+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Evangile de Judas : la manipulation

 

evangile judasVéritable serpent de mer (ça fait depuis St-Irénée – soit 18 siècles !!! – qu’il ne cesse de remonter à la surface puis de couler !!), l’Evangile de Judas a été très fortement médiatisé quelques jours avant Pâques 2006. Gageons qu’on le reverra bientôt faire surface. Puis replonger…

Cet évangile est apparu dans quelles conditions rocambolesques, dignes d’un vrai roman ! Jugez plutôt :

– découvert par un égyptien, aux alentour d’El Minya – acheté par un marchand d’antiquités du nom d’Hanna – 1983 : Steve Hemmel, professeur de paléographie à l’Université de Munster, fut appelé par des archéologues depuis un hôtel de Genève pour authentification – à son arrivé, il trouva le manuscrit aux pages mélangées, enveloppé dans du papier journal dans une boîte à chaussure (curieux archéologues qui conservent ainsi un manuscrit de 2000 ans !!) – le marchant d’antiquité Hanna demande 3.000.000 de dollars ! Steve Hemmel n’a pas cette somme (!). – le manuscrit disparaît – 1984 : Hanna réapparaît à New York, et cherche à le vendre à des… collectionneurs. Ça ne marche pas, Hanna met le manuscrit dans un coffre de banque. – 2000 : Hanna réussit à vendre le manuscrit à Frieda Nussberger-Tchacos, marchande suisse d’antiquités, qui le confie à des experts de l’Université de Yale – le contenu est identifié, mais l’Université de Yale estime sa provenance douteuse, et refuse d’acheter le manuscrit. – un collectionneur américain se porte acquéreur, et après de multiples rebondissement s’avère insolvable. – Frieda Nussberger-Tchacos apporte le manuscrit à la Maecenas Foundation for Ancient Art de Bâle, en Suisse, qui s’unit à la National Geographis Society et au Waitt Institute for Historical Discovery, en Californie, pour restaurer, traduire et publier cet évangile.

Le thème de fond :

Le manuscrit répand une gnose – une « connaissance » – qui affirme que le monde a été créé sur des bases mauvaises. Ce qui est RADICALEMENT opposé à l’enseignement chrétien, qui affirme exactement le contraire. Mieux encore, ce monde mauvais à été créé par une déesse, selon la gnose en question, et Jésus et Judas se seraient entretenus au sujet de cette déesse ! Comme quoi, même dans l’antiquité, il y avait déjà des esprits loufoques !

Le récit affirme évidemment que Judas ne s’est pas suicidé ! Mais alors quelle puissance que celle de l’Eglise, pour avoir fait disparaître TOUS les écrits historiques de la surface de la planète qui aurait attesté de la vie de Judas après celle du Christ ! Car il faut bien le dire : hormis ce texte unique, après l’an 33 (à quelques années près) Judas n’a laissé aucune trace nulle part. Ni dans les écrits d’un historien tel que Flavius Josephe, ni dans la moindre rumeur ou légende populaire ancienne, ni dans des écrits méditerrannéens non-chrétiens qui auraient certainement profité de cet argument pour torpiller la religion chrétienne, et l’auraient donc repris et propagé par d’autres voies. Voilà qui est pour le moins étonnant !

Il est clair que Judas a bel et bien disparu de la vie et de la culture du peuple hébreu à l’époque de la crucifixion du Christ. Mais alors… qu’est-ce donc que cet évangile ? Nous le saurons bientôt, puisque traduction on nous annonce…

Dans quoi classer l' »Evangile de Judas » ?

Ce serait un évangile apocryphe comme un autre, parmi celui de Philippe ou de Thomas. Notons au passage que ce dernier est seulement connu de réputation (car qui l’a lu ?). Pourquoi cette notoriété ? Parce que certains contestataires se sont précipités dessus. Et pourquoi se sont-ils précipités dessus ? Parce que pour un contestataire, un Thomas semble être un représentant idéal, parce que cet évangile-là doit probablement recéler quelqu’information juteuse… Alors un évangile de Judas, c’est tellement mieux !

Pourquoi les évangiles apocryphes excitent-ils tant de personnes ? Disons-le, il aura fallu qu’un Jacques Duquesne en fasse son « fond de commerce » pour que beaucoup s’y intéressent. Parce que l’Eglise ne retient pas ces textes et ne les promeut pas. La raison est simple : il n’y a que 4 évangiles qui se recoupent, à la manière de témoignages concordants. S’il y en avait eu cinq, l’Eglise en aurait reconnu cinq. Etc. Mais quand un évangile présente une suite de faits que personne d’autre de confirme, on le tient pour un témoignage unique, donc impossible à présenter comme sûr. Et du coup, parce que ce n’est pas fiable, on ne les édite pas. C’est quand même simple à comprendre.

Voilà donc la seule et unique raison pour laquelle l’Eglise ne publie pas d’autres évangiles que ceux de Luc, Marc, Matthieu et Jean. Cette explication suffit à ridiculiser Elaine Pagels, professeur de religion à l’université de Princeton et l’une des grandes spécialistes mondiales des évangiles gnostiques, qui affirme que les évangiles apocryphes ont été « dissimulés pendant près de 2.000 ans ». Comme quoi on peut être diplômé et dire n’importe quoi quand même.

De plus, dans certains cas, des évangiles apocryphes démontrent une nette tendance à la légende. L’un d’eux, notamment, raconte que lors de la fuite en Egypte, au passage de la Sainte-Famille et de l’Enfant-Jésus, des fleurs éclosaient sur leur passage. Bien sûr, des mystiques diront que de tels faits ne sauraient être surprenants, puisqu’un dominicain tout à fait crédible a rapporté des faits similaires au sujet de Soeur Yvonne-Aimé de Malestroit (XXe siècle, eh oui !). Mais, il y a une différence : Jésus enfant ne faisait pas de miracles, c’est absolument clair. Donc, ce récit est illogique et en contradiction formelle avec les 4 évangiles qui présentent le premier miracle de Jésus à Cana, alors qu’il est adulte. Ceci permet de justifier une vraie prudence à l’égard de tout récit isolé et ayant prétention de « révéler » des faits sur le Christ.

Et nous allons voir que pour ce qui est de manquer de logique, l’évangile de Judas nous offre un élément d’ores et déjà déterminant !…

Mais il y a mieux : les promoteurs de l’évangile de Judas nous disent que ce récit affirme que Judas ne s’est pas suicidé. Il y a ici comme un petit problème littéraire : comment X peut-il écrire que « X ne s’est pas suicidé » ? Il n’a pas besoin de le dire, puisque c’est lui qui est l’auteur ! Ou alors, si le texte dit que X ne s’est pas scuicidé, c’est donc qu’il est écrit par des disciples de X ! Alors… la conclusion est claire : ce n’est du tout un évangile, car il n’est pas relaté par un témoin, mais des successeurs du témoin. Ce n’est au mieux qu’un écrit comme un autre, daté du II siècle au plus tôt. Voilà qui devrait suffire à exclure ce texte de la catégorie même des évangiles apocryphes. Mais nous continuerons à l’appeler « évangile de Judas » faute de mieux.

Un récit blasphématoire, donc anti-chrétien (mais est-ce surprenant ?)

Ainsi on nous livre ce fameux extrait : Jésus disant à Judas : « Tu les surpasseras tous. Tu sacrifieras l’homme qui m’a revêtu ». Voilà qui fait fort ! Jésus se placerait comme étant un « contenu » (Jésus Fils de Dieu) enfermé dans un « contenant » (la nature humaine). Jésus aurait dit que la nature humaine « l’a » revêtu, que c’est cette nature qui est en quelque sorte l’acteur de la situation !

Si Jésus Fils de Dieu avait voulu signifier sa nature humaine (conjointe, rappelons-le, à sa nature divine) il aurait dit « L’homme que j’ai revêtu ». Mais EN AUCUN CAS « l’homme qui m’a revêtu », se plaçant ainsi comme celui qui subit. Jamais, dans les 4 évangiles, Jésus ne parle autrement qu’en tant que seul décideur de ce qui lui arrive. D’autre part jamais Jésus n’aurait parlé autrement qu’en valorisant sa divinité par l’ordonnancement des mots composant la phrase. Or là c’est exactement le contraire : la phrase valorise totalement sa nature humaine, et omet sa nature divine. Absolument IMPENSABLE dans la bouche du Christ, conscient d’être le fils de Dieu au moins depuis l’âge de 12 ans !

Mais ce n’est pas tout. « On » nous présente cette phrase comme une demande de Jésus à Judas afin de le libérer de son corps humain. Ceci est ridicule, et pour plusieurs raisons :

– raison théologique : en admettant que Jésus, Dieu, souhaite quitter son corps humain, on peut dire que son pouvoir divin lui permettait d’y parvenir sans l’aide d’un homme ordinaire – raison logique : est-il normal qu’un homme demande à l’un de ses amis « Trahis-moi ! » ? Celui qui le demande serait vraiment loufoque, et celui à qui cela est demandé n’accepterait pas. Ou alors, si Judas accepte, alors c’est donc qu’il avait déjà le désir de mal faire… – raison scripturaire et symbolique : les Evangiles et l’Ancien Testament sont des textes qui croisent leurs contenus par des éléments concordants, les premiers prophétisant les seconds, et les seconds se réclamant des premiers. Or, dans un cas aussi important qu’une telle demande du Christ, on trouverait des éléments venant étayer ce propos. Les prophéties décrive le sacrifice du Christ comme celui de l’Agneau sacrifié pour la Pâques, or l’agneau symbolise celui qui subit, et non pas celui qui ordonne !

Une coïncidence fort étrange…

A quel moment les médias et les promoteurs de ce récit l’ont-ils fait resurgir ? N’est-ce pas curieux que cela ait été fait une semaine avant la Semaine Sainte 2006 ??? Osera-t-on dire que c’est le fruit du hasard, alors qu’à cette période de l’année l’Eglise s’apprête à procéder rituellement à la lecture du récit de la Passion du Christ le Dimanche des Rameaux et le Vendredi Saint, et ainsi rappeler dans quelles circonstances le Christ a été arrêté, jugé et crucifié ?

Il s’agit bien d’une manoeuvre. En France, on croise un certain Mr Roberty (un avocat passionné d’histoire, rien de plus !) déclarant : « J’y vois un élément très positif car la figure de Judas est une des justifications du christianisme dans sa vision antisémite ». Et ce à quel moment ? A une semaine de la Semaine Sainte, moment où l’Eglise rappelle, par lecture dans toute les édifice religieux, ce que fut la Passion du Christ. Qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une coïncidence !

Et si Mr Roberty avait fait un minimum d’études, il aurait appris que l’Eglise ne peut pas être antisémite, puisque le Christ est sémite, que les évangiles sont des livres écrits par des sémites, que le Pape Pie XI a affirmé en 1938 « Nous sommes tous des sémites », et que le Grand Rabbin de Rome du temps de Pie XII s’était converti au catholicisme en considérant l’attitude exemplaire de… Pie XII (mais si !!).

Deux petites choses…

Saint Irénée, au IIe siècle, nous avait déja avertis sur cet écrit dans son « Adversus Haereses » (« Contre les hérésies ») : « Ils [les hérétiques] ont produit une histoire fictive … qu’ils ont appelé l’Evangile de Judas ».

Les promoteurs français du texte ne manquent pas une occasion d’affirmer que Jésus était « mégalo ». Bientôt ce sera un « comédien », puis ensuite un « psychopathe ». On voit clairement l’intention : elle est destructrice, et n’est pas celle de vrais chercheurs scientifiques.

Il est par ailleurs amusant de constater qu’à l’occasion de cette présentation de l’évangile de Judas, écrite en copte égyptien, la photo diffusée dans la presse montrait un manuscrit en… grec ! On se relèverait la nuit pour en rire !

Terminons avec l’antisémitisme

Même si l’Eglise était antisémite, on verrait mal comment elle le justifierait au seul motif de l’acte d’un seul juif, dont on sait très bien qu’il ne représente que lui-même en trahissant Jésus. On ne sera pas surpris qu’un avocat, mal documenté, tente de pousser l’affaire sur un terrain juridique. Il fait avec les moyens qu’il a…

On peut prendre les paris : toute cette affaire fera un flop retentissant quand on en donnera une traduction. Précisons : une traduction approuvée par une commissions d’experts issus de différents milieux, et non pas d’une équipe co-optée par elle-même, comme c’est actuellement le cas !

Source: de Ecclesia (de l’Eglise)

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