+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Index des livres interdits, défendu par un libre penseur en 1896!

 

Que l’Eglise vienne à interdire une chose, et voilà que des voix s’élèvent au nom de la liberté de pensée. Jusqu’à preuve du contraire, l’Eglise peut bien prononcer un interdit, elle n’empêche par aucun moyen de le braver. La liberté de chacun reste entière.

Les tenants de la « libre-pensée » ont à l’esprit l’exemple de « l’index », célèbre liste que l’Eglise publiait afin d’interdire aux catholiques la lecture d’ouvrages dangereux pour la foi et les moeurs. Ce qui est amusant, c’est que l’index trouva un défenseur surprenant en la personne de Francisque Sarcey (1827-1909). Cet auteur dramatique écrivit des rubriques dans de nombreux journaux, et se rendit populaire par ses feuilletons et pièces de théâtre. Un moment professeur, ses opinions libérales le firent envoyer en disgrâce à Rodez. Manifestement, le Gers voisin n’ignorait pas ce personnage…

En effet la « Semaine religieuse du diocèse d’Auch » publia en son numéro 47, le 19 septembre 1896, un petit article reprenant les propos de Sarcey, qui ne voit pas en quoi les interdits de l’Eglise dérangeraient les libres penseurs ! Le propos mêle avec brio justesse d’analyse et humour. A déguster comme un petit plat raffiné…

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L’INDEX

L’index défendu par un libre penseur, c’est un fait assez rare pour mériter d’être signalé. Ce n’est pas la première fois que Mr Sarcey fait preuve de bon sens. Jadis il défendait la liberté des processions contre les aboiements de la libre-pensée, aujourd’hui il se permet de trouver quelque peu bébêtes les récriminations qu’a suscité la mise à l’index de la « Rome » de Mr Zola. Certains catholiques pourraient faire leur profit des réflexions du libre-penseur Sarcey.

Un évêque, dit-il, s’aperçoit qu’un livre renferme des choses contraires à la foi ou aux moeurs. Il l’examine avec soin ou le fait examiner par une commission d’hommes calmes et capables. Ainsi éclairé, il défend à ses diocésains de lire ces livres.

Il le défend, vous m’entendez, sous des peines exclusivement spirituelles. Ni prison, ni amendes, ni correction matérielle d’aucun sorte.

Voilà l’Index de l’évêque.

L’index prononcé directement par la Congrégation romaine est précédé des mêmes motifs et basé sur les même motifs. Eh bien ! Est-ce que le pape n’use pas d’un droit incontestable ?

Ah, s’il ajoutait « Au cas où je saisirai entre vos mains le livre défendu, je vous fourrerais en prison ou vous cuirais proprement sur le bûcher. »

Dame ! Il y aurait là de quoi réfléchir d’abord et crier ensuite. Mais point : on vous donne simplement un conseil ; vous passez outre au conseil, c’est votre affaire. Vous aurez à répondre de votre désobéissance, non au Pape, mais à Dieu. Vous croyez que Dieu ne se mêle point des ces sortes de choses ? Mais que vous importe alors la défense du Souverain-Pontife, qui est nulle et non avenue, puisqu’elle manque de sanction ?

Pourquoi réclamez-vous ? Pour qui réclamez-vous ? Ce n’est assurément pas pour vous, que l’interdiction ne touche en aucune façon… C’est donc pour les catholiques. Car ce sont les seuls que vise l’index.

Vous êtes, en vérité, bien bons de prendre d’eux un souci qui est fort inutile. Ce sont eux qui demandent à leur Pasteur spirituel s’ils feraient bien de lire tel ou tel ouvrage. Le pasteur leur répond oui ou non, et vous hurlez, comme si c’était vous qu’on écorchât. Mêlez-vous donc de ce qui vous regarde…

Ça m’amuse d’entendre des journalistes, s’adressant au Pape, après une condamnation de l’Index, lui dire, d’un air de compassion méprisante ou de vive indignation : « Où avez-vous vu que la Rome de Zola soit contraire à la foi ? Vous n’y entendez rien. La Rome de Zola n’attaque point le catholicisme ».

« Pardon ! Le vrai catholicisme, répond le Pape, c’est mon catholicisme à moi, puisque je suis le catholicisme même. Lisez le roman de Zola, si bon vous semble ; mais si vous le faites, vous n’êtes plus des catholiques obéissants. Et permettez-moi de penser qu’il y a quelque présomption à vous de me donner des leçons de catholicisme »

Le Pape pourrait ajouter à ces considérations que les gouvernements, eux aussi, même les plus libéraux, ont un index, qui est infiniment plus dur que celui de la Congrégation. Quand un livre, soit pour obscénité, soit pour anarchisme, est déféré à la cour et condamné, les juges laïcs ne se contentent pas de défendre la lecture et l’oeuvre : ils ordonnent le destruction des exemplaires saisis et ils en coffrent l’auteur entre les quatre murs d’une prison pour plus ou moins de temps.

Avouez que l’index de la Cour romaine est plus inoffensif.

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