+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition romaine 4/4

APPENDICES

NOTE I. – Raynier Sachoni, qui les connaissait bien pour avoir été pendant dix-sept ans évêque de leur secte, avant de se convertir, d’entrer dans l’ordre des dominicains et de devenir inquisiteur, a résumé leurs erreurs dans sa Summa de Catharis et Leonistis sive Pauperibus de Lugduno. Il y atteste que les purs commettaient les plus grandes indécences et enseignaient que ce n’était pas péché. – Cf. Opera Reineri, dans GRETZER, op. omn., t. XII, p. 2 et 30. – YVONETUS, De Haeresi paup. de Lugd., dans MARTÈNE, Thesaur. nov. anecd., V. 1779 et suiv.

inquisition autodaféVoir aussi le catalogue de leurs erreurs dans FR. NIC. EYMERICI, Directorium inquisitorum cum Scholiis D. Fr. Pegnâe Hispani, Romae, 1578.

La 16e dit textuellement : Quod melius est satisfacere libidini quocumque actu turpi quam carnis stimulis fatigari, sed est (ut dicunt et ipsi faciunt) in tenebris licitum quemlibet cum quâlibet indistincte carnaliter commisceri quandocumque et quotiescumque carnalibus desideriis stimulantur.

Ils rejetaient le saint sacrifice de la messe sous prétexte que tout homme est pécheur à moins d’être de leur secte, par conséquent que nul célébrant ne consacre à moins de croire à leurs doctrines ; – en outre ils enseignaient que toute personne de leur secte, soit homme ou femme, peut vraiment consacrer, parce que tout cathare est vraiment prêtre. – Que condamner quelqu’un à la peine capitale n’est jamais licite, que c’est un péché mortel, etc., etc. – Cf. D’ACHERY Spicileg., t. I, p. 208. – SCHMIDT : Hist. et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois. Paris, 1849, 2 vol.

NOTE II. – Le Liber sententiarum inquisitionis Tholosanae publié par le calviniste LIMBORCH, dans son Hist. inquisitionis, (Amstelodami 1692, in-f°), en rapporte plusieurs exemples : Voici l’un des plus caractéristiques : « Guillelma, uxor Mart. de Proaudo… in sua ultima aegritudine compos mentis in damnatam sectam haeresis ab haereticis recepta fuit consol. immo verius desolamentum per impositionem manuum petens et recipiens ab eisdem, et legatum ipsis fecit et ipsamet persolvit eisdem, et sic recepta per haereticos in abstinentia quam ipsi vocant enduram multis diebus perdurans ritum sibi traditum et sectam ipsorum servando se fecit tamquam haereticam more ipsorum damnabili adorari, mortemque corporalem sibi accelerans, sanguinem minuendo, balneum frequentando, potumque letiferum ex succo cucumerum silvestrium immisso in eo vitro fracto quo frangerentur ejus viscera in fine, ut finiret celerius petitum avide assumendo ad mortem festinavit aeternam dum damnabiliter obiit in errore haeresis et horrore. » (p. 33).

Si un consolé (que l’Église appelait vêtu, à cause du cordon symbolique que les consolés portaient sur la peau) refusait de se suicider, il était interdit à sa famille de le nourrir, aussi vit-on des enfants laisser mourir de faim leurs parents, ou des parents laisser périr d’inanition leurs enfants.

NOTE III. – Les documents contemporains, parmi lesquels la Chronique de Pierre de Vaux-Cernay et les procès-verbaux officiels des enquêtes, conservés à la Bibl. Nat. (Coll. Doat, t. XXII, XXIII, XXIV), nous ont transmis les noms de la plupart des coryphées de la secte. Ils avaient surtout élu domicile dans les places fortes du Midi, « où ils tenaient publiquement maison ». Quant aux femmes, elles sont légion, vivant seules ou en commun avec d’autres parfaites ou avec des jeunes filles qu’elles préparaient au « Consolamentum ». Souvent des familles nobles dans la gêne confiaient leurs enfants, surtout leurs filles, aux parfaits et aux parfaites qui les élevaient en commun, et parfois de peur de les voir retourner à l’orthodoxie, les séquestraient dans des refuges ignorés, et jusque dans des souterrains. On en vit y demeurer plusieurs années sans communication avec le monde extérieur.

NOTE IV. – Contenue en germe dans les prescriptions du concile de Vérone en 1184[46] et du IVe de Latran en 1215, elle ne devint permanente qu’au sortir de la guerre des Albigeois par le décret du concile de Toulouse en 1229[47], ordonnant aux évêques, dans ses trois premiers canons, de charger, dans chaque paroisse, un ecclésiastique et quelques laïques de veiller sur les fidèles et de rechercher ceux des paroissiens qui paraîtraient suspects d’hérésie. Quelques années plus tard, en 1233, parut la fameuse bulle Ille humani generis, de Grégoire IX, premier acte officiel d’institution.

Sur ces entrefaites venait d’être fondé et approuvé l’ordre des FF. Prêcheurs, qui déjà, sous la conduite de son saint fondateur, Dominique, s’était signalé par son zèle sans défaillance et la pureté de sa doctrine ; aussi parut-il bon au souverain pontife de l’affecter tout spécialement à cette mission de sauvegarde religieuse et sociale ; c’est pourquoi, le 20 octobre 1248, Innocent IV confia aux FF. Prêcheurs ou dominicains[48], sous la haute direction des évêques cependant, le privilège d’instruire contre l’hérésie, c’est-à-dire remit entre leurs mains l’Inquisition.

NOTE V. – Avant même les siècles inquisitoriaux, l’histoire nous fournit des exemples assez nombreux de cette intervention de la puissance séculière : nous voyons, en effet, en 1022 le roi Robert livrer aux flammes les manichéens d’Orléans qui furent conduits au supplice sur l’ordre du roi et avec le consentement de tout le peuple, au témoignage du chroniqueur Raoul Glaber (MIGNE : Patrol., t. 142, c. 660). À Goslar, en 1051, quand l’Empereur Henri III fait pendre un certain nombre de cathares, c’est encore del’aveu du peuple entier, consensu cunctorum (Herimanni chronicon, ibid., t. 143, c. 255). Ce fait est une preuve que le genre de supplice infligé à l’hérétique n’était pas alors nécessairement celui du feu, mais il le devint plus tard et lui fut réservé. En 1044 des bûchers s’allument à Asti et à Milan ; en Allemagne, comme en France et en Italie, la coutume s’établit donc de plus en plus de punir l’hérésie au moyen de ce châtiment éminemment propre à inspirer l’effroi. À la veille même de l’institution de l’Inquisition en 1211, une lettre du municipe de Toulouse au roi Pierre d’Aragon nous apprend que le comte Raymond V (1148-1194) avait, de concert avec l’autorité municipale, édicté la peine du feu contre les hérétiques et que cette peine n’a pas cessé d’être appliquéeunde, ajoutent les Toulousains, multos combussimus et adhuc cum invenimus idem facere non cessamus. (BOUQUET, Recueil des historiens des Gaules. Paris, 1738-1876, t. XIX, p. 204).

NOTE Va. – Les ordalies furent l’objet de plusieurs prohibitions de la cour de Rome. Signalons entre autres les lettres de Nicolas Ier à Charles le Chauve, d’Étienne VI (V. BARONIUS, Annales : a. 890, c. 20) ; d’Alexandre II en 1070. Lucien III, c. 8. Ex tuarum, v. 34 de purgat. canon. ; de Célestin III, d’Innocent III, d’Honorius III (c. 1-3 de purgat. vulg., v. 35.) Le judicium Dei, par lequel un particulier en appelait à Dieu, juge suprême, et lui demandait de conférer la force au bon droit, est d’origine germanique. Les ordalies avaient lieu par le duell’épreuve de la croix (les deux parties se tenaient debout pendant la messe, les bras étendus en croix : celui qui les laissait retomber le premier était déclaré coupable.) – La communion réservée surtout aux moines et aux clercs suspects de crimes. – Le judicium offaepanis adjurati, ou de la bouchée de pain bénit. – Le jus feretri ou cruentationis, le meurtrier présumé était amené devant le cadavre de sa victime : si du sang en coulait à son contact, c’était une preuve de culpabilité. – Le jugement de la chaudière, l’accusé devait retirer, le bras nu, un objet plongé dans un bassin d’eau bouillante. – Celui du feuconsistait à marcher sur des charbons ardents ou des socs de charrue rougis (per ignitos vomeres) ou à travers un bûcher allumé. – On sait que Savonarole voulut s’y soumettre le 7 avril 1498. – L’épreuve de l’eau froide (examen aquae frigidae) : l’accusé retenu par une corde était jeté à l’eau : s’il surnageait, sa culpabilité était prouvée. Pour les serfs, les ordalies étaient souvent remplacées par la torture. En France, vers la seconde moitié du douzième siècle, elles avaient disparu pour faire place presque exclusive au duel judiciaire. Les prêtres, les malades, les femmes et les personnes âgées de moins de 21 ans ou de plus de 60 se faisaient représenter par un champion. Pour déraciner à jamais cette barbare coutume, l’Église n’hésita pas à prononcer l’excommunication contre celui qui tuait son adversaire et à priver de sépulture le corps de la victime. Saint Louis se fit l’auxiliaire dévoué de l’Église en substituant par son ordonnance de 1260 à la voie des armes, expressément condamnée par Innocent IV en 1252, l’enquête judiciaire, et en cas de contestation de la sentence, l’appel. La noblesse fit une violente opposition à ce règlement, et Philippe IV se vit obligé de rétablir le combat singulier en matière criminelle : le duel judiciaire avec l’appui du Parlement de Paris se perpétua jusqu’à la fin du seizième siècle, où l’on vit le duel célèbre de Jarnac et de la Châteigneraie en 1547, et en 1569 celui d’Albert de Luynes et de Panier, exempt des gardes qui y fut tué. C’est le dernier duel qui paraisse avoir été revêtu de formes officielles. La loi qui ordonnait le combat judiciaire en cas d’appel n’a été abrogée en Angleterre qu’en 1819. – V. sur cette question le Glossaire de DU CANGE aux mots Aqua, Campio, Crux, Duellum, etc. – MABILLON, Analecta, p. 161-162. – GUIBERT DE NOGENT, De vira sua, t. III, ch. 18. – DOM MARTÈNE, De antiquis ritibus. – ORDERIC VITAL, 1. X, coll. Guizot, t. XXVIII. – GUILL. DE TYR, 1. VIII. – Les œuvres de l’archevêque de Lyon AGOBARD : Liber ad Ludovic. P. adv. leg. Gundobaldi et impia certamina quae per eam geruntur (Opp., t. I, p. 107), et les ouvrages de ROCKINGER : Quellenbeitr. zür Kenntniss des Verfahrens bei Gottesurtheilen. Munich, 1857. – MAYER, Gesch. der Ordalien. Iéna, 1795. – PHILIPPS, Uber die Ordalien. Munich, 1847.

NOTE VI. – La teneur de la citation nominative et individuelle était la suivante : « Nous vous enjoignons de notre part et autorité de citer par cet édit péremptoire une fois pour toutes, tel jour, en tel lieu, un tel pour y comparaître et y répondre de sa foi, ou de telle faute, ou y recevoir la peine de la prison ou simplement une pénitence pour les fautes commises, ou pour y défendre un parent mort ou y entendre la sentence à son propre sujet ou au sujet du mort dont il est l’héritier. » Ces procès à la mort, qui furent, ne craignons pas de le reconnaître, une des pages odieuses des annales de l’Inquisition, n’étaient pas rares : le formulaire que nous analysons contient en effet le texte de la sentence à prononcer contre ceux qui étaient décédés dans l’hérésie et ordonnait « en haine d’eux et de leur mémoire d’exhumer du cimetière ecclésiastique leurs ossements si on pouvait les discerner, et de les livrer aux flammes en signe de détestation d’un aussi abominable forfait ». Il semblait intolérable en effet à ces âges de foi que les corps de ceux qui avaient méprisé les consolations de la religion, s’étaient élevés contre leur mère l’Église, pussent reposer en paix en terre bénite : conception rigoureuse qui était la conséquence de la manière contemporaine d’apprécier le crime d’hérésie.

NOTE VII. – Tout le monde aujourd’hui s’accorde à trouver odieux et à flétrir les châtiments infligés autrefois aux forfaits religieux et qui alors n’étaient que les châtiments communs à tous les crimes. Tout le monde alors – excepté l’Église qui maintes fois par la voix de ses docteurs s’est élevée contre cette excessive sévérité, – tout le monde alors la trouvait naturelle. Rappelons-nous que le droit pénal du moyen âge et de la période moderne, – renouvelé des atrocités de l’instruction criminelle du droit romain par ces flatteurs du pouvoir absolu : les légistes, grands restaurateurs et propagateurs de la question ou torture 49 presque entièrement disparue à l’époque où ils la réintroduisirent dans les mœurs judiciaires – condamnait à la hart les larrons pour un vol d’importance minime ; – le gibet attendait aussi le faux-monnayeur, mais avec cette aggravation barbare que l’on avait fait préalablement passer par le feu le malheureux condamné ; – la femme du voleur qui avait aidé son mari dans la perpétration de ses méfaits était réservée au bûcher, on brûlait, on enfouissait vivant, on noyait avec une facilité barbare pour une foule de cas qui n’avaient avec l’hérésie aucun rapport. Quoi d’étonnant alors que l’hérétique, qui, d’après la conception médiévale, avait commis en s’attaquant à la foi un crime infiniment plus odieux que le voleur ou le meurtrier en attentant à la fortune ou à la vie de ses concitoyens, fût condamné comme un criminel de droit commun !

NOTE VIII. – Ce tribunal, où suivant les paroles de l’Écriture, la justice et la miséricorde devaient se donner le baiser de paix, après plusieurs siècles d’essais et de tâtonnements, reçut enfin sa forme définitive en 1542, par la Constitution apostolique Licet ab Initio de Paul III instituant la congrégation de la sainte, romaine et universelle Inquisition, autrement dite du Saint Office.

La plus importante par ses attributions, cette congrégation, développée par Paul IV, a reçu de Sixte V sa forme actuelle, par la constitution Immensa aeterni Dei. Son but est de veiller à la pureté de la foi et de punir les crimes qui lui sont contraires. Elle connaît des crimes d’hérésie, de schisme, d’apostasie, d’abus de sacrements et de tous les crimes portant suspicion d’hérésie ; elle règle les rapports des catholiques et des non-catholiques, rend des décisions interprétatives sur les choses de la foi et des mœurs, et comme la S. C. de l’Index, a le pouvoir de condamner les livres mauvais ou dangereux et d’en permettre la lecture. Ses décrets étant rendus par l’ordre et au nom du Pape, qui en est le préfet, ont force de loi. Dès qu’ils ont été publiés à Rome, comme le pouvoir du Pape ne connaît aucune limite territoriale, ils ont force de loi dans toute la catholicité, non solum in urbe, dit Sixte-Quint, sed etiam in universo orbe (1587, II kal. febr.). – Cf. sur le Saint-Office : FONTANA, Sacrum Theatrum Dominic., p. 498 et seq., Romae, 1666, in-fol. – DEL BENE, De officio s. inquisitionis circa haeresim, 2 vol., Ludg., 1666, in-fol.

NOTE IX. – Fonctionnant régulièrement comme tribunal spécial pour la première fois en 1229 au concile de Toulouse, l’Inquisition fut établie en Catalogne en 1232 au diocèse de Lérida, puis à Urgel où elle coûta la vie au premier inquisiteur Fr. Pierre de Planedis, de là elle passa en Castille en 1236, en 1238 dans la Navarre, où Fr. Pierre de Cadirete périt dans une sédition, le jour de la saint Étienne, lapidé comme le protomartyr dont l’Église célébrait la mort. Déjà instituée en Lombardie dès l’année 1224, elle le fut dans la Romagne en 1252, dans la Toscane en 1258, Venise la vit fonctionner en 1288 où sous le régime soupçonneux de la Sérénissime République elle devint rapidement une institution essentiellement politique, sous le contrôle de l’État. – Les annales d’Allemagne ont gardé le souvenir du zèle dans ce domaine du prêtre séculier Conrad de Marbourg, confesseur de sainte Élisabeth, et de ses deux collaborateurs Dorsa et Jean, dont Montalembert a pris la défense dans la biographie de son héroïne la sainte Landgravine de Thuringe. – En France, où saint Louis l’encouragea, son fonctionnement fut suspendu après la guerre des Albigeois, et ne fut repris que par l’ordre d’Innocent IV en juillet 1243 ; mais l’influence des tribunaux institués par la royauté annihila l’autorité des inquisiteurs, aussi l’histoire ne mentionne-t-elle son activité dans le Nord qu’à deux reprises, en deux causes célèbres : le procès des Templiers à Sens 50, celui de Jeanne d’Arc à Rouen, l’un et l’autre instruits sous la pression politique que l’on sait.

Abbé L.-A. GAFFRE, Inquisition et inquisitions, Plon, 1905.

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