, c’est peu en nos mérites; nous comptons uniquement sur le secours divin, qui est le meilleur de nos mérites, Seul, en effet, le secours divin est proportionné à la béatitude. Ainsi, en nous mettant sous l’emprise du secours divin, le don de Crainte est l’auxiliaire de l’Espérance avec laquelle il s’harmonise. Etant bien en mains de Dieu, nous sommes bien placés pour recevoir son secours et obtenir par lui le paradis.

Mais entrons plus avant dans les activités du don de Crainte.

Qu’avons-nous à craindre? Pourquoi craignons-nous Dieu ? A cause d’une seule chose: parce que nous avons en nous, par notre volonté, notre liberté, le terrible pouvoir de nous séparer de lui. C’est donc moins Dieu que nous craignons, que notre volonté pécheresse. L’effet du don de Crainte sera de nous retourner, avec la toute-puissance de l’inspiration du Saint-Esprit, vers notre volonté perverse pour la combattre, y renoncer, l’anéantir en crucifiant notre chair selon le mot du psaume : « Transpercez mes chairs par la crainte (Ps. CXVIII, 120). » Quand on craint d’échapper à Dieu, on craint le péché et tout ce qui est occasion de péché : nos vices et jusqu’à nos petites défaillances, faiblesses, impuissances.

Nous avons expérimenté cet effet du don de Crainte après une bonne confession: peut-être avions-nous fait quelque faute plus grave, et la considérant avec amertume sous le regard de Dieu, sentant Dieu tout près de nous, au bout de notre acte de foi, nous le regardions comme un Père et nous disions : Comment ai-je pu faire cela à mon Père ? Et pour une aussi petite chose me séparer de lui? Nous éprouvions un sentiment de contrition, nous avions ce cœur brisé qui voudrait anéantir sa faute, qui la déteste par amour de Dieu…

Dans le sacrement de pénitence, le don de Crainte agit à son suprême degré pour toutes les âmes. Pendant et après l’absolution, c’est toujours sous l’influence de la crainte filiale que nous sommes : l’Esprit de Crainte nous inspire la pénitence, le regret de nos fautes, et par suite le désir de lutter contre ces fautes pour les combattre.

Saint Thomas nous déclare encore que le don de Crainte est un auxiliaire puissant de la vertu de tempérance. Ceux qui craignent vraiment Dieu, en enfants, à cause des fautes dont ils voient dans leur chair la source toujours renaissante, sont tempérants, pénitents, sobres, humbles. La tempérance n’a pas de meilleur auxiliaire que cet Esprit de Crainte qui nous met en garde contre la volonté pécheresse.

Ce don de Crainte est donc un aide, tantôt pour la piété qu’il favorise, tantôt pour l’espérance qu’il accentue, tantôt pour la tempérance qu’il fait régner.

Quand l’âme, ayant reçu ce don de Crainte et redoutant d’être séparée de Dieu, s’est remise totalement entre ses mains, pour qu’il ne la lâche pas, et fasse d’elle ce qu’il veut, quand elle s’est mise à fuir le péché et ses occasions, elle est entrée dans l’état des âmes timorées. Le mot latin « timor » veut dire crainte, L’âme timorée est craintive selon le Saint-Esprit.

Elle n’est pas scrupuleuse, car le scrupule n’a rien à faire avec le don de Crainte; il est une infirmité, une épreuve naturelle ou surnaturelle.

Cette âme n’a pas non plus une conscience trop large, quoiqu’elle ait une certaine largeur d’esprit, mais qui ne va pas jusqu’au mépris des petites choses. Elle est établie d’emblée dans un juste milieu, à égale distance d’une crainte exagérée et d’une trop grande largeur de conscience; elle a une conscience juste, timorée.

Il est des âmes ainsi remarquables par la rectitude de leur tenue; elles sont au point, justes, éloignées de tout excès; elles sont aimables, agréables même, mais sans laisser-aller, ayant le sentiment qu’elles sont tenues; ce sentiment anime leurs pensées, leurs jugements, leurs manières de faire; leur attitude est un modèle. Ce qui les tient, c’est la véritable crainte, la crainte selon le Saint-Esprit; crainte qui ne glace pas d’épouvante puisqu’elle est filiale, mais qui tient en respect et empêche de céder à l’entraînement de la nature. Elles sont tenues par l’Esprit-Saint dans ce juste milieu, qu’avec nos propres vues il nous est si difficile de déterminer. Il les y a établies d’emblée.

III. – Degrés de l’Esprit de crainte

Au fur et à mesure que notre amour va grandissant, ce don de Crainte nous trouve plus dociles. L’âme s’épanouit. Ce qui restait de crainte un peu raide se fond, la confiance déborde. Car la crainte filiale a des degrés; au bas il s’agit encore de se morigéner; mais l’âme s’épanouit de plus en plus, et elle dit avec joie ces paroles du psaume des Complies: « Celui qui habite dans le secours du Seigneur a sa demeure sous sa protection »; et encore : « Vous espérerez sous ses ailles » (Ps. XC 1 et 4), dans le sens où Notre-Seigneur se comparait à la mère qui couve ses poussins. Dieu est devenu cette mère et, protégée par ses ailes, l’âme ne conserve de la crainte qu’une transe d’amour, un frisson d’admiration : c’est la suprême transfiguration de la crainte.

Ainsi nous apparaît sainte Rose, tout épanouie comme une rose tremblante au sommet de sa tige; elle fut pourtant une rude pénitente, elle a exploré tous les degrés de la crainte, mais, dans son épanouissement, ce n’est plus que la fille du Père.

Ainsi sont les anges devant la majesté de Dieu, Ils sont heureux, mais ils chantent nuit et jour : « Il est Saint », « Sanctus », entrant toujours plus dans le mystère de sa sainteté et se trouvant en sa présence si imparfaits, si petits… Ils restent saisis d’une transe d’admiration qui est le suprême aboutissement du don de Crainte, dans l’état de gloire. Emotion douce puisqu’elle a pour objet la majesté qui reste sur le visage d’un Père.

Vivons dans cette crainte et tâchons d’en éprouver tous les degrés. Le Saint-Esprit, au fond de notre âme, cherche à nous l’inspirer, à enflammer notre cœur d’amour filial; de crainte d’échapper aux mains de notre Père, de crainte de la moindre occasion de faute. Ouvrons nos âmes, tendons la voile généreusement, avec confiance. Cela dépend de nous, car c’est à nous, avec le secours ordinaire de la grâce, d’user de nos dons habituels. Et l’Esprit divin soufflera. Par son souffle, nous serons délivrés d’une multitude de complications dans lesquelles nous nous débattons. Nous gémissons de nous voir irritables, indociles, paresseux dans la prière…; nous luttons ici et là, nous nous repentons, nous sommes pardonnés, nous nous maintenons un certain temps, puis nous retombons; il y a des disputes, des tentations obscures dans lesquelles nous nous débattons. C’est bien, il faut le faire. La vénérable Agnès, de Langeac a dit : « Il faut un bon combat à chaque tentation. » Cependant, ne voudrions-nous pas trop agir, et tout seuls? Puisque le Saint-Esprit veut bien prendre le gouvernement de nos vies, usons de lui : nous arriverons plus vite et plus efficacement au même résultat que par des luttes.

Il faut pour cela aimer davantage. Il faut que le Bon Dieu soit tout pour nous, que nous l’aimions par-dessus tout. Est-ce une peine d’aimer? Il est vrai, Dieu est déconcertant. Même dans l’Eucharistie, nous ne le voyons pas et nous ne devons pas le voir; il nous faut acheter l’éternité. Mais cependant, il y a des heures où nous pouvons percer le voile, éprouver sa douceur, entrer en intimité avec lui. Soyons ainsi toujours plus unis à Dieu, et nous ne ferons plus qu’un avec le Saint-Esprit : « Celui qui adhère à Dieu (par l’amour) ne fait plus qu’un même esprit avec lui. (I Cor., VI, 17) » Son Esprit se déverse dans une âme qui l’aime, et sous son empire nous marcherons allégrement de vertus en vertus. Si nous rencontrons des obstacles, nous passerons par-dessus, au lieu de les renverser un à un. La besogne est ainsi plus efficace et moins pénible. Essayons; mettons notre âme sous l’inspiration de l’Esprit d’amour, nous livrant davantage, en un mot, à l’action du Bon Dieu. Car « Dieu commence à régner dans une âme lorsque cette âme est sous l’inspiration du don de Crainte de Dieu qui fait les pauvres d’esprit ».

Fr. Ambroise Gardeil o.p., Le Saint Esprit dans la vie Chrétienne.
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4 commentaires sur “L’Esprit Saint dans la vie chrétienne, chap.I

  1. Biloa joseph
    8 mai 2016

    Bonjour à vous je viens auprès de vous pour avoìr des expliquation sur un sujet qui me ronge l’esprit et avoir d’expliquation me fera plaisir
    Y’a t’il une différence entre saint-esprit et Esprit saint merci d’avance

    • Ressources Catholiques
      8 mai 2016

      Bonsoir Biloa Joseph,

      Non, c’est exactement pareil.

      Nicolas.

  2. francois
    4 novembre 2016

    Que pensez vous du don du parlé en langue et de son origine ?
    Je parle de l’origine de sa résurgence dans le milieu catholique grâce aux protestants évangéliques, non de la première pentecôte.

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