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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les sacrements sont-ils réducteurs ?

Voir aussi, la réfutation de toutes erreurs doctrinales des protestants et apparentés: ici

Texte de Mark Shea

Mark-SheaMon ami Ludwig était perplexe : « Je ne comprends pas » -dit-il- « ce que veulent dire ceux qui affirment que la grâce est donnée par les sacrements ; Il me semble que cela implique une vision intolérablement réductrice de la grâce. Comme protestant, j’ai toujours compris la grâce comme une faveur imméritée, entière et simple. Pourquoi les sacrements seraient-ils nécessaires pour qu’elle soit accordée ? Ne réduisent-ils pas la portée de la grâce à ceux qui ont le privilège d’être baptisés ou de recevoir l’Eucharistie ? Je pensais que l’amour de Dieu était universel ! »

Pour comprendre le point de vue catholique sur cette question, nous devons comprendre ce que pense l’Église et ce qu’elle ne pense pas sur les sacrements. L’Église ne parle pas des sacrements comme négation de l’amour universel de Dieu et de sa volonté de salut. Cela ne signifie pas que les personnes de bonne volonté non baptisées (comme le bon larron crucifié avec le Christ) sont obligatoirement privées du salut, juste parce qu’il manquerait « la formule magique » du baptême. En effet, la Rédemption universelle du Christ et la possibilité de salut pour chacun ont toutes les deux été défendues par l’Église avec force contre les différentes sectes chrétiennes qui clamaient que le Christ ne sauvait que peu de gens ou que Dieu désirait la damnation de certaines personnes. Contre ces idées, l’Église s’est prononcée à maintes reprises avec force et sévérité pour condamner toute doctrine qui limiterait l’étendue de la rédemption de Dieu à moins de chacune des âmes que Dieu a créées.

Cependant, de peur que cela soit interprété comme une validation de l’universalisme (la croyance selon laquelle chacun sera nécessairement sauvé), l’Église a aussi souligné que le salut est essentiellement une relation, et une relation nécessite au moins d’être deux ! Donc si un homme refuse de participer à la Rédemption universelle obtenue par le Christ, pourquoi alors cette âme n’aurait-elle pas ce qu’elle désire ? Dieu peut inonder la terre avec l’éblouissante lumière de sa grâce, si une âme choisit de fermer les yeux, alors comme Jésus l’a observé, les ténèbres de ses yeux occasionneront de grandes ténèbres intérieures. Dieu veut sauver, mais respecte notre liberté, même si nous choisissons l’Enfer.

Ainsi donc, la question concernant les sacrements n’est pas : « La volonté de Dieu est-elle le salut universel ? ». L’Église est entièrement d’accord avec cela. Mais une fois cette question réglée, une autre se pose : « Comment Dieu révèle et offre-t-il à chaque personne sa grâce universelle ? ». Pour répondre à cette question, l’Église renvoie au Sacrement des sacrements, le Fils de Dieu incarné. Car, comme nous le verrons, tous les sacrements de l’Église sont simplement des extensions de sa puissance et de son action dans le monde.

Considérez maintenant comment le Dieu de grâce qui est omniprésent et omnipotent se révèle. Il aurait pu choisir de se révéler « directement ». Il aurait pu avoir créé une limite à sa création et l’avoir ignoré en communiquant sa vie et sa volonté directement à chaque âme en dehors de tout élément créé. Mais il ne l’a pas fait. Comment le savons-nous ? « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ».

Maintenant, ceci contraste fortement avec ce que la spiritualité moderne nous assène. Car une telle spiritualité (habituellement appelée gnosticisme) parle de Dieu comme s’il était un éther dans le cosmos qui ne se salit pas les mains avec la vulgarité de la matière. Pour une telle « spiritualité », être spirituel, c’est être plus ou moins désincarné, voyager dans les territoires de l’intuition, du concept et des révélations secrètes et inconnues pour ceux qui sont moins évolués. Pour un tel état d’esprit, c’est un signe de régression vers la barbarie ou vers une superstition primitive que le Dieu chrétien doive employer des moyens physiques tels que le sang du sacrifice ou le baptême d’eau pour communiquer sa puissance et sa grâce. Ils sont, pour ces hautes gens, des symboles primitifs utilisés par des ignorants puisqu’ils sont incapables de saisir l’authentique spiritualité.

Au contraire, l’Évangile des chrétiens renie un tel snobisme spirituel avec la surprenante et humble annonce que Dieu aime la matière, beaucoup ! En réalité, tellement qu’il ne l’a pas seulement déclaré « bonne » au début de la création, mais qu’il continua de se manifester lui-même à travers elle jusqu’à la plénitude des temps, où il prit lui-même un vrai corps humain matériel et s’unit lui-même, pas seulement à nos esprits fantaisistes, mais à la totalité de nos êtres (esprit, âme, corps) en devenant réellement un homme de chair en Jésus-Christ.

« Mais n’a-t-il pas pu livrer ce grossier corps de chair sur la croix, et revenir pur esprit ? » Non. Il est ressuscité des morts avec un corps. Et cette résurrection corporelle a de vastes implications. Non seulement cela signifie que nous vivrons de nouveau, mais aussi que nous le ferons comme êtres humains, pas comme fantômes désincarnés flottant dans l’éther. En effet, comme Paul l’a compris, cela signifie au final que la création entière sera « libérée de son lien à la corruption et entrera dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu ». En bref, la création physique est appelée à la rédemption et au renouveau, et pas seulement à être des âmes désincarnées.

Étant donné toutes ces choses, l’Église catholique a toujours considéré la matière avec sérieux et reconnu que Dieu se révèle non seulement à travers elle comme un artiste se révèle à travers un poème ou une toile, mais aussi qu’il vient à nous à travers elle comme un amoureux donne son amour à travers un baiser. Il créa par grâce, pas seulement comme une exposition, mais pour participer à son oeuvre de rédemption, tout comme un baiser incarne l’amour. C’est pourquoi la vision sacramentelle du monde voit bien plus qu’un symbole dans un sacrement. Les sacrements, par la puissante grâce de Dieu (et non pas par un pouvoir magique intrinsèque) réalisent des choses. Ils déversent la grâce comme les mains et le souffle du Christ déversaient la guérison à l’aveugle et l’Esprit Saint sur les Apôtres. Car ils sont les mains, le souffle, le corps, le sang, l’esprit, l’âme et la divinité du Christ. Ils sont des moyens physiques de grâce qui à la fois signifient ce qu’ils font et font ce qu’ils signifient.

« Mais cela ne réduit-il pas la grâce aux seuls sacrements ? »

Non, car Dieu n’est pas limité par les sacrements, exactement comme Il n’était pas limité physiquement là où le Christ était présent. Exactement comme Dieu a pu guérir le serviteur du centurion à distance, de sorte qu’il peut donner sa grâce sacramentelle à ceux qui y sont disposés, mais qui n’ont pas l’opportunité de recevoir les sacrements eux-mêmes (comme le bon larron).

Ayant dit cela , considérons l’autre aspect du problème. Explicitement, le dicton « toutes les routes mènent à Rome » n’est pas une excuse pour ne pas y aller. En d’autres mots, l’étendue de la grâce sacramentelle de Dieu et sa miséricorde (étendue à ceux qui en sont coupés par accident et par les circonstances), n’est pas une excuse pour ceux qui y ont accès et les ignorent. Je dis cela parce que j’ai connu beaucoup de catholiques qui ont accepté l’affirmation que « Dieu n’est pas limité par ses sacrements » comme l’affirmation que tout ce qui est beau était un « sacrement » aussi important que le Saint Sacrement (et donc, mon émission TV favorite ou marcher dans les bois seraient aussi sacramentelles –et donc interchangeables avec– la Messe).

L’Église ne nie pas que chaque chose (même la télé !) ait un certain aspect sacramental. « Au Seigneur, la terre et sa richesse ». La grâce de Dieu peut venir, et vient, à travers chacune de ses créatures d’une manière ou d’une autre. De même, je ne nie pas que, pour un randonneur crotté et perdu dans les bois sauvages, beaucoup de choses différentes (noix, baies, racines, larves, orties bouillies) aient une certaine qualité nutritionnelle qui puisse l’empêcher de mourir de faim. Cependant, il est peu probable qu’un tel menu assure une bonne nutrition, ni qu’un d’entre nous le préfère au banquet préparé chaque jour pour nous par une multitude d’anges. Et c’est précisément un tel banquet spirituel que le Christ nous offre dans les sacrements (plus particulièrement l’Eucharistie). Car les sacrements sont la voie normale et principale par laquelle l’incarnation nous nourrit, tout comme un dîner, un déjeuner ou un souper sont les voies normales par lesquelles les nourritures terrestres nous atteignent.

L’idée alors est que la grâce de Dieu, bien qu’aussi étendue que la lumière du soleil, doit être concentrée par le verre optique des sacrements, pas pour limiter Dieu, mais pour nous réveiller. Donc, comme G.K.Chesterton l’a dit, la différence entre la Présence Réelle dans l’Eucharistie et la grâce universelle de Dieu est la différence entre dire : « l’Esprit du Seigneur remplit tout l’univers » et « Jésus Christ a marché dans cette pièce ». La sacramentalité ne dérive pas d’un désir d’exclure certains de la Rédemption du Christ, mais de l’étrange nature propre au christianisme, avec ses insistances sur le fait que le monde fut sauvé quand Dieu, qui a toujours été omnipotent et universel, devint petit et focalisé, de sorte qu’il put nous toucher et nous appeler par notre nom. Comme un réel amoureux, Dieu ne pouvait pas rester « assis » au Ciel, alors que nous étions si loin de Lui. Il n’était pas même satisfait de nous envoyer des lettres d’amour avec la loi et les prophètes. Plutôt, il vint (et il vient) à nous de personne à personne, pour pouvoir nous toucher. C’est là ce que fait la grâce.

Copyright 2001 – Mark P. Shea

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Un commentaire sur “Les sacrements sont-ils réducteurs ?

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