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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition romaine 3/4

inquisition autodaféL’interrogatoire commençait ensuite et portait sur tous les points pouvant amener la conviction que le justiciable était partisan de l’hérésie ou en fréquentait ou connaissait des sectateurs : toutes dépositions faites devant l’inquisiteur et son socius, ou devant l’un d’eux assisté d’au moins deux personnages « idoines », lecture était donnée à l’inculpé de ses dépositions ou aveux, à l’effet d’en reconnaître la teneur, dûment légalisée par un notaire ou un secrétaire juré. L’inquisiteur adjurait ensuite les déposants de revenir à l’unité catholique, faisait abjurer à nouveau leurs erreurs à ceux qui y consentaient, puis les réconciliait, après leur avoir enjoint une pénitence salutaire.

Cette pénalité ne consista primitivement que dans les pénitences mentionnées aux canons des Conciles, aux décrétales, et surtout aux pénitentiaux[33].

Les livres pénitentiels de l’église de Rome, celui de l’archevêque Théodore de Cantorbéry, du vénérable Bède, d’Halitgaire, et autres recueils analogues des huitième, neuvième et dixième siècles prescrivent généralement des jeûnes rigoureux, des pèlerinages à Tours, Rome, Compostelle, Jérusalem, etc., des disciplines ou corrections corporelles publiques. Quelquefois il était enjoint aux pénitents de prendre la croix et d’aller combattre les infidèles, pendant un temps déterminé ; l’une des pénitences le plus en usage était le port à perpétuité sur les vêtements, sur la poitrine et le dos, de deux croix d’étoffe jaune – la couleur des Juifs – aux dimensions exactement fixées ; les hérétiques revêtus ou parfaits qui se convertissaient, y ajoutaient une troisième croix, les hommes sur leur capuchon, les femmes sur leur voile[34]. Ceux qui étaient condamnés à visiter des lieux de pèlerinage étaient munis de lettres testimoniales des inquisiteurs qu’ils devaient faire viser par les autorités ecclésiastiques locales des sanctuaires vénérés. Dans ces lettres, les inquisiteurs avertissaient les fidèles et les autorités « de se garder de molester ou de laisser molester » les pénitents porteurs desdites testimoniales.

Jusqu’à présent, vous le voyez, il n’y a rien de bien effroyable dans la justice inquisitoriale. Aussi, les faits prouvent-ils que la répression n’était pas équivalente au désordre. La miséricorde qui tombe sur des cœurs corrompus ne peut que les attacher plus fortement au mal.

Il fallut en venir à des mesures de rigueur capables de réprimer autrement que par des remèdes d’ordre spirituel le débordement ascendant du mal.

Les pénalités s’aggravèrent donc. On statua contre les coupables la confiscation des biens, le bannissement, la déclaration d’infamie, l’incapacité de témoigner, d’ester en justice, d’exercer aucune fonction publique ; enfin une peine qui porte avec elle l’empreinte de l’extrême dureté de ces temps : la maison du coupable sera démolie. L’emprisonnement prévu par le processus inquisitorial l’était à  temps ou à perpétuité : il est expressément statué qu’il aura lieu « dans une prison tolérable et humaine 35 » où en vertu de son serment, il était enjoint à l’emmuré – c’était le nom du relaps condamné à la prison perpétuelle – « de se rendre, sous peine d’être tenu pour impénitent, et par là même passible de peines plus graves ».

Toutefois, l’office de miséricorde subsistait. L’inquisiteur, en vertu des pouvoirs très étendus que lui conférait sa charge, gardait le droit précieux de grâce qui n’appartient plus aujourd’hui qu’au chef de l’État, pouvait commuer, diminuer, ou même supprimer la peine, si le coupable avouait son crime et en témoignait un repentir plus ou moins sincère, – ce qui doit être le cas de quantité de condamnés, si l’on en juge par le nombre très considérable de récidivistes, repris après avoir été réconciliés, avoir obtenu des lettres d’abolition au for extérieur, ou de réintégration dans l’Église, et remis en liberté sur parole.

Dans ce dernier cas, quand l’inquisiteur reconnaissait la culpabilité et l’incorrigibilité du coupable, après avoir constaté l’obstination du relaps dans sa révolte aux lois de l’Église et de l’État, la compétence de l’inquisiteur cessait, il devait renvoyer le récidiviste aux juges séculiers, seuls compétents, par une sentence formelle.

Celle-ci prononcée, le relaps était remis au bras séculier, dont les magistrats se trouvaient alors dans une position analogue à celle des juges de nos cours d’assises qui ne peuvent être que l’instrument docile de la loi et, liés par le verdict du jury, appliquent les sévérités du Code, quelles qu’en puissent être les rigueurs.

Or, nous savons qu’au moyen âge, – en vertu de la rudesse des mœurs, du dédain de la souffrance et de la mort, dont tant d’uset de coutumes nous apportent le témoignage, et par suite de l’explosion d’indignation et de générale répulsion que suscitait le crime d’hérésie revêtu, dans la plupart des cas, d’un caractère tout particulier de destruction et d’anarchie sociales, – nous savons que la loi à appliquer condamnait le relaps à la peine du feu. « Cette peine nous paraît aujourd’hui justement excessive et barbare : au treizième siècle, il n’en était pas ainsi 36. » C’était la Loi, pouvons-nous répéter avec ceux qui, hypnotisés par ces trois lettres, nous les ressassent tous les jours 37 : dura lex, sed lex !

Le grand historien de la Péninsule, Cesare Cantù, au t. I (p. 193), de son Histoire des hérétiques d’Italie, le constate, en écrivant ces paroles qui résument admirablement l’état de la question : « Le coupable, par cela seul qu’il était reconnu hérétique, n’appartenait plus à l’Église. À dater de ce moment, il devenait criminel d’État, et l’État n’exécutait pas une sentence de l’Inquisition, mais appliquait la peine établie par la société civile. »

Or, cette peine atroce, inhumaine, infernale du supplice par le feu était bien une peine d’État. Tout le monde aujourd’hui s’accorde justement à la flétrir ; tout le monde autrefois s’accordait à la trouver naturelle. Tout le monde, dis-je, excepté l’Église, qui en maintes circonstances s’éleva contre cette excessive sévérité 38.

Les grands restaurateurs de la torture et du feu et de toutes les atrocités de l’instruction criminelle furent les légistes, ces flatteurs vils du pouvoir absolu, qui réussirent à introduire dans le droit pénal du moyen âge des mœurs judiciaires empruntées au droit romain et qui avaient à peu près disparu, sous l’influence de l’Église. Le supplice du feu ne fut donc nullement introduit par l’esprit inquisitorial.

En 1022, pour n’en citer qu’un exemple, le roi Robert condamne au bûcher les manichéens d’Orléans qui comptaient surtout dans leur rang les graves chanoines… « Ils se précipitèrent dans les flammes avec de grands transports de joie », disent les chroniques… Quel temps ! et quels chanoines ! En 1044, à Asti, à Milan, en Allemagne, le même spectacle effroyable se renouvelle…

Les tribunaux ecclésiastiques ne firent donc, en ce qui concerne cette horrible pénalité, que subir les coutumes de la législation civile.

Il apparaît donc clairement que le ministre de l’Église n’était pas juge, à plus forte raison n’était pas le spectre effroyable de bourreau que les romanciers et les feuilletonistes se plaisent à agiter devant les masses, dans l’appareil d’inventions fantastiques.

Il y a davantage. Même au dernier moment, alors que le malheureux, victime de son obstination et des mœurs du temps, allait subir le sort qui lui était réservé par les lois de son pays, la charité de l’Église s’efforçait d’agir encore par le ministère de compassion de ses aumôniers et d’arrêter le bras de la justice humaine. Voici ce qu’écrit l’un des plus décriés parmi ces intrépides et modestes défenseurs de l’orthodoxie et de l’ordre, le dominicain Frère Nicolas Eymeric, inquisiteur général d’Aragon : « Et si par hasard, dit-il, dans son Guide des Inquisiteurs, que je cite textuellement, après la sentence prononcée et la remise au bras séculier, lorsqu’on le conduit au bûcher ou qu’on le lie au poteau pour être brûlé, il (le relaps) dit vouloir venir à résipiscence, se repentir et abjurer ses hérésies, je serais d’avis de le recevoir à merci comme l’hérétique repenti et de commuer sa peine en prison perpétuelle 39 ». Encore une fois, il serait désirable que les pontifes de la Tolérance et de l’Humanité nous montrassent, avant de déverser l’outrage sur le tribunal ecclésiastique, quelque chose d’approchant, établi par leurs soins, dans le fonctionnement des tribunaux séculiers : la merci accordée aux coupables qui confessent leurs crimes, au pied de l’échafaud ! D’ailleurs, avant de prononcer la peine capitale, que de précautions juridiques qui, mises en parallèle avec la procédure du temps – pour ne pas parler du système particulièrement expéditif des tribunaux révolutionnaires de la Terreur – sont tout à l’avantage de l’Inquisition ! « Nous ne procédons – dit le Formulaire inquisitorial, dont nous avons donné des extraits – et, avec l’aide de Dieu, nous ne procéderons à la condamnation d’aucun sans preuves claires et patentes ou aveu formel… ; nous ne dénions à personne les défenses légitimes et ne nous écartons pas des formes du droit… Et toutes les condamnations et pénitences majeures, nous ne les prononçons et enjoignons, non seulement en général, mais encore en particulier, que du conseil exprès des prélats. »

« Les formes décrétées par la procédure inquisitoriale, dit M. du Boys 40, devaient être suivies avec une rigueur minutieuse, la moindre négligence, la moindre omission entraînait la nullité en faveur de l’accusé. » N. Eymeric, de son côté, spécifie qu’on n’autorise à déposer ni les ennemis de l’inculpé, ni l’hérétique contre le fidèle, que deux témoins, à son avis, ne sont pas suffisants, quoique, à la rigueur, le droit l’admette, qu’à plus forte raison, personne ne peut être condamné sur un seul témoignage.

Pour plus de garantie et de sûreté dans son jugement, l’Église avait édicté des peines très particulièrement sévères contre le faux témoignage et l’inculpation malicieuse de crime d’hérésie : « Nous condamnons celui qui s’en rendrait coupable à la prison perpétuelle, dans laquelle, sous des chaînes de fer, au pain de la douleur et à l’eau de l’angoisse 41, pendant toute sa vie, il fera pénitence de son crime, ne lui laissant, par miséricorde, que la vie. Nous ordonnons en outre qu’il sera exposé immédiatement au pilori, les mains liées, la tête nue, et en chemise, à la porte de telle église, jusqu’à l’heure du repas, et de la même façon, tel dimanche, à la porte de telle autre église, et ainsi de suite, de dimanche en dimanche. » En plus, si, au bout d’un an, le faux témoin ne donnait pas de signe d’amendement, il pouvait être livré au bras séculier, après avoir été dégradé par l’évêque, si le condamné était dans les ordres.

En plus, l’Église exigeait que l’inquisiteur et son vicaire eussent commencé leur quarantième année, fussent des hommes instruits, de grande circonspection, zélés des choses de la foi, capables, par leur science, de discerner « entre lèpre et lèpre, hérésie et hérésie, vérité catholique et perversité hérétique, à même de supporter avec constance les labeurs et les adversités, incapables de crainte dans la poursuite virile et constante de leur mandat, prudents et sachant aviser aux moyens d’action, et tout ceci sous le seul espoir de la récompense éternelle 42 ». Leur mission, en effet, comme il est facile de le supposer, n’était guère le fait d’ambitieux, et il fallait toute la foi aux récompenses de l’au-delà, pour affronter les fatigues et les dangers incessants qu’elle comportait. Non seulement les inquisiteurs avaient à braver et le mauvais vouloir des autorités civiles ou ecclésiastiques, jalouses de leur propre autorité, les rancunes des haines et vengeances particulières, l’explosion des colères de la populace soulevée, mais encore, seuls, et défendus par leur seul caractère, avaient à exercer leur mandat dans des milieux franchement hostiles et, en grande partie, gagnés à l’hérésie, comme c’était le cas pour le Languedoc, au temps des Albigeois. Aussi, les annales des Frères Prêcheurs, pour ne pas parler de celles des Franciscains, leurs frères de labeurs et de périls, mentionnent-elles, dans l’espace de trois à quatre siècles, des légions d’inquisiteurs massacrés un peu partout, en haine de leur mandat, quelques-uns avec des raffinements inouïs de cruauté, comme Fr. François de Toulouse, couronné d’épines et percé de flèches par les Albigeois, en 1260, Fr. Bernard de Traversera, scié en deux, la même année, à Cuchillada, etc., etc. L’Église en a placé quelques-uns sur les autels, en récompense de leur intrépidité. Et vous ne trouverez pas déplacé, sans doute, que je les salue en passant, ces magistrats magnanimes des siècles lointains, serviteurs héroïques de l’Église et de la société qui ne devaient leur mandat qu’aux recommandations de leur science plus éminente et de leurs vertus plus généreuses, gardiens indéfectibles de la vérité, qui surent donner plus que leur vie pour la défense du troupeau menacé, sous la dent des fauves de leur temps, mais abandonner jusqu’à leur honneur, en holocauste à leur mission, entre les griffes des bêtes qui devaient en disperser les lambeaux à travers les siècles à venir. Oui, je les salue, ces juges-sentinelles qui ne s’endormaient jamais, compatissants aux faibles, fiers devant les puissants, impassibles sous la menace, et dédaigneux des honneurs, les moines blancs des temps finis, blancs de toute la blancheur des neiges qui tombent du ciel et des âmes qui y remontent, les moines blancs dont un reflet diffus a glorieusement suffi pour honorer les épaules qui portèrent leurs livrées en nos jours de défaillance : je les salue, ceux que l’Église a auréolés, parce que leur front ne sut pas se courber, et qu’elle a immortalisés parce que leur cœur ne défaillit jamais ; les obscurs et les anonymes qui tombaient en chantant, comme les compagnons de Fr. Guillaume Arnauld, martyrisés dans le guet-apens d’Avignonet, l’an 1242 ; les glorieux, comme Pierre de Vérone, Orphée évangélique, qui avait entraîné à sa suite, enchaînées par les liens d’or de l’éloquence et de l’amour, des villes entières de l’Italie, et qui, tombant sous la hache des assassins, la tête fendue, le côté ouvert, trouve encore dans sa vaillance la force de se mettre à genoux, et trace sur le sable, de son doigt sanglant : Credo ! Je crois ! l’affirmation de la foi catholique, conquête de sa jeunesse purifiée, dont il faisait, jusque dans la mort, un superbe défi à la haine de l’hérésie.

De tels hommes ne furent jamais des bourreaux, et, je le répète, si le sang rougit leurs vêtements, ce fut le sang que le martyre fit jaillir de leurs propres veines, non celui qu’une prétendue cruauté arracha à leurs victimes.

Le choix des inquisiteurs était donc entouré d’une multitude de conditions et l’on peut dire que c’est ce haut esprit d’équité, servi par une prudence féconde en précautions, qui préserva l’inquisition romaine d’abus considérables, tant qu’elle demeura assujettie à la souveraineté ecclésiastique.

Et c’est une chose admirable que le Saint-Office de Rome 43 n’a jamais signé une exécution capitale. Tandis que le sang ruisselait, au vent des passions politiques et religieuses, sur toutes les grandes places de l’Europe, tandis que les bûchers s’allumaient, des profondeurs de l’Andalousie aux sommets de l’Écosse, Rome traitait débonnairement ses adversaires les plus résolus et prouvait au monde que le centre de la catholicité est réellement le foyer de la charité ! Les rares griefs que l’on peut articuler contre l’inquisition romaine ne résistent pas à une étude impartiale des documents. Le supplice de Giordano Bruno ne saurait lui être imputé, pas plus que celui d’Arnauld de Bresse ; de savants critiques l’ont lumineusement démontré 44. La condamnation de Galilée lui-même, loin d’être un argument contre la barbarie de l’Église, est, au contraire, une preuve de sa tolérance. La publication des actes de son procès par M. de l’Épinois a remis définitivement cette question au point. À Genève, Calvin eût brûlé le disciple de Copernic, comme il fit rôtir Michel Servet, et le tribunal révolutionnaire l’eût envoyé à la guillotine, en compagnie de Lavoisier, sous le prétexte éminemment juridique que la République n’a pas besoin de savants.

Toutefois, qu’au cours de sa longue histoire 45, l’inquisition romaine n’ait pas toujours échappé aux défectuosités de toute institution humaine, qu’elle ait usé de rigueurs inutiles, disproportionnées avec la faute ou le crime, – envisagés selon la manière de voir de la conscience moderne, – qu’en un mot, des abus se soient glissés dans sa procédure ou ses arrêts, personne ne songera à le contester : les historiens catholiques le déplorent autant, sinon plus que les autres. Mais c’est faire œuvre impartiale que de rendre l’État et la dureté des siècles passés, imparfaitement dépouillés des rudes mœurs de la barbarie, responsables de toutes les cruautés dont on charge l’Église catholique, en lui jetant au visage ce nom fatidique d’Inquisition. Partout où elle put être directrice du jugement, elle maria la miséricorde à la justice. Elle n’intervint, auprès du pouvoir royal, que pour frapper, le cas échéant, des peines les plus sévères, ceux de ses ministres qui, dans une charge où ils relevaient autant du pouvoir civil que du sien, se rendaient coupables d’abus. C’est ainsi que nous voyons, en 1519, Léon X frapper d’excommunication, malgré les objurgations de Charles Quint, le grand inquisiteur de Castille : Thomas de Torquemada.

Pour remédier encore aux défaillances ou aux erreurs inévitables de toute judicature humaine, la papauté alla plus loin en créant un tribunal d’appel papal auquel pouvaient recourir ceux qui s’estimaient injustement condamnés. Est-ce la faute de l’Église si souvent le mauvais vouloir des princes séculiers et les intrigues jalouses de leurs créatures rendirent cet appel illusoire ? Ce fut le cas de l’infortuné archevêque de Tolède, Barthélemy Carranza, retenu huit ans dans les prisons de l’Inquisition, malgré les protestations des souverains pontifes, du grand Sixte-Quint, en particulier, et des Pères du Concile de Trente qui réclamaient leur ancien collègue, et finirent par obtenir son envoi à Rome, où Carranza fut absous. Rome protesta donc maintes fois contre les condamnations, et sut, en plus d’une circonstance, venger la justice outragée, par une glorieuse réhabilitation.

Mais pourquoi irais-je chercher des exemples si loin, lorsque nous en avons la preuve dans la douce et sublime victime de Rouen, dont l’anniversaire fait vibrer, en ces jours d’abaissement national, les fibres de toute âme demeurée française ?…

Lorsque Jehanne, sous la condamnation qui l’écrasait, répondait fièrement : « J’en appelle à Dieu et à Notre Saint-Père le Pape » ; lorsque, conduite au bûcher ; elle murmurait dans ses sanglots, la pauvre bergerette de dix-neuf ans : « Ah ! si j’avais été ès-prisons et tribunaux d’Église, je n’eusse pas été ainsi traitée ! »

C’était toute l’histoire qui jaillissait de son âme ; toute l’histoire qui protestait contre les loups dévorants, jugeant avec des apparences de bergers ; c’était toute l’histoire qui refusait de voir Rome, Rome chrétienne et magnanime, dans les valets mitrés de l’Angleterre, fussent-ils couverts de la pourpre ; c’était toute l’histoire qui se révoltait contre les passions politiques siégeant sous le couvert du zèle religieux et faisant, de l’institution curative établie par une mère pour sauver ses enfants, un instrument d’oppression aux mains de despotes ambitieux qui n’ont que trop souvent fait entendre à l’humanité meurtrie, le long des siècles, cette impudente parole de Cauchon à l’héroïne martyre qui en appelait à l’Église : « Le roi a ordonné que je fisse votre procès et je le ferai. » C’est parce que les procès ont été faits au nom du pouvoir civil, et sous l’empire des multiples passions qui enveloppent le pouvoir civil, que le nom d’Inquisition a perdu dans l’estimation publique le lustre auquel il a droit de par ses pures origines et son but magnifique.

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4 commentaires sur “L’inquisition romaine 3/4

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  3. Les Notes.

    33. Cf. FRANCH, Die Büssdisciplin der Kirche. – WASSERSCHLEBEN, Die Büssordnüngen der abendlaendl Kirche. Halle, 1851. – MORINUS, Comment. hist. de disciplina in administr. sacr. poenit. XIII primis saeculis. Venet., 1702, 2 vol. in-fol. Append.

    34. Voir sur toute cette procédure et ces pénalités les canons des conciles de Narbonne en 1244, Béziers et Montpellier 1246 et la bulle d’Urbain IV (BOUTARIC, p. 443 à 447) de l’année 1264.

    35. In carcerem tolerabilem et humanum. (Process. per Inquisitionem.)

    36. DU BOYS, Droit criminel en France, t. I, p. 97.

    37. Nous nous reprocherions de ne pas citer sur ce perpétuel appel à la loi, ultima ratio des gouvernements modernes, les paroles d’un républicain de l’ancienne école, très proche parent d’un des ministres qui viennent de promulguer l’odieuse loi sur l’enseignement libre :
    « La loi a-t-elle tout dit quand elle a dit : je suis la loi ? Personnifie-t-elle par cela même la justice ? N’a-t-elle pas encore quelque autre condition à remplir pour justifier sa prétention et pour commander l’obéissance ? Chaque fois que l’injustice a voulu prendre un nom respectable, elle a pris la forme de la loi pour frapper sa victime. C’est la loi à la main que le vainqueur a toujours proscrit le vaincu, et si l’on prenait tel code de circonstance rédigé sous prétexte de salut public, on en ferait jaillir le sang comme d’une éponge. » (Eugène PELLETAN.)

    38. Voir Note VII.

    39. Directorium Inquisitorum, § III, p. 335, n. 204.

    40. Op. cit., p. 94.

    41. In quo sub vinculis ferreis, in pane doloris et aquâ angustie quamdiu vixeris… (Dir. Inq., p. 340, n° 209). – Nicolas Eymeric naquit à Géronde en Catalogne ; entré dans l’ordre des FF. Prêcheurs, il fut créé Inquisiteur général vers 1358 et fut le successeur dans cette charge de Fr. Nicolas Rosell, créé cardinal en 1356. Il mourut le 4 janvier 1393 après avoir exercé sa charge pendant 44 ans.

    42. Direct. Inquisit.

    43. Voir Note VIII.

    44. Voir surtout l’ouvrage de M. Th. Desdouits

    45. Voir Note IX.

    Pour les renvois au ‘NOTE’, voyez l’article suivant !

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