+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Dieu est-il éternel ?

ARTICLE 2: Dieu est-il éternel?

Objections

thomas daquino1° Il semble que non, car rien qui soit fait ne peut être dit de Dieu. Or, l’éternité est quelque chose de fait, si l’on en croit ces paroles de Boèce: « L’instant qui court fait le temps; l’instant qui demeure fait l’éternité. » De son côté S. Augustin dit: « Dieu est l’auteur de l’éternité. »

2° Ce qui est avant l’éternité et ce qui est après elle n’est pas à la mesure de l’éternité. Or, selon le Livre des Causes, « Dieu est avant l’éternité »; et selon l’Exode (15, 18 Vg), il est aussi après l’éternité, puisqu’il est dit: « Le Seigneur régnera éternellement et au-delà. »

3° L’éternité est une certaine mesure, une mesure de durée. Mais il ne convient pas à Dieu d’être mesuré. Il ne lui convient donc pas d’être éternel.

4° Dans l’éternité il n’y a ni présent, ni passé, ni futur, puisqu’elle est « toute à la fois » comme on l’a dit. Mais l’Écriture emploie, pour parler de Dieu, des verbes au présent, au passé et au futur. Donc Dieu n’est pas éternel.

En sens contraire, on dit dans le Symbole de S. Athanase: « Éternel est le Père, éternel est le Fils, éternel est le Saint-Esprit. »

Réponse : Selon sa raison formelle, l’éternité est consécutive à l’immutabilité, comme le temps est consécutif au mouvement, ainsi que nous venons de le voir. Aussi, puisque Dieu est absolument immuable, il lui appartient absolument aussi d’être éternel. Et non seulement il est éternel, mais il est son éternité, alors que nulle autre chose n’est sa propre durée, n’étant pas son être. Dieu, au contraire, est son être parfaitement simple, et c’est pourquoi, de même qu’il est sa propre essence, il est aussi son éternité.

Solutions

1° Quand on dit que le présent immobile fait l’éternité, c’est selon notre façon de concevoir. De même que la perception du temps en concevant que le présent s’écoule, est causée en nous par la perception de l’écoulement de l’instant, ainsi l’idée de l’éternité est causée en nous lorsque nous concevons un instant immobile. Quant à ce que dit S. Augustin, que « Dieu est l’auteur de l’éternité », il faut l’entendre d’une éternité participée; car Dieu communique son éternité à certains êtres, comme il leur communique son immutabilité.

2° Cela résout la deuxième objection. Car s’il est dit que Dieu est avant l’éternité, cela s’entend de l’éternité telle qu’elle est communiquée aux substances immatérielles. Aussi est-il écrit au même livre que « l’intelligence est égalée à l’éternité » 1. Quant au texte de l’Exode: « Dieu régnera pour l’éternité et au-delà », il faut savoir que « éternité » est pris ici pour «un siècle », comme le porte une autre version. Ainsi donc Dieu règne au-delà de l’éternité, parce qu’il dure au-delà de tout siècle, c’est-à-dire au-delà de toute durée déterminée, car les siècles ne sont qu’une période, selon Aristote. Ou bien, on dit que Dieu règne au-delà de l’éternité parce que, même si quelque chose existait toujours (par exemple le mouvement du ciel pour certains philosophes), Dieu régnerait encore au-delà, en tant que son règne est tout entier simultané.

3° L’éternité n’est pas autre chose que Dieu lui-même. Quand on dit qu’il est éternel, on n’entend donc pas qu’il soit mesuré de quelque manière; mais la notion de mesure est introduite ici à cause de notre façon de concevoir.

4° On applique à Dieu des verbes de divers temps selon que son éternité inclut tous les temps, mais non parce qu’il changerait selon le présent, le passé et le futur.

ARTICLE 3: Est-il propre à Dieu d’être éternel?

1° Il semble que l’éternité ne soit pas réservée à Dieu seul, car on lit dans Daniel (12, 3 Vg): « Ceux qui enseignent la justice à la multitude resplendiront comme les étoiles dans des éternités perpétuelles. » Il n’y aurait pas plusieurs éternités si Dieu seul était éternel. 2° Il est dit dans S. Matthieu (25, 41): « Allez, maudits, au feu éternel. » Donc Dieu n’est pas le seul éternel. 3° Tout ce qui est nécessaire est éternel; or il y a beaucoup de choses nécessaires: par exemple les principes de la démonstration et toutes les propositions démonstratives.

En sens contraire, S. Augustin écrit: « Il n’y a que Dieu qui n’ait pas de commencement »; or ce qui a un commencement n’est pas éternel.

Réponse: Il faut dire que l’éternité, entendue en son sens propre et véritable, se trouve en Dieu seul. Car l’éternité est une conséquence de l’immutabilité, comme il est évident d’après ce qui précède. Or, Dieu seul est absolument immuable, ainsi qu’on l’a montré, Toutefois, dans la mesure où ils reçoivent de lui l’immutabilité, certains êtres participent à ce titre de son éternité.

Certains tiennent donc de Dieu l’immutabilité en ce qu’ils ne cessent jamais d’être, et c’est en ce sens qu’il est dit de la terre dans l’Ecclésiaste (1, 4 Vg): « Éternellement elle demeure. » Également certaines choses, dans l’Écriture, sont dites éternelles en raison de leur durée, bien qu’elles soient corruptibles: c’est ainsi que dans le Psaume (75, 5 Vg) il est question « de montagnes éternelles ». Et dans le Deutéronome (33,15 Vg), on parle même des « fruits des collines éternelles ». D’autres êtres participent plus largement à l’éternité de Dieu, étant exempts de toute mutabilité selon l’être et, en outre, selon l’opération, comme les anges et les bienheureux qui jouissent du Verbe. Car, à l’égard de cette vision du Verbe, il n’y a pas chez les saints de pensées successives, ainsi que l’explique S. Augustin. Aussi, ceux qui voient Dieu sont-ils dits, dans l’Évangile, posséder la vie éternelle, d’après ces paroles en S. Jean (17, 3): « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul Dieu véritable. »

Solutions

1° Quand on parle de plusieurs éternités, c’est par allusion à tous ceux qui participent de l’éternité par la contemplation de Dieu.

2° Le feu de l’enfer est dit éternel uniquement parce qu’il n’a pas de fin. Il y a cependant, chez les damnés, des changements consécutifs à leurs peines elles-mêmes, selon ces paroles de Job (24, 19 Vg): « Ils passeront de l’eau des neiges à une chaleur intolérable. » D’où l’on voit que dans l’enfer il n’y a pas de vraie éternité, mais plutôt une durée temporelle; et c’est ce qu’exprime le Psaume (81, 16 Vg) en ces termes: « Leur temps s’étendra dans les siècles. »

3° Le nécessaire n’est qu’un mode de la vérité; or, le vrai, selon le Philosophe, est « dans l’intelligence ». Donc, le vrai et le nécessaire, s’ils sont éternels, le sont comme existant dans une intelligence éternelle, qui est uniquement l’intelligence divine. Il ne s’ensuit donc pas qu’il y ait, en dehors de Dieu, quelque chose d’éternel.

s. Thomas d’Aquin, Somme théologique, Prima pars, Question 10, art. 2 & 3.

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