+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le Purgatoire, une invention catholique ?

En savoir plus sur la démonstration de la réalité du Puragtoire: ici

Il est courant, de la part des protestants, d’entendre que le Purgatoire est une doctrine fausse, inventée par l’Eglise catholique, voici la réponse que nous leur faisons :

 Voici pour commencer un rappel de la doctrine catholique sur le sujet :

 « Le Purgatoire est le lieu où les âmes des Justes, sorties de ce monde sans avoir suffisamment satisfait à la justice divine pour leurs fautes, achèvent de les expier avant d’être admises à jouir du bonheur éternel ; car il est de foi que rien de souillé ne saurait entrer dans le Ciel. Le dogme du Purgatoire est une des plus consolantes vérités de la Religion. Pour s’unir au second Adam [Jésus-Christ], notre esprit doit la croire comme toutes celles qu’il nous a révélées. Nous sommes naturellemtés à l’admettre. Il est si doux de penser que la mort ne brise point les liens qui nous unissent à nos frères, et que nous pouvons encore leur être utiles après qu’ils ont quitté la vie. » (Mgr GaumeCatéchisme de persévérance, 1889)

Nous invitons les lecteurs à lire notre synthèse complète sur le Purgatoire: cliquer ici.

 Les protestants proposent ensuite plusieurs dates de cette soi-disante invention : l’an 300, où la prière pour les morts aurait été inventée, l’an 593:  l’enseignement du pape saint Grégoire Ier, dit le Grand, l’an 1439 à l’occasion du Concile de Florence (ou, beaucoup plus rarement, le Concile de Trente). Il faut déjà noter l’incohérence de la chose: les propagandistes anticatholiques font souvent des chronologies où ils prétendent retracer l’histoire des inventions des dogmes de l’Eglise, et il est courant de rencontrer dans une même chronologie, les dates de 300, de 593 et de 1439, ce qui n’a aucun sens: comment y aurait-il trois dates différentes pour le même invention? Ça n’a pas de sens!

Pour démontrer que ces assertions sont fausses, nous nous contenterons d’une chronologie qui parle d’elle-même:

– dans l’Ancien Testament: « Plusieurs soldats, appartenant à l’armée de Judas Machabée, avaient, contre la défense de Dieu, enlevé dans les temples de Samnia des objets consacrés aux idoles, et les avaient cachés sous leurs habits au moment d’une bataille, où tous ces soldats perdirent la vie. Leur faute, qu’on regarda comme la cause de leur mort, fut découverte à l’instant où l’on allait les enterrer. Judas Machabée, croyant avoir lieu de penser, ou qu’ils n’avaient pas assez connu la loi pour comprendre la gravité de leur transgression, ou qu’ils s’en étaient repentis devant Dieu avant d’expirer, fit faire une quête et passer l’argent à Jérusalem, afin qu’on y offrît des sacrifices pour leurs péchés. Il considéra, dit l’Écriture, qu’une grande miséricorde est réservée à ceux qui meurent dans la piété. C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés.

Ainsi, on croyait chez les Juifs qu’il était pieux et salutaire d’offrir des sacrifices pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés. L’historien Josèphe nous indique assez que cette croyance se maintenait de son temps, lorsqu’il témoigne que les Juifs ne priaient point pour ceux qui s’étaient eux-mêmes privés de la vie. Or, ils ne priaient pas sans doute pour ceux qui étaient déjà dans le sein d’Abraham, où l’on n’avait nul besoin de prières, ni pour ceux qui seraient en Enfer, où les prières sont inutiles. Ils croyaient donc à un état mitoyen entre l’un et l’autre ; et cet état mitoyen nous l’appelons Purgatoire. » (Mgr GaumeCatéchisme de persévérance, 1889)

– dans le Nouveau Testament:  « Si l’usage d’offrir des sacrifices et de prier pour les morts, qui suppose la croyance du Purgatoire, n’était, comme le prétend Calvin, qu’une invention de Satan, comment se fait-il que Notre-Seigneur, le trouvant établi, n’en ait jamais désabusé les Juifs ? Comment n’a-t-il pas prémuni ses Disciples contre cette tradition illusoire, fausse et superstitieuse ? Bien plus, il savait que tous les Chrétiens la suivraient religieusement pendant des siècles ; qu’en renouvelant tous les jours le sacrifice de son corps et de son sang, ils en demanderaient ardemment l’application aux âmes souffrantes de leurs frères décédés ; il le savait et ne les prévient pas !

Que dis-je ? Il a lui-même recommandé cette pratique à ses Disciples et de sa parole infaillible confirmé leur foi au Purgatoire. Un jour il leur dit : « Si quelqu’un blasphème contre le Fils de l’homme, il pourra en obtenir le pardon ; mais s’il blasphème contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera remis ni dans le siècle présent, ni dans le siècle futur. » Il y a donc des péchés qui sont remis dans le siècle futur, autrement l’expression du Sauveur ne signifierait rien. Or, comme le péché ne peut être remis dans le siècle futur, quant à la coulpe et à la peine éternelle, il peut donc y être remis quant à la peine temporelle. Mais cette rémission n’a pas lieu dans le Ciel, où rien de souillé ne saurait pénétrer, ni dans l’Enfer, où il n’y a plus de Rédemption.

Il y a donc entre le Ciel et l’Enfer un lieu mitoyen où cette rémission s’accomplit. Ce lieu, nous l’appelons Purgatoire. » (Mgr GaumeCatéchisme de persévérance, 1889)

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Dans les deux premiers siècles, on trouve de manière courante l’expression « Puisse Dieu rafraîchir ton esprit » (entre autre dans les catacombes). Depuis les premiers temps du christianisme, la coutume est de prier pour les vivants afin qu’ils parviennent à sortir du purgatoire (ou refrigerium). Dans la théologie catholique, on peut aider les morts dans l’au-delà par la prière ; on appelait les prières pour les morts « suffrages ». Les Constitutions Apostoliques disent : « Assemblez-vous, dans les cimetières, faites-y la lecture des livres sacrés, chantez-y des psaumes en l’honneur des martyrs et de tous les Saints et pour vos frères qui sont morts dans le Seigneur, et offrez ensuite l’Eucharistie. » (Liv. VI, c.30). Elles nous disent part ailleurs: « Prions pour notre frère qui reposent dans le Christ [rappelons que les âmes du Purgatoire sont déjà sauvées et donc reposent en quelques sortent déjà dans le Christ], que Dieu, qui a reçu son âme, peut lui pardonner tous ses péchés, volontaires ou involontaires, et Il peut être miséricordieux et compatissant envers lui, et lui offrir son destin dans le pays des saints qui sont envoyés dans le sein d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avec tous ceux qui lui ont plu et qui ont faut Sa volonté depuis le début du monde, où toute tristesse, le chagrin et les lamentations sont bannis.» (Constitutions Apostoliques, 8:4,41). Les Constitutions Apostoliques sont un recueil de doctrine chrétienne, de liturgie et de discipline ecclésiastique, elles ont été rédigées au IVème siècle sous leur forme actuelle mais sont l’œuvre des douze apôtres, dont les instructions sont censées avoir été transmises par le pape saint Clément de Rome au début du IIème siècle. Elles ont été fréquemment lues et relues au long de l’histoire, et pour cela, leur valeur historique est non négligeable. Les six premiers livres sont inspirés de la Didascalie des Apôtres (lire le sommaire: ici; écrite vers 225). Le septième livre est tiré de La Didachè (écrite vers 70). Il existent de nombreux passages douteux dans ces Constitutions, mais pas ceux-ci, un article à ce sujet sera un jour rédigé

Les Actes de Paul et Thècle (160): « Après cette montre [des bêtes fauves], Tryphaine la reprend [Thècle]; car sa fille Falconille, morte, avait dit dans un songe: « Mère, tu prendras à ma place l’étrangère abandonnée, Thècle, afin qu’elle prie pour moi et que je passe dans le séjour des justes.» (chapitre XXVIII). Les Actes de Paul et Thècle sont un texte très certainement apocryphe dont l’auteur affirme être un témoin oculaire de l’influence de saint Paul sur sainte Thècle à Iconium. Toutefois, il ne faut retenir ici rien d’autre que l’intérêt historique du texte. En effet, son exemplaire le plus ancien date de l’an 160, cela prouve donc que les chrétiens de l’époque pratiquaient la prière pour les morts. Ces Actes font partie d’une œuvre plus large, elle aussi apocryphe, les Actes de Paul; vous pouvez consulter ces actes en cliquant ici; les 134 premiers pages sont des commentaires et remarques théologiques et historiques fort intéressants; les Actes de Paul et Thècle se trouvent des pages 146 à 238.

L’inscription d’Abercius, que les historiens catholiques en protestants s’accordent à dater du début des années 190 est l’épitaphe au dessus du tombeau de saint Abercius et fini pas ces mots: « Que le frère qui entend et comprend ces choses comme moi prie pour Abercius.» et comme celui qui lit ne peut le faire qu’après la mort de celui dont il est question, il ne peut s’agir que de la prière pour les morts. C’est saint Abercius, évêque d’Hierapolis en Phrygie (région d’Asie Mineure) lui-même qui fut rédiger cette inscription de son vivant. Il est qualifié d’« Égal aux Apôtres » et son épitaphe de « Reine des inscriptions chrétiennes » confirme également la doctrine catholique sur la primauté romaine, l’Eucharistie, dans une certaine mesure sur la Vierge Marie, mais aussi sur la Communion des Saints, voir cet article à l’endroit où il est question de cette inscription.

Clément d’Alexandrie (vers 150-vers 220): «En conséquence, le croyant, par une grande discipline, se départissant des passions, passe à une demeure qui est meilleur que l’ancienne, à savoir, du plus grand tourment, emmenant avec lui la caractéristique de la repentance des péchés qu’il a commis après le baptême. Il est alors toujours plus torturé – n’atteignant pas tout à fait ou pas encore ce qu’il voit que d’autres ont acquis. De plus il a aussi honte de ses transgressions. Les supplices les plus grands, en effet, sont affectés au croyant. Car la justice de Dieu est bonne… , et sa bonté est juste. Et si les peines cessent au cours de la réalisation de l’expiation et de la purification de chacun, pourtant ceux-là ont un très grand et permanent chagrin qui se trouvent digne de l’autre pli, à cause de ne pas avoir été avec ceux qui ont été glorifiés par la justice». (Stromata VI, 14 [202])

En 203, le martyre des Saintes Perpétue et Félicité a lieu à Carthage. Perpétue écrivit de sa main le récit de son martyre et elle parle clairement de prières pour soulager les souffrances de son frère déjà mort: « Après peu de jours, pendant que nous étions en prière, je parlai malgré moi tout à coup, je nommai Dinocrate. Je fus stupéfaite de n’avoir pas encore pensé à lui et affligée en me rappelant son malheur. Et je reconnus que j’étais maintenant digne d’intercéder pour lui. Je commençai donc à faire pour lui beaucoup de prières et à pousser des gémissements vers le Seigneur [précisons qu’elle parle d’intercéder et de prier pour son frère mort, comme elle le dira juste après]. Pendant la nuit, j’eus une vision : je vis Dinocrate sortant d’un lieu ténébreux, où se tenaient beaucoup d’autres personnes ; son visage était triste, pâle, défiguré par la plaie qu’il avait lorsqu’il mourut. Dinocrate avait été mon frère selon la chair, mort à sept ans d’un cancer à la figure, dans des circonstances qui avaient fait horreur à tout le monde. Entre lui et moi je voyais un grand intervalle, que ni l’un ni l’autre ne pouvions franchir. Dans le lieu où se trouvait Dinocrate il y avait une piscine pleine d’eau, dont la margelle dépassait la taille d’un enfant. Dinocrate se haussait comme pour y boire, et je m’affligeais en voyant cette piscine pleine d’eau, et cette margelle trop haute pour qu’il y pût atteindre. Je m’éveillai, et je compris que mon frère souffrait. Mais j’espérais que ma prière adoucirait ma souffrance; aussi ne cessai-je de prier pour lui chaque jour jusqu’à ce que nous fûmes transférés dans la prison Castrensis ; en effet, nous devions combattre dans les jeux que l’on donnait en l’anniversaire du César Géta (fils de l’empereur Sevère). Pendant ce temps, jour et nuit, je priais, je pleurais, je gémissais pour Dinocrate. Un jour que nous avions les ceps, voilà ce que je vis : Le lieu que j’avais vu plein de ténèbres était plein de lumière, et Dinocrate bien vêtu, bien soigné, joyeux. La plaie du visage semblait cicatrisée et la margelle de la piscine s’était abaissée, elle lui arrivait à mi-corps ; l’enfant y puisait librement. Sur le rebord de la margelle était un vase rempli d’eau, Dinocrate buvait de cette eau, mais elle ne diminuait pas. Quand il fut désaltéré, il s’éloigna et se mit à jouer, en enfant qu’il était. Alors je m’éveillai et je compris que mon frère avait quitté le lieu de souffrance pour une demeure de joie. » (

Lire plus sur le martyre des Saintes Perpétue et Félicité, consulter ce lien.

Tertullien (vers 155-vers 230): « Cette allégorie du Seigneur [Matthieu V, 25] est extrêmement claire et simple dans sa signification, et doit d‘abord être comprise dans son sens simple et naturel… Alors, de nouveau, vous serez disposés à appliquer au diable le terme « l’adversaire », comme le conseille l’injonction (du Seigneur), par la manière dont vous êtes avec lui, comme faire avec lui un contrat qui puisse être considéré compatible avec les conditions de votre foi vraie. Maintenant le contrat que vous avez à respecter est de renoncer à lui, et à ses pompes, et à ses anges. Tel est votre accord en cette matière. Maintenant l’entente amicale que vous devrez effectuer doit résulter de votre observance du contrat : vous ne devez jamais penser à récupérer les choses que vous avez abjurées, et avez rétablies pour lui, de peur qu‘il vous appelle homme frauduleux et transgresseur de votre accord devant Dieu le juge (dans cette optique nous lisons de lui, dans un autre passage, qu’en tant qu‘ « accusateur des frères » ou des saints, la référence est faite à la pratique réelle de la poursuite juridique) ; Et de peur que ce Juge vous livre à l’ange qui doit exécuter la sentence et qu’il vous commette à la prison d’enfer, d’où il y n’y aura aucun renvoi jusqu’au plus petit même de vos défauts de paiement qui ne soit réglé dans la période précédant la résurrection. Peut-il y avoir un sens plus approprié que celui-ci ? Y a t-il une interprétation plus juste ? » (Traité de l’âme, 35 [210])

« Toutes les âmes, donc, sont enfermées dans l’Hadès : admettez–vous ceci ? C’est vrai, que vous disiez oui ou non ; d‘ailleurs, il y a là des punitions et des consolations déjà expérimentées ; et là vous avez un pauvre homme et un riche… d‘ailleurs, l‘âme n’exécute pas toutes ses opérations avec le concours de la chair ; car le jugement de Dieu poursuit même des simples pensées et les plus simples volontés. « Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l‘adultère avec elle dans son cœur ». Par conséquent, à cause de cela même, il est plus approprié que l’âme, sans rien attendre de la chair soit punie pour ce qu’elle a fait sans le concours de la chair. Ainsi, sur le même principe, en échange des pieuses et bienveillantes pensées dans lesquelles elle ne partageait pas le concours de la chair, elle reçoit la consolation sans la chair. En bref, puisque nous comprenons « la prison » indiquée dans l‘Évangile comme étant l’Hadès, et comme nous interprétons également « le dernier quart de sou » [Matthieu V, 26] voulant dire la plus petite offense qui doit être dédommagée là avant la résurrection, personne n’hésitera à croire que l’âme subit dans l’Hadès une certaine discipline compensatoire, sans préjudice pour l’ensemble du processus de la résurrection, quand la récompense sera administré en plus à travers la chair. » (Traité de l’âme, 58 [210])

« Aussi souvent que revient l’anniversaire, nous faisons des offrandes pour les morts comme des honneurs d’anniversaire. » (Le Chaplut, III [211])

« En effet, elle [ l’épouse ] prie pour le repos de son âme [ de son mari ] ; elle demande pour lui le rafraîchissement; elle conjure Dieu de la réunir à lui au jour de la résurrection, et chaque année elle célèbre l’anniversaire de sa mort par l’oblation du sacrifice. Si elle manque à ces pieux devoirs, elle a véritablement répudié son époux, » (Sur la monogamie, X [213])

Origène (vers 185-vers 254): « Car si sur la fondation du Christ vous avez construit non seulement d’or et d’argent et de pierres précieuses [I Corinthiens III] ; mais aussi de bois et de foin et de chaume, à quoi vous attendez-vous quand l’âme sera séparée du corps ? Pourriez-vous entrer dans le ciel avec votre bois, foin et chaume et souiller ainsi le royaume de Dieu ; ou à cause de ces entraves rester sans recevoir aucune récompense pour votre or et argent et les pierres précieuses ; rien de ceci n’est juste. Alors il reste que vous serez commis au feu qui brûlera les matières légères ; pour notre Dieu, ceux qui peuvent comprendre des choses célestes sont appelées à un feu purifiant, mais ce feu ne consomme pas la créature, mais ce que la créature a construit elle-même de bois et de foin et de chaume. Il est manifeste que le feu détruit le bois de nos péchés, puis nous revient la récompense de nos grandes œuvres». (Homélies sur Jérémie [244])

Note importante: il est courant de lire qu’Origène ne croyait pas à l’enfer et que pour lui, toutes âmes a tait purifiées dans une sorte de purgatoire, après quoi elles allaient toutes au Ciel. Il faut savoir que cette hérésie, ainsi que les autres hérésies dont on accuse Origène ne sont pas à proprement parler sa doctrine, son enseignement. Il s’agit de questions qu’il a simplement ouvertes. Un article sera peut être acétique un jour a ce sujet. Quoi qu’il en soit, il semblerait que ce ne soit pas son opinion lorsqu’il écrit ses lignes, puisqu’il dit qu’il serait injuste que « reste sans récompense » celui qui a gagné « or et argent et les pierres précieuses », ce qui veut dire que d’as le cas contraire, l’âme peut être damnée. Nous pouvons noter enfin que même s’il s’agit là d’une déformation de la vraie foi, cela prouve bien que ses contemporains et ses prédécesseurs enseignaient la purification après la mort.

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258), faisant allusion aux prières pour les morts, écrivit ces paroles remarquables : « Les Évêques, nos prédécesseurs, avaient déjà ordonné que nul de nos frères ne nommât, par testament, un ecclésiastique pour tuteur ou curateur, et que si quelqu’un le faisait, on ne priât point pour lui, et ou ne célébrât point le sacrifice pour le repos de son âme. » (Lettre IX). La décision des Évêques antérieurs à saint Cyprien suppose la pratique établie de prier pour les morts, et par là nous indique l’apostolicité de son origine.

Il écrivit encore: « Car même aux adultères on accorde un temps de repentir et on donne la paix. Pourtant la virginité n’est donc pas déficiente dans l’Église, ni le dessein glorieux de continence ne languit par les péchés d’autres. L’Église, couronnée avec tant de vierges, fleurit ; et la chasteté et la modestie préservent le ténor de leur gloire. La vigueur de continence n’est pas non plus démolie parce que le repentir et le pardon sont facilités à l’adultère. C’est une chose de signifier le pardon, une autre chose de parvenir à la gloire : c’est une chose, quand jeté dans la prison, de ne pas sortir de là jusqu’à ce que l’on ait payé le dernier quart de sou ; une autre chose de recevoir immédiatement les salaires de la foi et du courage. C’est une chose, torturé par la longue souffrance pour des péchés, d’être nettoyé et longtemps purgé par le feu ; une autre d’avoir purgé tous les péchés par la souffrance. C’est une chose, in fine, d’être en suspens jusqu’à la sentence de Dieu au jour du jugement ; une autre d’être alors couronné par le Seigneur». (À Antonianus, Lettre 51 (55), XX [253])

Lactance (vers 250-vers 325): « Le même feu divin, donc, avec la même force et puissance, brûlera les méchants et les formera de nouveau et les renouvèlera autant qu’il consommera leurs corps, et fournira lui-même une nourriture éternelle : comme les poètes ont transféré au vautour de Tityus. Ainsi, sans aucun gaspillage du corps, qui gagne leur substance, il les brûlera seulement et les affectera avec un sentiment de douleur. Mais quand il aura jugé le juste, il l’éprouvera aussi avec le feu. Alors ceux dont les péchés excéderont le poids ou le nombre, seront roussis par le feu et brûlés : mais ceux que la pleine justice et la maturité de la vertu ont imprégnées ne percevront pas ce feu ; car ils ont quelque chose de Dieu en eux qui repousse et rejette la violence de la flamme. » (Les Institutions divines, VII, 21 [307])

Saint Cyrille de Jérusalem (vers 315-387): « Ensuite, nous commémorons aussi ceux qui se sont endormis avant nous, d’abord les Patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, pour qu’à leurs prières et intercessions Dieu reçoive notre demande. Alors au nom également des saints Pères et des évêques qui se sont endormis avant nous, et en un mot de tous ceux qui dans le passé se sont endormis parmi nous, croyant que ce sera un très grand avantage pour les âmes, pour lesquelles la supplication est faite, tandis que le saint et le plus terrible sacrifice est présenté. Et je veux vous persuader par une illustration. Car je sais que beaucoup disent, que profite à une âme qui quitte ce monde avec des péchés, ou sans péchés, si elle est commémorée dans la prière ? Car si un roi devait en bannir certains qui l’ont offensé, alors que ceux qui leur appartiennent tissent une couronne et lui offrent au nom de ceux sous la peine, ne leur accorderait-il pas une remise de leurs peines ? De la même manière nous, quand nous lui offrons nos supplications pour ceux qui se sont endormis, bien qu’ils soient des pécheurs ne tissent aucune couronne, mais offrant le Christ sacrifié en propitiation pour nos péchés, notre Dieu est compatissant pour eux ainsi que pour nous-mêmes. » (Conférences catéchétiques, XXIII, 9, 10 [vers 350])

Saint Basile le Grand (vers 329-379): « Je pense que les nobles athlètes de Dieu, qui ont lutté toute leur vie avec les ennemis invisibles, après avoir échappé à l’ensemble de leurs persécutions et être arrivés à la fin de la vie, sont examinés par le prince de ce monde ; Et s’ils sont trouvés avoir n’importe quelles blessures de leur lutte, n’importe quelles taches ou effets du péché, ils sont retenus. Si, cependant, ils se retrouvent sans blessure et sans tache, ils sont, comme invaincus, amenés par le Christ dans leur repos. » (Homélies sur les Psaumes, VII, 2 [avant 370])

Saint Éphrem le Syrien (306-373): « Ne m’étendez pas des douces épices : car cet honneur ne me sert pas, ni même l’encens et parfums : car l’honneur ne me profite pas. Brûlez les épices douces dans le lieu saint ; et moi, conduisez-moi à la tombe avec la prière. Donnez l’encens à Dieu : et au-dessus de moi faites monter des hymnes. Au lieu de parfums d’épices, faites mémoire de moi dans la prière. » (son Testament)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403): «Utile aussi est la prière faite en leurs nom [des morts] … elle est utile, parce que dans ce monde, nous trébuchons souvent volontairement ou involontairement. » (Panarion, 75, 8 [375])

Saint Grégoire de Nysse (vers 336-394): « Quand il a quitté son corps et que la différence entre la vertu et le vice est connue, il ne peut pas approcher de Dieu jusqu’à ce que le feu de purgation ait nettoyé les taches dont son âme était infestée. Ce même feu dans d’autres effacera la corruption de la matière et la propension au mal. » (Sermon sur la mort [383])

Saint Ambroise (vers 340-397): « Donnez, Seigneur, le repos à Votre serviteur Theodosius, ce repos que Vous avez préparé pour Vos saints … je l’aime, je vais donc le suivre pour la terre des vivants, je ne vais pas le quitter jusqu’à ce que par mes prières et lamentations, il soit admis à la sainte montagne de Dieu, à laquelle ses mérites l’appellent. » (De obitu Theodosii [395])

Saint Jérôme (347-420): « D’autres maris dispersent sur les tombes de leurs épouses des violettes, roses, lys et des fleurs pourpres et apaisent la douleur de leurs cœurs par l’accomplissement de ce tendre devoir. Notre cher Pammachius arrose aussi les cendres sacrées et les os vénérés de Paulina, mais c’est avec le baume de l’aumône. » (À Pammachius, Épître 66, 5 [397])

Saint Jean Chrysostome (vers 344-407): « Ce ne fut pas sans raison que les Apôtres ordonnèrent que, dans la célébration des mystères redoutables, il fût fait mémoire des défunts, car ils savaient combien il en revient aux morts d’utilité et de profit. […] Sachons donc leur porter secours, et célébrons leur commémoration. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père, pouvez-vous douter que nos offrandes pour ceux qui ne sont plus, leur apportent quelque consolation ? [Job I, 5] … Empressons-nous de porter notre secours à ceux qui ne sont plus, et. d’offrir pour eux des prières : car le but commun de la terre entière c’est l’expiation. » (Homélie 41 au peuple d’Antioche sur I Corinthiens [392])

« Pleurez pour les incroyants ; Pleurer ceux qui ne diffèrent nullement de leur part, ceux qui partent sans l’illumination, donc sans le sceau ! Ils méritent en effet nos lamentations, ils méritent nos gémissements, ils sont à l’extérieur du Palais, avec les coupables, avec les condamnés, car : « En vérité je vous le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux ». Pleurez pour ceux qui sont morts dans la richesse et n’ont pas fait de leur richesse toute consolation pour leur âme, qui avaient le pouvoir de laver leurs péchés. Laissez-nous pleurer tous sur ceux-ci en privé et en public, mais avec la convenance, avec la gravité, non pas pour faire expositions de nous-mêmes ; Laissez-nous pleurer sur ceux-ci, pas un jour, ou deux, mais toute notre vie. Ces larmes ne naissent pas de la passion insensée, mais d’une véritable affection. L’autre sorte est de la passion insensée. A cause de cela, elle [véritable affection] est rapidement étouffée, alors que si elle nait de la crainte de Dieu, elle habite toujours avec nous. Laissez-nous pleurer sur ceux-ci ; laissez-nous les aider selon notre pouvoir ; pensons à une aide pour eux, si petite qu’elle soit nous les aidons encore. Comment et de quelle manière ? En priant et suppliant les autres à faire des prières pour eux, en donnant toujours aux pauvres en leur nom. » (Homélie sur Philippiens, III [avant 404])

– vers 387 : sainte Monique dit à son fils, le futur saint Augustin en parlant d’après sa mort : « Peu m’importe le lieu de ma sépulture mais souvenez-vous de moi à l’autel du Seigneur « 

 – au IV ème siècle: saint Macaire de Scété, dit l’Egyptien (né au début du IVème siècle, mort vers 391), ermite égyptien, exhorte ses compagnons à prier pour les défunts.

Saint Augustin (384-430): « Les pompes funèbres, l’éclat qui les environne, la recherche somptueuse dans la structure des mausolées, sans être de la moindre ressource pour les défunts, peuvent bien offrir quelque sorte de consolation aux vivants. Mais ce dont il ne faut pas douter, c’est que les prières de l’Eglise, le saint sacrifice, les aumônes, ne leur portent du soulagement, et ne leur obtiennent d’être traités plus miséricordieusement qu’ils ne l’avaient mérité. L’Église universelle, instruite par la tradition de ses Pères, observe qu’à l’endroit du sacrifice où l’on fait mention des morts, on prie et on offre pour tous ceux qui sont décédés dans la communion du corps de Jésus-Christ. » (Sermon 172, intitulé Nos devoirs envers les morts [411])

« Si la personne baptisée remplit les obligations exigées d’un chrétien, elle fait bien. Si elle ne le fait pas – pourvu qu’elle garde la foi, sans laquelle elle périrait pour toujours – peu importe quel péché ou impureté demeure, elle sera sauvée, pour ainsi dire, par le feu, comme celui qui a construit sur la base, qui est le Christ, non pas d’or, d’argent et de pierres précieuses, mais de bois, de foin, de paille, c’est-à–dire, pas seulement des œuvres chastes mais des œuvres mauvaises et non-chastes. » (La foi et les œuvres, I, 1 [413])

« Maintenant pour quelle motif cette personne prie qu‘elle ne puisse pas être « réprimée dans l‘indignation, ni être châtiée dans la fureur« ? Elle parle comme si elle disait à Dieu : « puisque les choses que je subis sont déjà nombreuses, je vous prie qu’elles suffisent » ; et elle commence à les énumérer, dans le but de satisfaire Dieu ; offrant ce qu’elle souffre maintenant, pour qu’elle n’ait pas à subir des maux pires après ceci. » (Exposition des Psaumes, XXXVIII (XXXVII), 3 [418])

« Y a-t-il dans l’autre monde une épreuve analogue ? Il n’y aurait là rien d’extraordinaire, et on peut se poser cette question. Par une loi plus ou moins mystérieuse, il peut y avoir des fidèles qui se purifient, dans les flammes, de leur attachement excessif aux choses d’ici-bas, et qui se sauvent en endurant un supplice dont la longueur est en rapport avec l’intensité de leurs désirs mondains… » (Traité de la Foi, de l’espérance, et de la charité, 69 [421])

« Il est incontestable que les âmes des morts sont soulagées par la piété des vivants, quand on fait offrir pour elles le sacrifice du Médiateur ou qu’on répand des aumônes dans l’Eglise. » (Traité de la Foi, de l’espérance, et de la charité, 110 [421])

« Et il n‘est pas impossible que quelque chose de la même sorte puisse avoir lieu même après cette vie. C‘est une question sur laquelle on peut s’informer, et être assuré ou laissé douteux, si certains croyants doivent passer à travers une sorte de feu du purgatoire, et dans la mesure où ils ont aimé avec plus ou moins de dévotion les biens qui périssent, sont plus ou moins rapidement délivrés de lui. Cela ne peut cependant pas être le cas pour aucun de ceux dont il est dit qu’ils « ne doivent pas hériter du royaume de Dieu », à moins qu‘après un repentir approprié leurs péchés leurs soient pardonnés. Quand je dis « approprié », je veux dire qu’ils ne doivent pas être stériles dans l’aumône, car l’Écriture Sainte met tellement l’accent sur cette vertu, que notre Seigneur nous dit d’avance qu’il n’attribuera aucun mérite à ceux de sa droite sauf s’ils y abondent, et aucun défaut à ceux de sa gauche sauf leur manque de celle-ci, quand il dira aux premiers, « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume », et aux derniers, « Éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel. » (Enchiridion, 69 [421])

« Pendant le temps, d’ailleurs, qui intervient entre la mort d’un homme et la résurrection finale, l’âme demeure dans une retraite cachée, où elle jouit de repos ou souffre de juste affliction en proportion du mérite qu’elle a gagné par la vie qu’elle a menée sur la terre. » (Enchiridion, 1099 [421])

« Pour notre part, nous reconnaissons que même dans cette vie quelques punitions sont purgatives, – pas, en effet, pour ceux dont la vie n’est pas meilleure mais plutôt la plus mauvaise pour eux, mais pour ceux qui sont contraints par eux pour modifier leur vie. Toutes les autres peines, soit temporelles ou éternelles, infligées comme elles sont sur chaque homme par la providence divine, sont envoyées à cause des péchés passés, ou de péchés actuellement permis dans la vie, ou exercées pour révéler les grâces d’un homme. Elles peuvent être infligées par l’instrument des mauvais hommes et anges, ainsi que par les bons. Car même si quelqu’un souffre un peu de mal par la méchanceté ou par une erreur d’un autre, l’homme pèche en effet dont l’ignorance ou l’injustice fait le mal ; mais Dieu, qui par son juste jugement caché permet que cela se fasse ne pèche pas. Mais des peines temporaires sont subies par certains dans cette vie seulement, par d’autres après la mort, par d’autres à la fois les deux de temps ; mais chacun d’entre eux avant ce dernier et plus strict jugement. mais de. ceux qui souffrent des peines temporaires après la mort, tous ne sont pas condamnés à ces peines éternelles qui vont suivre ce jugement ; Mais de ceux qui subissent des punitions provisoires après la mort, tous ne sont pas condamnés à ces douleurs éternelles qui doivent suivre ce jugement ; pour certains, comme nous l’avons déjà dit, ce qui n‘est pas remis en ce monde est remis dans le prochain, ce qui signifie qu’ils ne sont pas punis de la peine éternelle du monde à venir. » (La Cité de Dieu, XXI, 13 [426])

« Mais depuis qu’elle a cette certitude pour aucun homme, elle prie pour tous ses ennemis qui vivent encore dans ce monde, et pourtant elle n’a pas entendu en faveur de tous, mais elle est entendue dans le cas seulement de ceux qui, bien qu’ils s’opposent à l’Église, sont encore prédestinés à devenir ses fils par son intercession … Pour certains morts, en effet, la prière de l‘Église ou des personnes pieuses est entendue ; mais elle l’est pour ceux qui, après avoir été régénérés dans le Christ, n‘ont pas passé leur vie tellement par méchanceté qu‘elles peuvent être jugées indignes d‘une telle compassion, ni si bien qu’ils ne peuvent être considérés comme n’en ayant pas besoin. En outre, après la résurrection, il y aura une partie des morts à qui est accordé, après avoir enduré les douleurs propres aux esprits des morts, la miséricorde et l’acquittement de la punition du feu éternel. Pour certains dont les péchés, cependant n’avaient pas été remis dans cette vie, seront remis dans celle à venir, il ne pourrait pas être vraiment dit : « Ils ne seront pas pardonnés ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir ». Mais quand le juge des vivants et des morts a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde », et à ceux de l’autre côté, «Éloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges », et « ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle », il serait très présomptueux de dire que la punition de ceux pour lesquels Dieu a dit qu’ils iront au châtiment éternel, ne sera pas éternelle, et ainsi amener du désespoir ou du doute sur la promesse correspondante à la vie éternelle. » (La Cité de Dieu, XXI, 24 [426])

Saint Augustin écrivit également un ouvrage intitulé Des devoirs à rendre aux morts (pour le lire, cliquer ici) dans lequel la prière pour les morts revient sans cesse. Enfin, dans son ouvrage contre les hérésies, le même Père range Aérius parmi les hérétiques, ainsi qu’avait fait avant lui saint Epiphane de Salamine, pour avoir nié, contre la doctrine et la tradition de tous les temps, l’utilité de la prière pour les morts. L’un et l’autre nous témoignent ainsi qu’elle était regardée, dans l’Église, comme une des vérités révélées et connues par tradition apostolique; je cite saint Augustin: « Désolé de n’avoir pu devenir évêque, le prêtre Aérius se jeta dans le parti des Ariens, fonda la secte des Aériens en ajoutant quelques erreurs ‘à celles de l’arianisme. Ainsi, selon lui, on ne devait ni offrir le saint sacrifice pour les morts » (Des Hérésies, 53, 75)

Saint Césaire d’Arles (vers 470-542): « Si nous ne rendons grâce à Dieu dans les tribulations, ni ne rachetons nos péchés par de bonnes œuvres, nous devrons rester dans ce feu purgatoire aussi longtemps que nécessaire comme pour ceux mentionnés ci-dessus dont les péchés mineurs seront consommés comme du bois et de la paille et du foin. » (Sermon 179 (104), 2 [542])

– 449 : schisme de l’église copte «orthodoxe» qui pratique la prière pour les morts.

– 451 : schisme de l’église nestorienne qui pratique la prière pour les morts.

– 593 : Saint Grégoire Ier, dit le GrandDialogues (4, 40) : « Chacun est présenté en jugement tel qu’il est en quittant cette vie. Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur [Matthieu 12 :32].» Cette déclaration montre que certains péchés ne sont pas pardonnés ni en ce monde ni en l’autre mais que d’autres peuvent être expiés dans l’autre monde. Dans six anecdotes du IVe livre des Dialogues, il émet l’idée que les peines du péché sont subies sur les lieux du péché. Comme nous pouvons le voir, en 593, saint Grégoire dit en effet un mot sur la Purgatoire, mais il ne dit rien de plus que ce qui était déjà cru avant lui, et comme nous le verrons plus bas, c’est n’est même pas lui qui use pour la première fois du mot « Purgatoire ».

– début du VII ème siècle : Saint Isidore de Séville, évêque, Père et Docteur de l’Eglise, nous parle en ces termes : « Parce que l’oblation du sacrifice et la prière pour le repos des fidèles qui sont morts, se font dans l’Eglise par toute la terre, nous croyons que ce sont les Apôtres qui nous ont laissé cette coutume par tradition. Or, l’Eglise l’observe en tout lieu. Il est certain que, si elle ne croyait pas que les fidèles pussent obtenir le pardon de leurs péchés, elle ne ferait pas des aumônes pour le soulagement de leurs âmes, et n’offrirait pas à Dieu le sacrifice pour eux.» (Liv. des offices divins, c. 415).

– au VIIème ou au VIIIème: Saint Bède le Vénérable, Père et Docteur de l’Eglise parle du Purgatoire en le situant (à tort) sur une montagne: ça prouve qu’il y croyait.

 – 998 Saint Odilon, Père Abbé de Cluny institue le Commémoration des fidèles défunts, le « jour des morts » du 2 novembre.

– 1054 : schisme de l’église grecque, dite «orthodoxe» qui pratique la prière pour les morts bien qu’elle dévoie cette dernière.

– 1133: Hildebert de Lavardin, archevêque de Tours utilise pour la première fois le mot purgatorium. Il emploi ce mot mais n’invente pas le concept, il ne fait que donner un nom à quelque chose à quoi il croyait déjà.

– 1176: le mot «purgatoire» apparaît pour une des premières fois dans une lettre du bénédictin Nicolas de Saint-Alban au cistercien Pierre de Celle. Toutefois, il n’invente pas le Purgatoire: même remarque que pour Hildebert de Lavarin.

– entre vers 1170 et 1197: Pierre le Chantre est le premier maître à intégrer le Purgatoire dans l’enseignement théologique à l’école Notre-Dame de Paris.

– à la fin du XIIème et au début du XIIIème siècle: dans nombre de vies de saints (quelque soit l’époque) apparaissent traditionnellement des récits de demande et d’aide par la prière des âmes défuntes, demandant leurs suffrages afin de soulager leurs souffrances expiatoires et de parvenir aux joies du Ciel, ou des descriptions du Purgatoire. Je ne citerai ici que deux exemple cas fameux de saint Dominique et saint Nicolas de Tolentino. C’est ainsi par exemple, qu’à saint Dominique apparaît Alexandra après sa mort : « Saint Dominique prit tellement à cœur l’heureuse fin du miracle que Dieu avait opéré par lui, il fit lui-même et fit faire à d’autres tant de pénitences, de prières, d’aumônes et de jeûnes, qu’il obtint la délivrance entière d’Alexandra. Au bout de quinze jours, elle lui apparut toute éclatante de lumière, semblable à une étoile. Elle pria le saint de remercier pour elle ses confrères, qui lui avaient été autant de bienfaiteurs, et qui avaient par leurs suffrages hâté son salut. »

– au XIIIème siècle: Les Ordres Mendiants et Saint François d’Assise en tête jouèrent un grand rôle dans la transmission de la foi concernant le purgatoire, dans les homélies et sermons, les exempla, dans les testaments. La charité fraternelle des franciscains s’exerce au-delà de la mort:
Brooklyn Museum, Saint François sauvant les âmes du Purgatoire.

« Comme il plut à Dieu, il advint que peu de jours après sa conversion, ledit jeune homme mourut; ce dont les frères eurent beaucoup de peine. Et peu de jours après sa mort, son âme apparut à frère Conrad qui se tenait pieusement en oraison devant l’autel dudit couvent, et le salua dévotement comme son père. Et frère Conrad lui demande : « Qui es-tu? » Celui-ci répond : « Je suis l’âme de ce jeune frère qui mourut ces jours-ci ». Et frère Conrad dit : « Ô mon fils bien-aimé, qu’en est-il de toi? » Il répondit : « Mon Père bien-aimé, par la grâce de Dieu et par votre doctrine, ça va bien, car je ne suis pas damné; mais pour certains de mes péchés, que je n’ai pas eu le temps d’expier suffisamment, je supporte les très grandes peines du purgatoire. Mais je te prie, Père, que, de même que par ta piété tu m’as secouru de mon vivant, ainsi il te plaise de me secourir maintenant dans mes peines, en disant pour moi quelques « Notre Père »; parce que ta prière est très bien acceptée en présence de Dieu ».

Alors frère Conrad consentant à ses prières avec bienveillance et disant pour lui une fois le « Notre Père » avec le « Requiem aeternam », c’est-à-dire: « Donne-lui, Seigneur, le repos éternel », cette âme dit : « Ô mon père bien-aimé, quel bien et quel rafraîchissement je sens! Maintenant, je te prie de dire ces prières une autre fois ». Et frère Conrad les récita; et dès qu’il les eut récitées, l’âme dit : « Père saint, quand tu pries pour moi, je me sens tout soulagé; aussi je te prie de ne pas cesser de prier pour moi ». Alors frère Conrad voyant que cette âme était ainsi aidée par ses oraisons, dit pour elle cent fois le « Notre Père ». Et quand il les eut achevés, cette âme dit : « Je te remercie, mon père bien-aimé, de la part de Dieu, de la charité que tu as eue envers moi, car par ta prière, je suis libéré de toutes les peines et je m’en vais au royaume céleste ». Et ceci dit, cette âme s’en alla. Alors frère Conrad, pour donner aux frères allégresse et réconfort, leur raconta toute cette vision »

— Chapitre 44, Fioretti de Saint François d’Assise

Leur fête dans le calendrier catholique est le 2 novembre, appelé le « Jour des morts », ou jour des âmes, lendemain de la Toussaint.

«  Ledit frère Jean disant une fois la messe, le jour après la Toussaint, pour toutes les âmes des morts, selon que l’Église l’a ordonné, offrit avec une telle affection de charité et avec une telle piété de compassion ce très haut sacrement (que les âmes des morts, à cause de son efficacité, désirent par-dessus tous les autres biens que l’on peut faire pour eux), qu’il paraissait se consumer tout entier par douceur de piété et de charité fraternelle. Et pour cela, en cette Messe, levant dévotement le corps du Christ, l’offrant à Dieu le Père et le priant que, par l’amour de son Fils béni, Jésus-Christ, qui pour racheter les âmes était pendu à la croix, il lui plût de délivrer des peines du purgatoire les âmes des morts par lui créées et rachetées, il vit aussitôt un nombre presque infini d’âmes sortir du purgatoire, à la manière d’innombrables étincelles de feu qui sortiraient d’une fournaise ardente et il les vit monter au ciel par les mérites de la passion du Christ, qui est offert chaque jour pour les vivants et pour les morts dans cette hostie très sacrée, digne d’être adorée dans les siècles des siècles. À la louange de Dieu  »

— Chapitre 50, Fioretti de Saint François d’Assise

– au milieu du XIIIème siècle: Frère Réginald de Piperno (secrétaire de Saint Thomas d’Aquin), évoque le purgatoire (questions 70 et 71) et la prière pour les défunts (Suffrages) dans un Traité des Fins dernières écrit d’après des notes de conférences de son maître :« Le feu du purgatoire est éternel quant à sa substance; mais l’action purificatrice qu’il opère ne dure qu’un temps. [Les peines] du purgatoire ont pour but principal d’effacer les restes du péché : on leur donne donc le seul nom de feu, parce que le feu purifie et consume … Il y a deux peines en purgatoire : la peine du dam, l’ajournement de la vue de Dieu; la peine du sens, le tourment infligé par le feu. Le moindre degré de l’une comme de l’autre surpasse la peine la plus grande que l’on puisse endurer ici-bas… si l’on meurt en état de grâce, le péché véniel est remis, dans l’autre monde, par le feu du purgatoire. En effet, la souffrance qu’il cause, et qui est volontaire de la manière expliquée plus haut, reçoit de la grâce le pouvoir d’expier tout péché qui n’est pas incompatible avec la grâce… Les mêmes expressions scripturaires peuvent renfermer plusieurs sens. Le « feu » dont il s’agit ici peut désigner les souffrances de ce monde ou celles de l’autre monde, qui, les unes et les autres, purifient du péché véniel, tandis que la mort, comme simple phénomène naturel, y est impuissante, ainsi qu’on l’a dit » Il y a aussi une mention du purgatoire dans la Somme contre les gentils, livre IV, chapitre 91 de son maître, Saint ThomasSaint Thomas cite plusieurs forme d’aide aux morts : en plus de la prière, le jeûne et l’aumône « Saint Augustin dit que les défunts sont aidés par les suffrages, selon qu’ils l’ont mérité de leur vivant. La valeur des suffrages dépend donc de la condition du défunt, peu importe leur provenance … Une peine doit s’expier par une peine. Or, le jeûne est plus pénible que l’aumône ou la prière. Il est donc aussi un suffrage plus efficace. Ces trois suffrages énumérés par saint Augustin semblent insuffisants, puisque saint Grégoire y ajoute un autre : Les âmes des défunts sont délivrées par les oblations des prêtres, les prières des saints, les aumônes de leurs amis, le jeûne de leurs proches» […] « La dévotion qui pousse les fidèles à faire ensevelir les corps de leurs chers défunts dans un sanctuaire n’est point vaine, parce qu’elle procure à leurs âmes les suffrages du saint auquel ce sanctuaire est dédié ». On offre encore traditionnellement des messes pour le repos des défunts.

– 1254: une lettre du pape Innocent IV au légat Eudes de Châteauroux à Chypre, demande que la définition du Purgatoire comme lieu où l’on purge ses péchés véniels mais non mortels soit acceptée par les Grecs.

– 1274 : le pape Grégoire Xau IIème concile de Lyon  « Que si, vraiment pénitents, ils sont morts dans la charité, avant d’avoir satisfait, par de dignes fruits de pénitence, pour ce qu’ils ont commis ou omis, leurs âmes sont purifiés après la mort par des peines purgatoires et purifiantes…»

– entre 1281 et 1302 : sainte Gertrude de Helfta, bénédictine allemande, affirme avoir été dotée de révélations privées sur le Purgatoire. Pour la délivrance des âmes du Purgatoire, le Christ lui ensiegne même un chapelet.

– 1336:  la bulle Benedictus Deus du pape Benoît XII enseigne le Purgatoire.
– entre 1342 et 1352: Le pape Clément VI écrit : « Nous croyons que c’est au purgatoire que descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n’ont pas encore satisfait pour leur péché par une entière pénitence. De même, nous croyons qu’elles y sont tourmentées par un feu pour un temps et que, dès leur purification, avant même le jour du jugement, elles parviennent à la véritable et éternelle béatitude qui consiste à voir Dieu face à face et à l’aimer. »
– le 29 septembre 1351: une lettre du pape Clément VI à Mekhitar d’Arménie dit: « Nous demandons si tu as cru et si tu crois qu’il existe un purgatoire vers lequel descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n’ont pas encore satisfait pour leurs péchés par une entière pénitence. »

– 1439 : le Concile de Florence enseigne définitivement l’existence du Purgatoire : définition dogmatique: « Dès le temps des Apôtres, l’Église catholique enseignait que les âmes parties de ce monde, pures et franches de tout péché – c’est-à-dire les âmes des saints – entrent immédiatement dans la félicité. Les âmes de ceux qui après leur baptême ont péché, mais qui se sont ensuite sincèrement repentis et ont avoué leurs péchés, quoiqu’incapables d’exécuter l’epitimia prescrite par le confesseur, ou d’apporter des fruits de repentir suffisants pour expier leurs péchés, ces âmes sont épurées par le feu du purgatoire, tantôt rapidement, tantôt plus lentement, selon leurs péchés; et ensuite, après leur purification, elles partent pour les lieux de bonheur éternel. Les prières du prêtre, les offices liturgiques et les actes de charité concourent dans une grande mesure à leur purification. Les âmes de ceux qui sont morts dans le péché mortel, ou dans le péché originel, vont directement à la damnation. ». Le Concile de Florence ne fait donc que définir dogmatiquement une vérité que l’Eglise a toujours cru ; de plus, nous pouvons voir que ce n’est pas lui qui a créé le mot « Purgatoire » (il existait déjà avant).

– entre 1533 et 1582 : Sainte Thérèse d’Avila, docteur de l’Eglise, affirme avoir vu le Christ lui demander de prier pour un moine mort en odeur de sainteté et dont l’âme est pourtant au Purgatoire. Le vitrail représente cette dernière en voie de purification grâce à l’intercession de la sainte.

– le 6 juillet 1519 : Luther dit: « Pour moi qui crois fortement, j’oserais même dire plus, moi qui sais que le Purgatoire existe, je suis facile à me persuader que l’Écriture en fait mention. Tout ce que je sais du Purgatoire, c’est que les âmes y souffrent et peuvent être soulagées par nos oeuvres et par nos prières. » (Dispute de Liepsick)

– entre 1536 et 1559: Calvin dit: « Il y a plus de treize cents ans, qu’il est passé en usage de prier pour les morts. » (Institution de la religion chrétienne, liv. III, c. 5, parag. 70).

– 1563 : le Concile de Trente affirme l’existence du Purgatoire en tant que « Sainte doctrine » : lieu de purification temporaire, et enjoint aux évêques de prêcher largement cette doctrine: « L’Église catholique, assemblée au concile de Trente, nous enseigne à ce sujet quatre vérités. La première, qu’après la rémission de la coulpe du péché et de la peine éternelle, obtenue de Dieu dans le sacrement de Pénitence, il reste encore, ordinairement parlant, une peine temporelle à subir. La seconde, que, quand on n’y a pas satisfait en ce monde, on peut et on doit la subir après la mort dans le Purgatoire. La troisième, que les prières et les bonnes oeuvres des vivants peuvent être utiles aux morts, soulager et abréger leurs peines. La quatrième, que le sacrifice de la Messe est propitiatoire, qu’il a, par conséquent, la vertu d’effacer les péchés et de satisfaire à la justice divine pour les vivants et pour les morts. » (Mgr Gaume, Catéchisme de persévérance, 1889)

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Modifié le 17 décembre 2013, 08h37.

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