+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Croire sans voir 2/2

Mais cela n’est pas tout. Celui qui s’efforce d’accomplir la volonté de Dieu est sûr de découvrir bientôt son incapacité à le faire parfaitement. Il se sentira plein d’imperfections et de péchés ; et mieux il réussit à dompter son cœur, plus il y découvre de malignité originelle et de culpabilité. C’est une raison de plus pour un homme d’esprit religieux de sortir de lui-même et de chercher ailleurs. Il connaît sa nature mauvaise et craint en conséquence la colère de Dieu ; quand il regarde autour de lui, il voit le reflet de ce mal intérieur répandu sur la face du monde. Il a peur, et cherche quelque moyen de se concilier son Créateur, un signe, s’il en existe, que Dieu se laisse fléchir. Il ne peut demeurer chez lui ni se reposer en lui-même, et se met à errer anxieusement alentour ; il a besoin de quelqu’un qui apaise son âme. Qu’un homme vienne à lui et lui déclare qu’il est un messager du ciel, le voilà aussitôt à l’écoute. Cette déclaration peut être vraie ou fausse, son vœu le plus cher est qu’elle soit vraie. Au contraire, ceux qui sont dépourvus de sens du péché entendent sans tressaillir la nouvelle que Dieu a parlé à l’homme. Ils attendent patiemment que l’ensemble des témoignages leur soit présenté, puis le reçoivent ou le refusent selon ce que leur dicte la raison.

Allons plus loin, et supposons deux personnes, fermes dans leurs convictions, ne se laissant pas facilement émouvoir, et également douées d’un jugement sain et prudent. Nous allons voir maintenant une raison supplémentaire pour que l’esprit religieux exerce plus sa foi et moins sa raison que l’esprit irréligieux, s’il est vrai que la mise en pratique d’une parole reçue donne la mesure de la foi qui lui est accordée, ainsi qu’en jugerait le simple bon sens. Car en toute chose aussi importante et vitale que la santé de l’âme, un homme sage n’attendra pas pour agir d’avoir les témoignages complets dans tous leurs détails ; il montrera sa prudence,

cardinalnewmannon en ne se laissant pas influencer par l’attestation d’un message divin, mais au contraire en lui obéissant, en dépit du fait qu’il pourrait être plus clairement attesté. S’il est assez improbable que le refus de recevoir l’Évangile entraîne la perdition éternelle d’un homme, il est néanmoins plus sûr et plus sage d’agir comme si cela était certain. D’autre part, quand on ne fait pas du christianisme une affaire personnelle, mais simplement un sujet de recherche philosophique ou historique, on se sentira libre – à juste titre, selon ses propres valeurs – de critiquer les témoignages. Lorsque nous enquêtons sur un point d’histoire, ou que nous examinons une opinion scientifique, nous exigeons effectivement un témoignage décisif, et trouvons naturel d’attendre, indécis, jusqu’à ce que nous l’ayons obtenu ; en un mot, nous sommes sceptiques. Si la religion n’est pas faite pour être mise en pratique, nous avons raison, du point de vue philosophique, d’être des sceptiques. Certes un témoignage plus probant et plus complet pourrait nous être donné ; et après tout, un grand nombre de questions concernant les lois de la nature, la constitution de l’esprit humain, et d’autres, doivent être résolues pour que nous soyons pleinement satisfaits. Et ceux dont le cœur n’a pas été « touché », comme dit l’Écriture (2 R 22, 19) – c’est-à-dire qui ne perçoivent pas vivement la voix divine en eux-mêmes, ni la nécessité de l’existence de Celui dont procède cette voix -, ceux-là ne sentent pas que le christianisme doit être vécu en pratique et passent donc à côté. Ils ont l’habitude de dire que la mort bientôt résoudra pour eux le grand problème sans qu’ils aient à s’en soucier. Autrement dit, ils attendent de voir : ne comprenant pas d’eux-mêmes, et ne se laissant pas convaincre que c’est justement de résoudre sans preuve ce grand problème qui est l’objectif, le but même de leur vie mortelle, selon l’affirmation de saint Paul que « la foi est la garantie des biens que l’on espère », la preuve, la mise en action « des réalités qu’on ne voit pas (He 11, 1) ». Ce que l’Apôtre dit d’Abraham décrit exactement toute foi véritable : elle se met en route ignorant où elle aboutira (« et il partit ne sachant où il allait »). La foi ne se tourmente pas de ne pas apercevoir la fin du voyage ; elle ne marchande pas ; elle n’argumente pas comme saint Thomas qui disait, du temps de son ignorance : « Nous ne savons pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » Elle est sûre d’avoir suffisamment de lumière – en vérité, bien plus qu’un pécheur n’est en droit d’en attendre -, pour pouvoir marcher même si elle ne voit qu’à un pas devant elle ; la foi laisse toute la connaissance du pays qu’elle doit parcourir à Celui qui l’appelle.

Cette bienheureuse disposition, qui pousse les esprits religieux à se déterminer en cette grave question d’accueil ou de rejet de l’Évangile, les pousse aussi à en recevoir toutes les parties constituantes. De même que la foi se contente de peu de lumière pour se mettre en marche et y voit de mieux en mieux à mesure qu’elle avance, de même elle lit, en quelque sorte, dans une demi-obscurité le message de vérité dans ses multiples détails. Elle n’exige pas que le texte de l’Écriture présente laborieusement, rigidement les preuves de ses doctrines ; elle a une sagesse pragmatique et considère que la parole de Dieu dans son ensemble doit avoir un seul et même sens ; elle s’efforce autant qu’il est possible de découvrir ce sens, que les signes en soient petits ou grands ; et de ne pas ergoter, même si la démonstration n’est pas éclatante. Car la foi garde les yeux fermement fixés sur le fait que le Christ parle dans l’Écriture, et elle reçoit ses paroles comme si elle les entendait, prononcées par la bouche d’un supérieur ou d’un ami qu’elle veuille satisfaire ; non pas comme si elle étudiait la lettre morte d’un document qu’on pourrait manipuler grossièrement, critiquer ou mettre entre parenthèses. La foi détache son regard d’elle-même pour le porter sur Jésus, et au lieu de chercher avec impatience quelque assurance personnelle, elle se laisse conduire par l’obéissance et dit : « Me voici : envoie-moi où tu veux. » Elle se comporte de même vis-à-vis de toutes les institutions du Christ, de son Église, de ses sacrements et de ses ministres – non pas comme un agitateur de ce monde, mais comme le disciple de celui qui a établi ces institutions. Enfin elle se contente de la révélation qui lui a été faite. Elle a « trouvé le Messie », cela lui suffit. La raison même de son inquiétude originelle l’empêche maintenant d’errer. Quand « le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné de connaître le vrai Dieu », l’hésitation, la crainte, la confiance superstitieuse en une créature, la poursuite des nouveautés, sont autant de signes, non de foi, mais d’incroyance (Ct 3, 1-4).

On pourrait ajouter beaucoup de choses, pour conclure, en appliquant ce qui a été dit à la tendance actuelle qu’ont les gens autour de nous de quasiment s’enorgueillir du fait que « leur religion est rationnelle ». Certes, il se peut que ce soit le cas ; mais qu’une religion soit rationnelle dans le sens habituel du mot n’est nullement la marque nécessaire de sa vérité ; et l’on ne peut mettre au crédit d’un homme de s’être résolu à ne s’intéresser qu’à ce qu’il considère comme rationnel. La vraie religion est au-dessus de la raison, du moins en partie, comme par exemple dans ses mystères. Elle pourrait fort bien avoir été introduite dans le monde sans toutes ces « preuves » que notre raison déploie systématiquement avec tant de satisfaction : elle n’en serait pas moins vraie. Dans la mesure où elle dépasse la raison, et du fait qu’elle se soit répandue dans tant de pays sans avoir eu besoin de preuve suffisante de son essence divine, il est clair qu’elle ne peut être qualifiée de rationnelle. Disons même que si notre religion peut le moins du monde s’appuyer sur la raison, c’est plutôt un privilège accordé par Dieu tout-puissant à l’homme, qu’un bien que celui-ci serait en droit de réclamer avec instance – privilège qui, à moins d’être reçu comme une faveur imméritée, pourrait nous faire courir certains dangers. Si ce que je viens de dire est le moins du monde vrai, on saura ce qu’il faut penser de ceux qui argumentent contre les doctrines de l’Évangile parce qu’elles sont irrationnelles, ou qui tentent de réfuter le Credo en ridiculisant certains articles parce qu’ils sont impossibles à expliquer et absurdes, ou qui disent que « les superstitieux » ont avancé d’un pas vers la vérité quand ils ont fait acte d’infidélité, ou qui jugent mauvais d’élever les enfants dans la foi catholique parce qu’ils pourraient, dans leur maturité, choisir eux-mêmes leur religion. Chassant de nos esprits de telles pensées, réjouissons-nous plutôt des paroles de l’Apôtre : « Le langage de la croix est en effet folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : “Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est-il le sage ? Où est-il, l’homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ?” Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? Puisqu’en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants (1 Co 1, 18-21). »

Trad. Claire Chevrillon-Fabre

Parti e 1

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