+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Inquisition : les temps, les causes, les faits 1/7

Nous vous proposons, chers lecteurs, une autre étude poussée sur l’inquisition. Comme vous devez le savoir, il y a déjà, sur ce blog, deux articles poussés sur l’inquisition : d’une part celle de Barthélémy Charles, et de l’autre celle de L.-A Gaffre. Ainsi, dans la continuité, nous vous proposons une autre de Maurice Landrieux qui sera divisée en 10 parties (peut-être moins, mais pour l’instant, restons ainsi). L’étude se divise en deux grandes parties : La croisade des Albigeois et l’inquisition en Espagne. Tous les mots, groupes de mots et phrases mis en évidence, sont de moi. Bonne lecture.

L’Inquisition

LES TEMPS, LES CAUSES, LES FAITS

ParMaurice LANDRIEUX

Lettre de M. J. GUIRAUD

Professeur d’histoire à l’université de Besançon

Directeur de la « Revue des Questions Historiques ».

Besançon, le 22 Mars 1911.

Monsieur le Vicaire général,

Je vous remercie de m’avoir communiqué les bonnes feuilles de votre étude sur l’Inquisition ; et, devançant le jugement que ne manqueront pas de porter vos lecteurs, je tiens à vous adresser mes bien respectueuses félicitations.

Votre livre rendra les plus grands services parce qu’il a été écrit avec le seul souci de la vérité. Il l’expose avec une entière loyauté, une compétence indiscutable et une clarté qui portera la lumière dans tous les esprits que n’obscurcissent ni la passion ni le préjugé.

« L’Église a besoin de Vérité, dites-vous ; elle ne se dérobe pas à la responsabilité de ses actes ; elle exige seulement qu’on ne les dénature pas. » Ces nobles pensées ont inspiré toute votre œuvre. Vous avez abordé de face, sans réticence et sans faux-fuyant, le grave problème de l’Inquisition. Vous n’avez pas dissimulé les excès que cette institution a pu commettre à travers les siècles, et vous n’en avez pas été embarrassé ; car vous savez que si l’Église est divine, les hommes qui l’ont servie ont été des êtres fragiles, soumis aux défaillances de la nature ; leurs fautes ne sont que la conséquence de leur faiblesse et ne sauraient ternir, en aucune manière, l’institution surnaturelle dont ils ont été les instruments imparfaits.

S’affirmant avec une telle netteté, votre loyauté fait votre force.

Pour apporter la vérité à vos lecteurs, vous avez commencé par la bien préciser à vos propres yeux. Vous avez étudié les textes et les auteurs qui parlent de l’Inquisition. J’ai eu l’occasion de faire, pour mon compte, les mêmes recherches, et j’ai reconnu, en vous lisant, la documentation abondante et solide qui se dissimule modestement derrière la simplicité voulue de vos pages. Elle assure à vos informations la force invincible de la science. Aussi, je ne crains pas de déclarer que quiconque vous lira, avec le seul désir de s’instruire, comprendra le rôle de l’Inquisition au Moyen Âge. Les hérétiques qu’elle eut à réprimer lui apparaîtront, non seulement comme des hétérodoxes qui combattaient les enseignements de l’Église, mais aussi comme des rêveurs malfaisants ou des prédicants dangereux, qui menaçaient dans leurs doctrines, avec l’ordre social établi en ce temps-là sur la Vérité catholique, les principes universels et nécessaires sur lesquels s’appuie, eu tout temps, toute société.

En émettant cette conception, vous vous rencontrez, non seulement avec des historiens catholiques, tels que Monseigneur Douais, mais avec des indifférents tels que M. Luchaire et des protestants tels que M. Lea ; ou plutôt, en leur compagnie, vous rendez hommage à la vérité historique, qui s’impose à tout esprit loyal et sincère.

Chaque jour, on rend de plus en plus justice à l’Inquisition du XIIIe siècle ; nous en avons pour preuve l’aveu significatif que vous citez de l’historien Lea : « Nous reconnaissons, sans hésiter, que dans ce temps-là, la cause de l’orthodoxie n’était autre que celle de la civilisation et du progrès. »

Il n’y a plus que les primaires bornés et les historiens de mauvaise foi pour décrire les horreurs du Sac de Béziers et répéter le mot apocryphe : « Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens. »

Les ennemis de l’Église aiment mieux insister sur l’Inquisition espagnole avec ses autodafés et ses bûchers. Vous les avez suivis sur ce terrain brûlant ; et, à leurs affirmations haineuses, vous avez opposé les jugements éclairés de votre loyale critique.

Après vous avoir lu, j’ai mieux compris comment, établie par l’Église, l’Inquisition n’a pas tardé à devenir un tribunal plus royal qu’ecclésiastique, plus espagnol que catholique ; et, dès lors, je me suis demandé s’il est de bonne foi de faire retomber uniquement sur l’Église des actes dont la monarchie espagnole est presque entièrement responsable et que maintes fois le Saint-Siège a blâmés.

Ce n’est pas d’ailleurs par une habileté d’avocat que vous rejetez sur l’Espagne la responsabilité des bûchers : j’en ai pour preuve les raisons par lesquelles vous nous faites comprendre l’Inquisition espagnole elle-même. Quelque rigueur qu’ils aient montrée, ses tribunaux ont rendu à la Patrie de signalés services, lorsqu’ils ont poursuivi ces Juifs et ces Maures qui, sous le masque d’une fausse conversion, menaçaient, de leur haine et de leurs complots, l’unité nationale vaillamment reconquise après sept siècles de lutte.

Vous vous attaquez d’ailleurs résolument aux exagérations qu’ont accumulées les historiens sectaires et les manuels scolaires, lorsqu’ils ont parlé des victimes de l’Inquisition. Vous en réduisez le nombre à de justes proportions ; et, s’il paraît encore bien grand, vous rappelez, d’une part, que l’Église a maintes fois invité les Inquisiteurs à la modération ; de l’autre, que leurs excès « ne sont rien en comparaison des persécutions féroces, des orgies de cruauté que Luther a déchaînées en Allemagne, et, après lui, à cause de lui, Calvin, à Genève ; Henri VIII, Élisabeth, en Angleterre ; Christian II, en Danemark ; Gustave Wasa, en Suède ; Jeanne d’Albret, en Navarre ; les Huguenots, puis les Jacobins, chez nous ! »

Le profil que j’ai tiré de vos pages sera celui de tous ceux qui vous liront. Aussi je souhaite qu’ils soient légion, pour que les préjugés entassés par la mauvaise foi s’évanouissent devant la vérité, et qu’ainsi, lavée par vous des calomnies de ses adversaires, l’Église soit mieux connue, et, par-là, mieux aimée.

Veuillez agréez, Monsieur le Vicaire général, l’hommage de mes sentiments respectueux et reconnaissants.

J. GUIRAUD.

 _____________

 

L’INQUISITION

LES TEMPS, LES CAUSES, LES FAITS

 La lave refroidie, aux flancs de la montagne, ne donne pas l’idée du volcan : le volcan, c’est du feu ; la lave, c’est de la pierre ! Pas davantage le document sec et froid, qu’on exhume de la poussière des archives, n’est l’Histoire. L’Histoire vraie n’est pas celle qu’on écrit après coup, comme on peut, en remuant les cendres du passé ; c’est celle qui se fait au jour le jour, sous le choc des évènements, toute vibrante des passions, des colères, des enthousiasmes ou des folies des peuples.

Elle est faite d’éléments complexes.

Si on pouvait la décomposer, on trouverait, à l’analyse, à côté des conflits politiques, des guerres et des révolutions, les grands courants d’opinion, les mouvements d’idées qui les préparent et qui les expliquent ; à côté des crises sociales, de l’antagonisme des races, des coups de force des conquérants, l’irrésistible poussée des masses, l’obscur labeur des humbles, le jeu sournois des ambitions et des égoïsmes, l’intrigue, tous ces menus incidents qui ne laissent pas de traces et dont les répercussions sont parfois décisives ; mille influences cachées, l’impondérable souffle, parti on ne sait d’où, qui bouleverse tous les calculs des hommes d’État

Il ne suffit donc pas, si l’on veut évoquer la vraie physionomie de l’histoire, de souder un à un des documents pour reconstituer, tant bien que mal, la trame chronologique des évènements, comme on reconstitue un squelette avec des ossements. Le squelette n’est pas l’homme. Si la structure des membres explique le mécanisme du mouvement, elle ne révèle rien du mobile secret de la pensée, du sentiment dont le geste n’était que l’expression. Il faut d’autres indices, d’autres signes. Il aurait fallu être là, sur place, avoir vu, avoir entendu, avoir saisi sur le vif, savoir ce que cette âme d’un autre âge a voulu y mettre, pour se rendre compte du sens et de la portée de son geste.

C’est à dire que, pour soustraire à cette déformation fatale du temps et de la distance les institutions du passé, il importe de les replacer soigneusement dans leur cadre et de se refaire, pour les juger, une âme d’ancêtre : d’une génération à l’autre, on ne se comprend déjà plus, parce que les idées ont changé et que les conditions de la vie sont modifiées !

Il était bon de rappeler ces principes élémentaires de probité historique avant d’aborder cette question, brûlante entre toutes, de l’Inquisition, car elle tient, par des fibres trop délicates, au sol, à l’époque, au siècle, pour qu’on puisse, sans la dénaturer, l’isoler de toutes ces contingences, réalités vivantes d’où elle a surgi, qui l’enveloppent et dont elle est la résultante.

L’Inquisition ! Spectre sinistre qu’on évoque et qu’on agite sans trêve sous les yeux du peuple, pour égarer ses colères et les rejeter sur l’Église : déclamations passionnées des réunions publiques ; exhibitions malsaines des musées spéciaux qu’on traîne de foires en foires ; scènes brutales, d’un réalisme affolant, des cinématographies ; leçons venimeuses des manuels scolaires, libelles, pamphlets, tout est mis en œuvre pour travestir la vérité et surexciter les masses crédules et sans défense.

Les Catholiques eux-mêmes se laissent impressionner par les affirmations audacieuses des adversaires. Ils ne trouvent pas, dans leurs convictions trop molles, ni dans leur science trop courte, hélas ! la confiance instinctive qui devrait suffire à les mettre en garde contre l’exagération ou l’imposture. Ils sont gênés et plaident timidement les circonstances atténuantes.

Certes, la question n’est pas aussi simple que d’aucuns parmi nous semblent le croire, et l’Inquisition a trouvé, dans nos rangs, des apologistes trop faciles. Mais, précisément parce que cette page de l’Histoire de l’Église est déjà sombre, il importe de ne pas la noircir à plaisir.

Il faut se défier ici du sentiment et n’aborder ce sujet de la répression sanglante de l’hérésie au Moyen Âge, qu’avec sang-froid, sans rien taire, par peur du scandale, de ce qui doit être dit. Le temps est passé de ces réserves et de ces timidités, plus nuisibles à la cause que la lumière crue des faits[1].

L’Église a besoin de la vérité. Elle ne se dérobe pas à la responsabilité de ses actes. Elle exige seulement qu’on ne les dénature pas.

Ce n’est point elle qui pâtit de la méthode rigoureuse et positive que la critique moderne a introduite en Histoire ; car, à mesure qu’on y voit plus clair, les déformations malhonnêtes et intéressées se révèlent et le rôle séculaire de la Papauté s’affirme, dans sa belle unité, plus loyal et plus fécond.

La lutte contre l’hérésie s’est concrétisée tout particulièrement, au Moyen Âge, dans un fait : la Croisade des Albigeois ; et dans une institution : l’Inquisition, surtout en Espagne.

L’un et l’autre méritent qu’on s’y attarde.

Auparavant, il est indispensable de rappeler ce que fut ce monde du Moyen Âge et dans quelles proportions il était incompatible avec l’hérésie. Car, on s’appliquera moins dans ce travail, qui n’apporte aucun renseignement nouveau sur le fond des choses, à préciser et à discuter des détails,  qu’à justifier par les nécessités du temps, par les conditions sociales, par l’ambiance, la pensée profonde et l’attitude de l’Église.

Et ce sera toute son originalité que d’appuyer, plus qu’on ne le fait d’ordinaire, sur les considérations d’à côté, qui paraissent accessoires et qui sont essentielles

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3 commentaires sur “L’Inquisition : les temps, les causes, les faits 1/7

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