+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le Seigneur apaise la tempête

Ce jour-là, le soir venu, il leur dit : « Passons sur l’autre rive. » Et laissant la foule, ils l’emmènent, comme il était, dans la barque ; et il y avait d’autres barques avec lui. Survient alors une forte bourrasque, et les vagues se jetaient dans la barque, de sorte que déjà elle se remplissait. Et lui était à la poupe, dormant sur le coussin. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? »  S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Et le vent tomba et il se fit un grand calme. Puis il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur ainsi ? Comment n’avez-vous pas de foi ? » Alors ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Evangile selon saint Marc, IV, 35-41)

Ce passage de l’évangile est très connu. Il convient, pour mieux le comprendre, d’en faire une étude certes brève, mais qui permettra de mieux comprendre cet épisode de la tempête apaisée. Avant toute chose, nous rappelons que pour ceux qui ont une tendance très fondamentaliste de la lecture biblique, il n’y a rien d’autre ici qu’un miracle du Seigneur, or comme nous allons le voir, il y a derrière ce récit que nous livre l’évangéliste, une leçon à tirer, d’abord dans la vie des premières communautés chrétiennes, mais également une leçon de morale individuelle s’appliquant à chaque chrétien que nous sommes.

jesus calms tempestCe que nous lisons et ce que nous comprenons d’après une lecture au premier degré. Le Seigneur Jésus est dans une barque avec ses disciples. Alors, survint une violente tempête qui fait remplir la barque d’eau. Les personnages présents dans cette barque sont au bord de la noyade. Comprenant ce qui est en train de se passer, ils prennent gravement peur ; ils paniquent. Sans faire fi du fait que dans cette barque, se trouve celui qui est Seigneur. Mais que fait-il ? Il dort tranquillement sur son coussin. On pourrait entendre implicitement les disciples dirent : « Mais, il se fout de nous ! Il n’a vraiment rien à faire de nous ! il dort sans soucis sur son coussin », ce qui est exprimé par l’interrogation et l’incompréhensibilité suivante : « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? » Néanmoins, le Christ se réveille, et menace la tempête ; la tempête s’apaise. Ici, il y a clairement une personnification de la tempête qui ressort du texte, ce qui nous conduit à voir dans l’intervention du Seigneur, un certain exorcisme. Oui, on peut en effet y voir une tempête exorcisée.  Ce qui ressort également du texte c’est l’attitude de Jésus. Elle est plutôt intrigante, en tout dans la manière dont le récit nous est livré par l’évangéliste : on est en train de périr, mais notre Maître, lui, est en train de dormir paisiblement sur un coussin… Enfin, le dénouement est joyeux, car personne n’a été blessée, la tempête s’en est allée, et la puissance de Jésus est encore une fois mise en évidence, suscitant entre les disciples une grande crainte et surtout le questionnement suivant : Alors ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent ? »… Dans l’avenir, sur ce blog, nous analyserons chaque évangile, et nous verrons que la question : « Qui est cet homme ? » – parlant du Seigneur Jésus, est la question centrale de l’évangile, et de la théologie de l’évangile selon saint Marc ; une question autour de laquelle s’articule cet évangile…

A présent, si nous nous intéressons au second degré – qui est, selon nous plus important, en ce sens où il s’adresse à chacun d’entre nous, on voit émerger la situation dans laquelle vivaient les premiers chrétiens. Pour ce faire, rappelons rapidement que les premiers siècles pour ceux étaient nommés « Chrétiens » ne furent pas des plus faciles. Ils étaient persécutés par les Romains ; on a vu naître des martyrs… De fait, tout en parlant des prodiges du Christ, les évangélistes vont, implicitement parler du contexte de vie qui est probablement le leur ; certainement afin de renforcer la foi des fidèles. Dans cet ordre d’idées, le récit prend mieux son sens. La barque symbolise, de toute évidence, l’Eglise ; les eaux qui remplissent la barque peuvent être vues ici comme le monde et les persécutions que vivent les Chrétiens… Pour renforcer cette interprétation, c’est le verset 35 qui donne un certain indice (‘Ce jour-là, le soir venu, il leur dit : « Passons sur l’autre rive. »’). L’autre rive, c’est simplement l’annonce de l’évangile au monde entier ; aux païens… Cela fait écho à la conclusion de l’évangile selon saint Matthieu : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,  et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit ». (Evangile selon s. Matthieu, XVIII, 19-20). C’est cette évangélisation de toutes les nations qui ressort lorsqu’on lit l’épisode de la tempête apaisée. Toutefois, cette évangélisation ne se fait pas aisément. Elle se heurte à des contradictions, à des persécutions subies par ceux qui viennent l’annoncer. Et, ici, nous l’avons déjà souligné, la tempête, ou plutôt les eaux frappant la barque (qui symbolise l’Eglise) de toute part, et mettant les disciples dans un état de frayeur, symbolise ces persécutions humaines envers les Chrétiens… L’impression qu’on a ? C’est celle d’un Jésus absent ! C’est bien le sentiment qui ressort du questionnement des disciples, demandant à Jésus s’il ne se soucie pas du fait qu’ils sont en train de périr. Donc, lorsqu’on lit que « Et lui était à la poupe, dormant sur le coussin », c’est une impression d’absence. On pourrait se demander : mais que fait Jésus, alors que nous ployons sous le joug des persécutions ?… Mais, lisant la suite du récit, l’Evangéliste veut rassurer. Car, il dit : « S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Et le vent tomba et il se fit un grand calme ». La tempête apaisée apparaît donc ici comme, premièrement un signe prodigieux de Jésus, et deuxièmement, une assurance de sa présence nonobstant la fausse impression qu’on se fait dans des moments difficiles. Ce que l’évangéliste veut donc dire, c’est ceci : Jésus est là ; bien qu’on puisse penser qu’il est absent qu’il n’agit pas, ou qu’il va nous abandonner ; il est toujours présent et lorsqu’il agit, c’est toujours avec efficacité.

De même, si on transpose cela dans la vie quotidienne, eh bien, c’est facile de trouver un exemple. Dans la vie de tout chrétien, il y a des moments extrêmement difficiles que ce soit corporellement (des maladies par exemple) ou psychologiquement ; à tel point qu’on en vient souvent à reprocher Dieu du malheur qui nous accable, ou alors de l’accuser de ne point agir. Et ces expériences, tout vrai chrétien doit l’avoir vécu – normalement. Que ce soient les persécutions au sens premier du terme ou au sens second ; que ce soient des maladies psychologiques, une vilaine attitude dont on voudrait se débarrasser ; tous ces maux nous font souvent douter… Parfois du Christ, et même de l’existence même de Dieu. On se retrouve donc en proie au doute ; raison pour laquelle, dans la péricope que nous avons étudiée, le Christ Jésus demande : « Pourquoi avez-vous peur ainsi ? Comment n’avez-vous pas de foi ? » Le Seigneur sait bien que les disciples sont en proie au doute… ils pensaient que le Maître allait les abandonner, mais au dernier moment, il leur rappelle qu’il est bel et bien présent et qu’il a la puissance d’agir et d’éradiquer non seulement les maux qui nous accablent, mais également le doute dans lequel on est sans cesse livré… Cette péricope fait évidemment écho à une autre, dans laquelle on est de nouveau plongé dans cet univers ‘antinomique’ entre foi et doute : c’est l’épisode du Seigneur qui marche sur les eaux et qui demande à Pierre de le rejoindre ; nourri de peu de foi – et donc en proie au doute –, il s’enfonce dans la mer. Mais, Pierre n’est pas le seul à douter, l’évangile rapporte ceci : « A la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. Les disciples, le voyant marcher sur la mer, furent troublés : ‘C’est un fantôme’, disaient-ils, et pris de peur ils se mirent à crier.Mais aussitôt Jésus leur parla en disant : ‘Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte’ ». (Evangile selon s. Matthieu, XIV, 25-27)

Les disciples doutent beaucoup, mais le Seigneur est toujours là pour les rassurer ! C’est ce qui faut retenir de cette lecture de la tempête apaisée. Et donc, la Morale, ou plutôt ce qu’il comprendre c’est que le Seigneur est toujours là ! Il ne dort pas…, Ce qu’il nous demande, c’est d’avoir la foi, car celle-ci est un acte de confiance (comme nous l’avons déjà montré). Penser que le Seigneur est absent est une simple impression que nous avons en tant qu’êtres humains. D’ailleurs, n’est-ce sur cela que se clôt l’évangile selon saint Matthieu ?

« …Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt. XVIII, 20)

Vous n’avez donc pas à avoir peur, mais à avoir confiance ; à avoir la foi ! Car l’Agneau de Dieu est toujours là pour apaiser nos maux, il nous donne la Paix – à nos cœurs. C’est ce que nous chantons à l’église : Dona nobis Pacem…Que l’Esprit de Force (de courage, d’espérance et de perspicacité dans la Foi) soit avec nous !

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2 commentaires sur “Le Seigneur apaise la tempête

  1. Rott
    15 février 2014

    Bonjour,

    « Passez sur l’autre rive », est un texte qui est souvent lu et commenté lors d’obsèques. Il signifie pour l’assistance que le défunt « arrive » ou « est » auprès du Père, c’est-à-dire, que la course de sa vie personnelle a pris fin et que le défunt est arrivée sur l’autre rivage.

    Le silence de Dieu peut-être ‘assourdissant’, à l’exemple de la tempête. Comme pour la shoah.

    Puisque que c’est le 100ième anniversaire de naissance d’Etty Hellesum, je me permets de rapporter quelques paroles sur la « tempête » qu’elle a traversée, prise dans l’absence (extérieure) et la présence de Dieu en son être, en son cœur :

    «Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il est possible de sauver en cette époque et c’est la seule chose qui compte, un peu de toi en nous, mon Dieu… Il m’apparaît de plus en plus clairement, presque à chaque pulsation de mon cœur, que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre, jusqu’au bout, la demeure qui t’abrite en nous. » Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

    Paroles d’une extrême profondeur en la proximité de Dieu, en son l’accompagnement, en sa présence malgré la mort qui a gagnée…

    Rott

    • +++Yesus Kristus azu+++
      16 février 2014

      Oh Yes ! L’interprétation est également valable, et plus adéquate, même si elle mêle tragédie (mort), et Bonheur (contemplation de la Lumière éternelle).

      Effectivement, ‘l’autre rive’ peut être vue ainsi. Ce pourrait être le moment où, fermant les yeux à la vie d’ici bas, on les ouvre à la Lumière éternelle. Entre ces deux instants, il doit y avoir, peut-être, un moment où on ne voit pas de Lumière, et où on prend peur, où on doute ; jusqu’au moment où les Yeux voient cette Lumière divine, l’âme trouvant ainsi la Paix !

      Merci pour ce complément 🙂

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