+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition 4/4

Passons maintenant au trop fameux san-benito, « ce vêtement d’ignominie (style de roman), qui imprimait à tous ceux qui l’avaient porté un ineffaçable stigmate ». Ouvrons l’histoire, et consultons-la encore sur ce point.

On appelle en espagnol, du nom de san-benito, le costume de pénitence que l’on revêtait jadis, selon la coutume universellement suivie, dans les églises chrétiennes, de témoigner la condition intérieure par le deuil dans l’habillement extérieur. Jamais alors on ne voyait faire pénitence, en costume de fonctions publiques, en habits de soie, brodés d’or et enrichis de diamants. C’est ainsi que le saccus, dont parle l’Ancien Testament, passa de siècle en siècle ; qu’on y rattache la bénédiction qui, dans l’Église, au moyen âge, en faisait un vêtement sacré, et l’on aura le saccus benedictus (le sac bénit) ; en espagnol, saco bendito, et par abréviation san-benito. L’inquisition, naturellement, devait adopter cet ancien usage. Bleu, gris ou noir dans d’autres pays, en Espagne le san-benito était de couleur jaune, et sa forme était celle de l’habit monastique. Ceux qui avaient reçu l’absolution de levin’ étaient obligés de s’en revêtir que pendant la cérémonie de leur réconciliation, et même un grand nombre de ceux-ci en furent dispensés. En général, tous ceux qui étaient venus se dénoncer eux-mêmes accomplissaient leur pénitence dans des auto-da-fé secrets. Dans tous ces cas, le san-benito n’était couvert d’aucune figure. Pourtant, lorsque le condamné était obligé à l’abjuration comme gravement suspect, on le revêtait d’un san-benito sur lequel était figurée une branche de la croix. On plaçait la croix entière sur le san-benito de ceux qui figuraient dans l’auto-da-fé comme hérétiques repentants.

Pourquoi rirait-on des figures de démon, et autres dont on parsemait le san-benito de l’hérétique obstiné et impénitent qui était remis au bras séculier ? Ce rire ne convient qu’aux esprits légers, incapables de comprendre autre chose que les habitudes et les modes du XIXe siècle. Les hommes réfléchis et observateurs ne verront là qu’une des formes par lesquelles se traduisait alors le sentiment de réprobation qui poursuit partout les coupables frappés par la loi. Et puis, le moyen âge, qui symbolisait toute chose, voulait que ces hommes fussent le miroir de la croyance générale sur l’avenir du criminel obstiné dans sa malice.

« Au reste, dit M. Hefele, il a de tout temps paru si naturel d’entourer le supplice des grands coupables de quelque circonstance propre à frapper l’imagination, qu’au XIXe siècle encore l’on a vu, dans des États d’Allemagne qui se piquent de beaucoup de civilisation, les condamnés traînés au lieu de l’exécution couverts de peaux de bêtes. »

Le san-benito et les pratiques de pénitence infligées par le saint-office n’avaient rien d’infamant, quoiqu’on ait voulu l’affirmer. Llorente cite des exemples de personnes qui, quoique ayant subi une pénitence de levi, contractèrent ensuite des mariages avec les plus illustres maisons, et même avec des membres de la famille royale ; bien plus, d’après le même auteur, avoir fait pénitence pour le cas de soupçons graves, n’était point un obstacle aux plus hautes dignités, même ecclésiastiques. En effet l’impression que les pratiques de pénitence, décrétées par le Saint-Office, produisait sur le public, était bien plutôt un sujet d’édification pour lui, que d’humiliation pour ceux qui les subissaient.

Dans le cas où un condamné avait à subir une détention perpétuelle, il était ou consigné dans sa propre maison, ou enfermé dans une maison pénitentiaire soumise à une fréquente inspection, pour que rien ne manquât à sa bonne tenue. Les détenus pouvaient se livrer aux travaux de leur état.

Examinons maintenant la procédure du Saint-Office, et voyons si l’inquisition a été réellement « un tribunal arbitraire n’offrant aucune garantie à l’innocence », comme ne cessent de le répéter les protestants, les philosophes et les libres penseurs de tous les temps. – Parlons d’abord de la torture.

Sans prétendre en faire ici l’apologie, nous voulons décharger l’Inquisition de cette odieuse responsabilité. Un mot suffira pour cela. Les inquisiteurs ordonnaient la torture en vertu des lois espagnoles, et parce qu’elle était ordonnée par tous les tribunaux espagnols. Les lois grecques et romaines l’avaient adoptée ; Athènes, « qui s’entendait un peu en liberté[37], » y soumettait même l’homme libre. Toutes les nations modernes avaient employé ce moyen terrible de découvrir la vérité. Dès que la torture n’appartient pas plus au tribunal de l’Inquisition qu’à tous les autres, personne n’a le droit de la lui reprocher. Au reste, le Saint-Office a suivi dans l’adoucissement et l’abolition de la torture les progrès de la jurisprudence civile ; le saint-office (rien n’est plus incontestable) a appliqué la torture et traité ses prisonniers avec plus d’humanité que tout autre tribunal du temps. De plus, les faits attestent que la torture était tombée en désuétude bien longtemps avant d’être rayée du code, et sur ce point encore, le saint-office fut loin d’être en retard sur les tribunaux séculiers. « Il est certain, dit Llorente, que depuis longtemps l’Inquisition n’emploie plus la torture, de sorte qu’aujourd’hui on peut la considérer comme abolie. » Alors qu’elle subsistait encore de droit, le fiscal, il est vrai, en requérait l’application, mais c’était une pure formalité, et, selon Llorente, « le fiscal eut regretté que l’on eût fait droit à sa demande ». Enfin, qu’on nous permette d’inscrire un précieux témoignage, celui de M. de Maistre[38]. « Ayant eu occasion, dit-il, au mois de janvier 1808, d’entretenir sur le sujet de l’Inquisition deux Espagnols d’un rang distingué, et placés tout exprès pour être parfaitement instruits, lorsque je vins à parler de la torture, ils se regardèrent l’un et l’autre avec l’air de la surprise, et s’accordèrent pour m’assurer expressément que jamais ils n’avaient entendu parler de torture dans les procédures faites par l’Inquisition. »

L’on se rappelle ce que nous avons dit sur le caractère de dureté dont la législation du moyen âge, en Espagne, était empreinte. L’Inquisition, elle aussi, a reflété ce caractère ; mais bien loin de surpasser la sévérité des autres cours de justice, elle l’a modérée et adoucie. Parlerons-nous de ses prisons, transformées par la calomnie, en cachots sombres et infects ? Mais Llorente lui-même nous dit expressément que le Saint-Office enfermait ses prisonniers dans des chambres bien voûtées, claires et sèches, où l’on pouvait se donner quelque mouvement. Quant à des chaînes, des menottes, des colliers de fer, etc., il ne peut pas plus en être question ; nous en avons encore Llorente pour garant. Il ne cite qu’un seul cas où l’on ait garrotté un prisonnier, et c’était pour l’empêcher de se suicider. Enfin, l’on veillait sans cesse à ce que les détenus ne manquassent de rien ; pour s’en assurer, on leur demandait à eux-mêmes si le geôlier les traitait convenablement. Les malades recevaient des soins tout particuliers.

Pour ce qui concerne la torture, remarquons d’abord, à l’honneur du Saint-Office, que, contrairement à la coutume des tribunaux civils, il ne souffrait pas qu’on y soumît le prévenu plus d’une fois dans le même procès ; encore fallait-il qu’un médecin fût présent pour constater l’instant où la question mettrait en péril la vie du patient. Le grand conseil renouvelait de temps en temps cet avertissement aux inquisiteurs provinciaux. De plus, dans un premier règlement du grand conseil, il fut décrété que les tribunaux provinciaux n’auraient plus le pouvoir d’ordonner la torture sans un jugement du conseil supérieur ; une autre disposition met la question à la discrétion de l’évêque diocésain jugeant de concert avec les consulteurs et l’inquisiteur ; mais seulement après que l’accusé aura épuisé tous les moyens possibles de défense ; dans ce cas, il est enjoint à l’évêque et aux autres d’assister à l’application de la question, afin d’empêcher toute espèce de mauvais traitements.

Enfin, – et c’est à l’honneur du Saint-Office, – bien souvent, dès l’origine même de sa création, ce tribunal ne fit que menacer de la torture, et déjà, en 1537, le grand conseil défendait d’y soumettre les Morisques.

La justice du Saint-Office était-elle « une justice de surprise et d’odieux guet-apens ? » pour nous servir des termes au service du mensonge et de la calomnie. Qu’on en juge !

En premier lieu, chaque tribunal d’inquisition débutait par la proclamation d’un délai de grâce ; dès lors, avait-on apostasié ? il suffisait de se déclarer dans les limites fixées pour être pardonné. Il n’y avait alors d’autres peines à subir que les pénitences canoniques qui devaient être publiques quand l’apostasie avait été elle-même publique. Cette mesure était fondée sur l’ancienne discipline de l’Église et paraît très naturelle. Ajoutons que les statuts de l’Inquisition réclamaient toute l’indulgence possible en faveur de cette catégorie de pénitents. – Le délai de grâce passé, la sévérité des lois prenait son cours : pourtant il arrivait très souvent qu’on renouvelait ou qu’on prolongeait le temps de grâce : Llorente nous en fournit un exemple remarquable. Lors de son transfert à Tolède, le tribunal de Villaréal accorda un délai de grâce de quarante jours. « Alors, dit Llorente, l’on vit accourir une multitude énorme de nouveaux chrétiens s’accusant eux-mêmes d’être retombés dans le judaïsme. Ce délai révolu, les inquisiteurs accordèrent un second terme de soixante jours, et enfin un troisième de trente. »

Voilà cette institution si avide de supplices et de tortures, voilà l’insatiable fureur avec laquelle elle s’acharnait à trouver des victimes! Et cependant, ces maraños relaps étaient considérés à cette époque comme des criminels d’État.

Second grief. L’Inquisition espagnole, dit-on, n’avait aucun égard pour l’âge des accusés.

Lisez seulement ce décret du farouche Torquemada : « Lorsque des fils ou filles d’hérétiques, induits à professer l’erreur par les leçons de leurs parents, et n’ayant pas encore atteint leur vingtième année, se présenteront d’eux-mêmes pour être reçus en grâce, dussent-ils venir même après le délai fixé, les inquisiteurs les accueilleront avec bonté, leur imposeront des pratiques de pénitence plus légères, et veilleront à ce qu’ils soient instruits dans la foi et les sacrements de la sainte mère l’Église. »

L’Inquisition a-t-elle, comme on l’en accuse, été assez fanatique pour baser une procédure sur les expressions, sur les propos les plus innocents ?

Laissons parler Deza, qui surpassa, dit-on, même les rigueurs de Torquemada. Le 17 juin 1500, il décrète que : « Personne ne pourra être arrêté pour un sujet de peu d’importance, pas même pour des blasphèmes, s’ils ont été proférés dans un accès de colère. » Qu’on se rappelle saint Louis, faisant percer la langue aux blasphémateurs avec un fer rouge, et (sans sortir d’Espagne) que la Caroline ou code de Charles-Quint décerne les peines les plus fortes contre le blasphème, sans aucune réserve ; et puis, qu’on ose encore parler de la cruauté de l’Inquisition !

Avant d’actionner quelqu’un, l’Inquisition faisait constater par des médecins si l’accusé n’avait point pour lui l’excuse d’un affaiblissement mental. Loin d’écouter au hasard tout dénonciateur, dans un grand nombre de cas, nous voyons les inquisiteurs, dit Llorente, longtemps disposés à attribuer les griefs à un dérangement d’esprit, et ne cédant que quand les charges s’accumulaient.

Pour se convaincre des mille restrictions et précautions dont le Saint-Office s’entourait avant de lancer des mandats d’arrêter, il suffit de parcourir quelques pièces officielles émanant de ce tribunal. Voici le premier article des statuts de Torquemada (1498) : « Près de chaque tribunal se trouveront deux inquisiteurs, un juriste et un théologien, auxquels il est défendu d’ordonner une arrestation autrement qu’à l’unanimité. » Article 3 : « On ne peut arrêter que lorsque le crime est établi par un nombre suffisant de preuves. » Cette enquête ne jetant pas un jour complet sur le caractère hérétique des charges imputées, le tribunal réclamait les avis d’un comité de savants théologiens, professeurs, etc., appelés qualificateurs et entièrement étrangers à l’inquisition. Ceux-ci transmettaient leur sentiment dans un rapport suivi de leurs signatures. Si leur décision était négative, l’inculpé était mis hors de cause ; quand elle était affirmative, l’arrestation n’avait lieu qu’autant qu’il n’existait pas de jugement contradictoire émanant de qualificateurs consultés avant eux. Lorsque les inquisiteurs étaient partagés dans leurs avis, ou que la personne compromise était d’une certaine importance, le conseil supérieur d’inquisition pouvait seul décréter l’arrestation. Philippe II agrandit encore le cercle des conditions, et Charles IV défendit en général que l’Inquisition pût arrêter personne sans en avoir d’abord référé au roi.

« Lorsqu’après tout cela, dit M. Hefele, l’on vient nous faire des récits d’arrestations mystérieuses, de gens disparus subitement sans laisser aucune trace de leur sort, il ne faut voir là que de pures fables, d’autant plus invraisemblables que l’on établissait pour chaque prisonnier un curateur de ses biens, et que l’arrestation était elle-même assujettie à toutes sortes de formalités. »

On a prétendu que l’Inquisition favorisait et encourageait par l’impunité les dénonciations calomnieuses ; mais on n’a pas cité un seul fait sérieux à l’appui de cette assertion. Or, ouvrons les registres du Saint-Office, et nous verrons que l’article 8 des statuts de 1498 exige que l’on inflige un châtiment public au témoin convaincu de calomnie. Dans un auto-da-fé tenu à Séville en 1559, un faux dénonciateur fut condamné à quatre cents coups de fouet et à quatre ans de galère. Le pape Léon X alla jusqu’à prescrire que tout faux témoin fût puni de mort.

Examinons à présent les circonstances de l’interrogatoire des accusés ; car, là aussi on a voulu trouver arbitraire et manque absolu de garanties.

En premier lieu, le prévenu était interrogé par le greffier du tribunal, en présence de l’un des deux inquisiteurs et de deux prêtres tout à fait étrangers à l’inquisition : ces derniers avaient qualité d’assesseurs et devaient protéger les accusés contre toutes violences.

Une ordonnance du huitième grand inquisiteur Valdès prescrit de traiter les accusés avec bienveillance et de les laisser constamment assis ; ce n’est que pendant la lecture de l’acte d’accusation qu’ils devaient se tenir debout.

Valdès veut, de plus, « que l’on se défie de l’accusateur autant que de l’accusé », et recommande « qu’on se garde avec soin de toute anticipation de jugement, ce défaut conduisant facilement à l’erreur ».

Enfin, dans l’article 23, il décrète que les inquisiteurs laisseront à l’inculpé le choix d’un avoué parmi les avocats du Saint-Office, tenus au silence par serment, et qu’ils feront jurer à ce dernier de défendre loyalement et sincèrement son client. Quand l’accusé était pauvre, le fisc payait son avocat.

L’accusateur, à son tour, était obligé de déclarer sous la foi du serment qu’il n’était point sous l’empire de quelque haine particulière : on lui rappelait que les calomniateurs, après avoir subi les châtiments temporels les plus sévères, étaient voués aux flammes éternelles.

Mais c’est assez de ces détails, si ce n’est déjà trop ; trop en effet pour les hommes de bonne foi, auxquels seuls nous nous adressons. Quant aux amis du mensonge, si de telles preuves[39] ne leur ouvrent pas les yeux, quand donc voudront-ils voir clair ?

Nous ne savons en vérité ce qu’on pourrait répondre de raisonnable à ces observations ; mais ce qui est véritablement extraordinaire et peu connu, se nous semble, c’est l’apologie complète de l’Inquisition faite par Voltaire, et que M. de Maistre a si bien définie en la regardant « comme un monument remarquable du bon sens qui aperçoit les faits, et de la passion qui s’aveugle sur les causes[40] ».

« Il n’y eut (dit Voltaire), en Espagne, pendant le XVIe et le XVIIe siècle, aucune de ces révolutions sanglantes, de ces conspirations, de ces châtiments cruels, qu’on voyait dans les autres cours de l’Europe. Ni le duc de Lerme, ni le comte Olivarès ne répandirent le sang de leurs ennemis sur les échafauds. Les rois n’y furent point assassinés comme en France, et n’y périrent point par la main du bourreau comme en Angleterre. Enfin, sans les horreurs de l’inquisition, on n’aurait eu alors rien à reprocher à l’Espagne[41]. »

« Je ne sais si l’on peut être plus aveugle, ajoute M. de Maistre. Sans les horreurs de l’inquisition, on n’aurait rien à reprocher à cette nation qui n’a échappé que par l’Inquisition aux horreurs qui ont déshonoré toutes les autres ! »

Ailleurs, faisant parler un Espagnol catholique, et lui laissant le soin de réhabiliter l’Inquisition, il place ces remarquables paroles dans sa bouche : « Vous êtes myope ; vous ne voyez qu’un point. Nos législateurs regardaient d’en haut et voyaient l’ensemble. Au commencement du XVIe siècle, ils virent, pour ainsi dire, fumer l’Europe ; pour se soustraire à l’incendie général, ils employèrent l’Inquisition, qui est le moyen politique dont ils se servirent pour maintenir l’unité religieuse et prévenir les guerres de religion. Vous n’avez rien imaginé de pareil ; examinons les suites, je récuse tout autre juge que l’expérience.

« Voyez la guerre de Trente ans allumée par les arguments de Luther ; les excès inouïs des Anabaptistes et des paysans ; les guerres civiles de France, d’Angleterre et de Flandre ; le massacre de la Saint-Barthélemy, le massacre de Mérindol, le massacre des Cévennes ; l’assassinat de Marie Stuart, de Henri III, de Henri IV, de Charles Ier, du prince d’Orange, etc., etc. Un vaisseau flotterait sur le sang que vos novateurs ont fait répandre ; l’Inquisition n’aurait versé que le leur. C’est bien à vous, ignorants présomptueux, qui n’avez rien prévu et qui avez baigné l’Europe dans le sang, c’est bien à vous qu’il appartient de blâmer nos rois qui ont tout prévu. Ne venez donc point nous dire que l’Inquisition a produit tel ou tel abus dans tel ou tel moment ; car ce n’est point de quoi il s’agit, mais bien de savoir, si, pendant les trois derniers siècles, il y a eu, en vertu de l’Inquisition, plus de paix et de bonheur en Espagne que dans les autres contrées de l’Europe ? Sacrifier les générations actuelles au bonheur problématique des générations futures, ce peut être le calcul d’un philosophe, mais les législateurs en font d’autres. »

Durus est hic sermo, pourra répéter quelque libre penseur incorrigible (ils le sont tous !), mais les faits sont là, et il n’y a pas de logique qui tienne contre un tel argument.

On a reproché à l’Inquisition sa ténébreuse influence sur l’esprit humain. Est-il possible, dit-on, qu’une nation devienne illustre quand les esprits y sont réduits à un aussi grossier esclavage ? Les écrivains disparurent au moment où parut l’Inquisition.

Mensonge absurde ! Qui ne sait que le beau siècle de la littérature espagnole fut celui de Philippe II, et que tous les écrivains qui ont illustré l’Espagne n’ont fait imprimer leurs livres qu’avec la permission du Saint-Office ? Les mathématiques, l’astronomie, la chimie, toutes les sciences naturelles, la philologie, l’histoire, les antiquités, etc., sont des champs assez vastes que l’esprit humain a toujours été le maître de parcourir dans tous les sens, sans que l’Inquisition s’en soit mêlé le moins du monde. « On aura beau répéter qu’on enchaine le génie, en lui défendant d’attaquer les dogmes nationaux : jamais on n’autorisera une erreur à force de la répéter[42]. »

Ainsi, l’Inquisition espagnole a servi la religion, le pouvoir souverain, elle a fait la gloire du pays où elle a pris naissance, elle a assuré la paix et la liberté d’un grand peuple, elle a protégé le génie, tout cela pour arriver à être le point des attaques les plus violentes comme les plus absurdes. La calomnie ne s’attaque qu’aux grandes choses : le silence pour une institution est le sceau de la médiocrité ou de l’inutilité. 

                 Charles BARTHÉLEMY, Erreurs et mensonges historiques, Paris, Charles Blériot, Éditeur, 1881

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3 commentaires sur “L’inquisition 4/4

  1. NOTES :

    37 Expression de M. de Maistre. (L. c. sup., p. 55.)
    38 De Maistre, l. c. sup., p. 57, note 1.
    39 Voyez pour plus de développements les excellents articles du Correspondant, sur l’origine de l’Inquisition en Espagne, 1851, p. 83 à 89, et même recueil, 1853, p. 445 à 465.
    40 Page 99.
    41 Essai sur l’Histoire générale, t. IV, chap. CLXXVII, p. 135 ; Œuvres complètes, in-8º, t. XIX.
    42 M. de Maistre, l. c., p. 72.

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