+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Croire sans voir 1/2

Sermon du Cardinal Newman, le 2 décembre 1834

«Thomas, parce que tu as vu, tu as cru ; heureux ceux qui croient sans voir » (Jn 20,29).

 cardinalnewmanSaint Thomas est l’apôtre qui douta de la résurrection de notre Seigneur. Ce manque de foi l’a doté dans l’esprit de la plupart des gens d’un trait de caractère auquel se réfère la collecte du jour. Cependant, il ne faut pas croire que saint Thomas soit bien différent des autres apôtres. Tous, plus ou moins, ont douté des promesses du Christ lorsqu’ils le virent être emmené pour être Crucifié. Quand il fut enseveli, leurs espoirs furent ensevelis avec lui ; et quand la nouvelle leur parvint qu’il était ressuscité, aucun n’y crut. Quand il leur apparut, il « blâma leur incrédulité et leur dureté de cœur (Mc 16, 14) ». Mais comme à ce moment Thomas n’était pas là, et que c’est par ses condisciples qu’il apprit qu’ils avaient vu le Seigneur, il resta plus longtemps qu’eux dans la perplexité et les ténèbres. À la nouvelle de ce grand miracle, il exprima sa résolution de ne pas croire à moins de voir lui-même le Christ et de pouvoir le toucher. Ainsi Thomas, par une circonstance apparemment fortuite, a-t-il été singularisé parmi ses frères (qui, eux aussi, avaient commencé par être incrédules) comme étant un exemple particulier d’incrédulité. Aucun d’entre eux ne crut avant d’avoir vu le Christ, sauf saint Jean qui, lui-même, commença par hésiter. Thomas fut le dernier à être convaincu parce qu’il fut le dernier à voir le Christ. D’autre part, bien qu’il ait tout d’abord douté de la nouvelle de la résurrection du Christ, il est certain qu’il ne manquait nullement de ferveur et de dévouement à l’égard de son maître, ainsi qu’on le voit dans une circonstance antérieure lorsqu’il exprima le désir de partager le danger que celui-ci allait courir, et de souffrir avec lui. En effet, lorsque le Christ résolut de partir pour la Judée afin de ressusciter Lazare des morts, les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment encore les Juifs voulaient te lapider, et tu retournes là-bas (Jn 11, 8)? » Comme il persistait dans son intention, Thomas dit aux autres : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui ! » Ce voyage, comme le pressentaient ses apôtres, aboutit à la mort du Seigneur ; eux-mêmes échappèrent à la mort, mais ce fut à la demande de Thomas qu’ils risquèrent leur vie.

Saint Thomas aimait donc son maître et, en bon apôtre, le servait fidèlement. Mais quand il le vit crucifié, sa foi lui fit un moment défaut, comme ce fut le cas des autres. Cependant on ne peut nier que son incrédulité au sujet de la Résurrection n’était pas due uniquement aux circonstances, mais qu’elle résultait, dans une certaine mesure, de quelque défaut dans son état d’esprit. Le récit même de saint Jean et les paroles de notre Sauveur à Thomas donnent l’impression que celui-ci était plus à blâmer que les autres. Le fait de s’opposer, non pas à un seul témoignage, mais à ceux de ses dix condisciples, de Marie Madeleine et des autres femmes, le montre clairement, ainsi que ses paroles saisissantes : « Si je ne vois à ses mains la marque des clous, si je ne mets le doigt dans la marque des clous, et si je ne mets la main dans son côté, je ne croirai pas (Jn 20, 25). » De plus, on peut noter que, malgré le peu qu’on sache de saint Thomas, la seule parole de lui rapportée avant la Crucifixion indique déjà cette même perplexité pleine de doutes. Quand le Christ dit qu’il allait partir chez son père, et qu’ils en connaissaient tous le chemin, Thomas s’interposa : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin (Jn 14, 5) ? », c’est-à-dire, nous ne voyons pas le ciel, ni le Dieu du ciel, comment pouvons-nous en savoir le chemin ? Il semble que Thomas ait vivement éprouvé le besoin d’un aperçu sensible du monde invisible, de quelque signe infaillible venu du ciel – une échelle d’anges comme celle de Jacob – qui aurait dissipé son anxiété en lui montrant le terme du voyage au moment du départ. Quelque secret désir de certitude dut le saisir. Et un désir semblable l’envahit de nouveau à la nouvelle de la résurrection du Christ. Sa foi manquant de fermeté, il suspendit son jugement et résolut de ne rien croire tant que tout ne lui serait révélé. Ainsi lorsque notre Sauveur lui apparut huit jours après être apparu aux autres, et qu’il exauça le désir de Thomas en lui faisant percevoir avec ses sens qu’il était vraiment vivant, il accompagna cette permission d’une remontrance et lui fit comprendre qu’en cédant à sa faiblesse, il lui retirait ce qui aurait pu être pour lui une béatitude. « “Porte ton doigt ici : voici mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule mais croyant.” Thomas lui répondit : “Mon Seigneur et mon Dieu !” Jésus lui dit : “Parce que tu me vois, tu crois ; heureux ceux qui croiront sans avoir vu (Jn 20, 27-29)”. »

Mais après tout, ce n’est pas tant la disposition d’esprit du bienheureux apôtre dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire qui nous intéresse que la circonstance particulière où il figure et le commentaire qu’en a fait notre Sauveur. Tous ses disciples l’ont servi – parfois par l’occasion qu’ils lui donnaient de prononcer des paroles inspirées. Ils l’ont servi jusque par leurs faiblesses qui sont mises en lumière par l’Écriture – et non pas voilées, comme le feraient par piété des amis chrétiens -, ceci afin qu’il puisse en faire des moyens d’instruction et de consolation pour son Eglise. Ainsi le souci exagéré de Marthe pour les devoirs domestiques avait suscité son appel à une vie de contemplation et de prière ; et de même dans la situa­tion considérée présentement, la trop grande prudence de saint Thomas nous vaut sa promesse d’une bénédiction spéciale pour ceux qui croient sans avoir vu. Je me propose maintenant de faire quelques remarques sur la nature de cette disposition à croire et de noter en quoi elle est bienheureuse.

Inutile d’observer que ce que notre Sauveur déclare à Thomas de façon si claire et saisissante est plus ou moins impliqué tout au long de son ministère, à savoir que celui dont l’esprit est disposé à croire est bienheureux. Ainsi il exige et éprouve la foi de ceux qui ont recours à son aide miraculeuse ; il loue cette foi quand il la trouve ; quand elle fait défaut, il le déplore; il prévient contre l’endurcissement des cœurs : « En vérité, je vous le dis, chez personne je n’ai trouvé pareille foi en Israël. » « Confiance ma fille, ta foi t’a sauvée (Mt 8, 10 ; 9, 22). » « Ta foi t’a sauvée ; va en paix (Lc 7, 50). » « Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe (Mt 12, 39). » « Esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu’ont annoncé les Prophètes (Lc 24, 25) ! » Ces passages nous en rappelleront une multitude d’autres analogues qui louent spécialement la foi. Saint Paul suit dans sa doctrine la voie ouverte ainsi par son Seigneur. Dans trois épîtres, il nous montre que la foi tient, parmi les signes distinctifs d’un esprit religieux, une place singulière ; et chaque fois il se réfère à un passage des prophètes pour faire voir qu’il n’introduit aucune doctrine, mais ne fait qu’enseigner ce qui a été promulgué depuis les premiers temps. C’est pourquoi l’on dit communément que la religion est bâtie sur la foi et non sur la raison ; d’autre part, les gens qui se moquent de la religion nous opposent justement cette doctrine, comme si le fait de la professer supposait quasiment admettre que le christianisme n’est pas fondé sur la vérité. Voyons donc ce qu’il en est.

Tout esprit religieux, dans quelque circonstance que la Providence l’ait placé, sera porté à regarder hors et au-delà de lui-même pour ce qui se rapporte à son plus grand bien. Car l’homme dont l’esprit est religieux est attentif à la loi de sa conscience, laquelle est née en même temps que lui, non pas faite par lui-même, et à laquelle il se sent tenu de se soumettre. Et cette conscience dirige aussitôt sa pensée vers un Etre extérieur à lui, qui la lui a donnée et qui évidemment lui est supérieur ; car une loi suppose un législateur et un commandement suppose un supérieur. Ainsi l’homme est-il aussitôt jeté hors de lui-même par cette voix intérieure ; et tandis qu’il règle sa conduite par son propre sens du bien et du mal, non par les maximes du monde extérieur, ce sens intérieur ne lui permet pas de demeurer en lui-même, mais le pousse à sortir pour chercher Celui qui a déposé en lui sa parole. Il scrute le monde pour trouver Celui qui n’est pas du monde, pour trouver, sous les ombres et les illusions de la scène changeante du temps et des sens, Celui dont la parole est éternelle et la présence spirituelle. Il cherche hors de lui-même la Parole vivante à laquelle il peut attribuer ce à quoi son cœur a fait écho ; étant certain qu’elle se trouve quelque part, il est d’avance prêt à la trouver, et d’ailleurs il lui arrive souvent de se tromper en croyant qu’il l’a trouvée. Il s’ensuit que si la vérité n’est pas à portée de sa main, il peut facilement prendre l’erreur pour la vérité et considérer comme présence et action de Dieu ce qui ne l’est pas ; et trouvant tout préférable au scepticisme, il devient superstitieux, ce qui lui est parfois imputé à faute. On peut penser que c’est le cas pour ceux de l’élite d’un pays païen. Il ne leur est pas accordé les vrais signes de la puissance et de la volonté de Dieu que nous avons le privilège de posséder. Ils se mettent alors à inventer ce qu’ils ne peuvent trouver, et ayant la conscience plus fine que l’intelligence, ils pervertissent ces signes de Dieu que leur procure la nature et en font un mauvais emploi. Telle est une des origines des fausses divinités des cultes païens qui sont des marques de la culpabilité de leurs adorateurs – non pas, nous l’espérons, quand ils ne sauraient faire autrement, mais quand ils se sont détournés de la lumière, ne désirant pas « retenir Dieu dans leur conscience ». Mais si telle est la voie suivie par un esprit religieux quand il n’a pas eu le bonheur de connaître la vérité divine, il se remettra d’autant plus joyeusement dans la main de Dieu s’il lui est donné de l’apercevoir dans l’Évangile. Telle est la foi qui existe chez la multitude des croyants, née de leur sens de la présence de Dieu, affirmée à l’origine par la voix intérieure de leur conscience.

D’un autre côté, les personnes qui préfèrent suivre ce monde plutôt que les directives que leur donne, en leur for intérieur, l’Esprit de Dieu, perdent bientôt la perception de ces dernières et s’appuient sur ce monde comme sur un dieu. N’ayant nul pressentiment d’un guide invisible qui doive être suivi en matière de conduite, ils considèrent que rien n’a de substance sinon ce que perçoivent leurs sens ; ils s’en contentent et en tirent leur ligne de conduite. Eux ne sont certes pas en danger de tomber dans la superstition ou la crédulité. Car ils ne ressentent d’avance aucun désir, ni aucune conviction que Dieu ait accompli dans le monde une révélation de lui-même. Et lorsqu’ils entendent parler d’événements surnaturels, ils se mettent à les examiner tranquillement, sans passion, comme s’ils étaient des juges dans un tribunal ou comme s’ils faisaient une recherche d’ordre scientifique. Ils reconnaissent qu’ils ne portent pas d’intérêt spécial à la question qui leur est proposée ; et sans effort, ils y appliquent leur intellect impassiblement, comme si celui-ci était un instrument externe qui ne saurait être influencé. Nous avons donc devant nous deux types d’esprit opposés, l’un crédule, comme dirait communément le monde, l’autre sincère et sans préjugé, jugeant avec droiture et sagacité ; il est clair que le premier est de type religieux et que le second ne l’est pas. Donc, dans ce sens en tout cas, la foi et la raison s’opposent, et le croyant est plus digne de bénédiction que l’incrédule…

Partie 2

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3 commentaires sur “Croire sans voir 1/2

  1. Pingback: Croire sans voir 2/2 | +++Yesus Kristus azu+++

  2. Pingback: Pour être moins ignorant en 2014 ! | +++Yesus Kristus azu+++

  3. +++Yesus Kristus azu+++
    3 juillet 2014

    A reblogué ceci sur +†+Yesus Kristus azu+†+et a ajouté:

    Thomas, parce que tu as vu, tu as cru ! ils ont heureux ceux qui croient sans avoir vu ; répondit le Seigneur à l’apôtre saint Thomas… Pour mieux comprendre, il est impératif de lire à tête reposée cet écrit du bienheureux John Henry Newmann.

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Cette entrée a été publiée le 6 décembre 2013 par dans (In)Existence de Dieu, Foi Catholique, et est taguée , , , , .
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