+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Connaître Dieu par l’Intelligence

pas de dieuBien que la Foi reste une Grâce de Dieu, il n’en demeure pas moins que la Raison en est aussi une ! seulement, c’est une Grâce naturelle que le Créateur fait à tout homme dès sa conception – celle-ci demeure en puissance, jusqu’à ce qu’elle mûrit, et arrive en acte. La Grâce de la foi n’est cependant pas, contrairement à la grâce naturelle, offerte à tous. En donnant la raison à l’Homme, le Créateur a voulu que ce dernier reste un être Libre… Il lui revient de chercher à connaître son Créateur, ou non. Il doit se décider à Le suivre ou non ; la conscience (de l’homme), lui dialoguant, l’amène à reconnaître qu’il y a quelque chose en dessus de lui. Mais c’est à lui, et à lui seul que revient le travail de recherche. Car, si Dieu faisait don de la Grâce de la Foi à tous, alors, l’être humain ne serait plus libre, il serait déterminé à croire en Dieu, sans que sa Volonté y ait un mot à dire… : l’homme serait dans ce cas, une marionnette de Dieu.

C’est pourquoi, Dieu qui est Raison, Logos – comme le disaient les Grecs, nous a donné l’Intelligence. Afin que, grâce à elle, nous, êtres humains, puissions contempler les merveilles de la création ; et, de cette contemplation, nous puissions remonter jusqu’à Celui qui en est la cause ultime !

L’apôtre s. Paul souligne dans sa Lettre aux Romains :

« […] car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous… » (I, 19-21)

Ainsi, Dieu se présente à tout homme au travers de la Création, de la beauté et la coordination du monde ! Raison pour laquelle la Lettre de s. Paul semble blâmer ceux qui, doués d’Intelligence – qui est tout de même un don de l’Esprit saint (Isaïe XI, 2), sont incapables de remonter jusqu’à Celui qui a fait toutes ses choses, demeurant dans un état léthargique constant, ou alors refusant simplement de se soumettre, car diront certains : mettre foi en Dieu est une atteinte à la Liberté de l’Homme et à sa Dignité : ce qui est gravement erroné… Au contraire, continue s. Paul, ne voulant point Le reconnaître, se perdent dans des raisonnements ayant pour seul but de nier ce qui se présente à eux. En effet, la question de l’existence de Dieu, est une question métaphysique… « La Métaphysique [est] source d’émerveillement » (Pierre-Marie Emonet o.p). Cet émerveillement, il va de soi, commence avec la Création… pour ensuite aller (monter) jusqu’au Créateur.

De même, le Livre de la Sagesse blâme les philosophes ! Eux qui ont réussi à scruter des choses inimaginables, n’ont pas réussi à trouver Dieu ! Le chapitre XIII du livre de la Sagesse est un véritable petit bijou de la manière dont on peut connaître Dieu : c’est-à-dire, en partant du sensible, du visible ! Le visible, ce n’est pas seulement la Création, ou encore la complexité de l’être humain lui-même, mais aussi – et surtout – les miracles ! Car, Dieu fait des miracles, et ces phénomènes sont adaptés à l’Intelligence de tous ! Seulement, voilà, beaucoup ne veulent point y croire. J’ai récemment lu un athée qui disait : « ce n’est pas parce qu’il y a des miracles que je croirais en Dieu, il faudrait que je le vois ». C’est le propre même de notre époque « moderne », si « développé » : un seul mot, scepticisme ; et qui, selon les ouï-dire est à des années lumières du Moyen-âge, qui est sans cesse qualifiée d’obscurantiste, ou de période morte de la philosophie, de la pensée. Or, il faut le préciser de suite, le Savoir Au Moyen-Âge est plus Digne et moins infâme que celui dans lequel baigne notre société dite « évoluée » ! La question de la Nature de l’homme ne se pose pas, les débats, les discussions autour de l’âme, de Dieu, de la connaissance, sont passionnants… Avec s. Thomas d’Aquin, s. Bonaventure, Jean Duns Scot, Pierre de Jean Olivi, Guillaume d’Occam – bien que ce dernier soit nominaliste, et prépare le terrain à Emmanuel Kant, René Descartes, J. Paul Sartre, et consorts ; la littérature philosophique médiévale vole haut, très haut – elle atteint des sommets inimaginables, certainement grâce à la redécouverte d’un Monstre de la philosophie : Aristote… On en vient – à notre époque – à nier la Nature humaine, au profit de quoi ? La Liberté – l’Homme ne serait que Liberté selon les dires de J. Paul Sartre ; sa « copine » Simone de Beauvoir recyclera les idées de son « pote », martelant cette idée et allant encore plus loin – du côté féminin, ce qui a donné lui féministe radical qu’on connaît de nos jours ; bien que sur certains points, ils n’ont pas tout à fait torts : il est, d’un côté évident que la société dite moderne tend à chosifier la femme, cette dernière étant vue comme un objet – souvent sexuel !….

Fermons la parenthèse et revenons sur le Livre de la Sagesse. Il y est dit explicitement :

Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l’ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n’ont pas été capables de connaître Celui-qui-est, et qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan. Mais c’est le feu, ou le vent, ou l’air rapide, ou la voûte étoilée, ou l’eau impétueuse, ou les luminaires du ciel, qu’ils ont considérés comme des dieux, gouverneurs du monde ! Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux, qu’ils sachent combien leur Maître est supérieur, car c’est la source même de la beauté qui les a créés. Et si c’est leur puissance et leur activité qui les ont frappés, qu’ils en déduisent combien plus puissant est Celui qui les a formés, car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur… (XIII, 1-5)

Le « blâme » s’inscrit dans la même pensée que la lettre de s. Paul aux Romains, et va encore plus loin, soulignant l’incompréhension : « s’ils ont été capables d’acquérir assez de science pour pouvoir scruter le monde, comment n’en ont-ils pas plus tôt découvert le Maître ! » (Sagesse XIII, 9). Certains viennent même à diviniser les astres, et cela me rappelle La Méthode[1] de René Descartes, qui, voulant montrer l’existence de Dieu, reconnaît que les choses telles que le soleil, la terre, la lumière ne lui sont en rien supérieures, et qu’elles sont de fait contingentes… Chez Descartes, pour connaître Dieu, il faut déjà avoir conscience que nous-même, n’étant pas parfaits, nous devons reconnaître qu’il y a quelque chose de plus parfait ; deuxièmement, reconnaître que l’existence est inhérente à l’idée de perfection ! Cet argument est le même (à quelque chose près) qu’avait proposé s. Anselme de Canterbory dans son Proslogion – avant Descartes : c’est-à-dire, prouver l’existence de Dieu à partir de l’idée même de Dieu. S. Anselme, à partir du Psaumes 14, 1 – l’insensé dit en cœur, il n’y a pas de Dieu – raisonne ainsi :

AnselmeMon Dieu […] La foi nous dit que vous êtes l’être par excellence, l’être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir. « L’insensé a dit dans son cœur : II n’y a point de Dieu ; » a-t-il dit vrai ? la foi nous trompe-t-elle quand elle affirme l’existence de la divinité ? non, certes. L’insensé lui-même, en entendant parler d’un être supérieur à tous les autres et au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir, com-prend nécessairement ce qu’il entend ; or, ce qu’il comprend existe dans son esprit, bien qu’il en ignore l’existence extérieure. Car autre chose est l’existence d’un objet dans l’intelligence, autre chose la notion de l’existence de cet objet. Ainsi quand un peintre médite un tableau qu’il va bientôt jeter sur la toile, ce tableau existe déjà dans son esprit ; mais l’artiste n’a pas encore l’idée de l’existence réelle d’une œuvre qu’il n’a pas encore enfantée; il ne peut avoir cette idée que lorsque l’œuvre conçue dans son imagination prend une forme et s’incarne, pour ainsi dire, sous son pinceau. Dès lors cette œuvre existe à la fois et dans l’esprit de l’artiste et dans la réalité. L’insensé lui-même est donc forcé d’avouer qu’il existe, du moins dans l’intelligence, quelque chose au-dessus de laquelle la pensée ne peut rien concevoir, puisqu’on entendant parler de cet être suprême, quel qu’il soit, il comprend ce qu’il entend, et que tout ce qui est compris existe dans l’intelligence. Or, cet être suprême au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir ne saurait exister dans l’intelligence seule ; car, en supposant que cela soit, rien n’empêche de le conce-voir comme existant aussi dans la réalité, ce qui est un mode d’existence supérieur au premier. Si donc l’être suprême existait dans l’in-telligence seule, il y aurait quelque chose que la pensée pourrait concevoir au-dessus de lui ; il ne serait plus l’être par excellence, ce qui implique contradiction. Il existe donc sans aucun doute, et dans l’intelligence et dans la réalité, un être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir[2].

René Descartes – même si sa philosophie prépare déjà celle de Sartre –, des siècles plus tard, a proposé un raisonnement analogue : nous en avons déjà parlé ! Eh bien, bien que séduisante, la preuve ne prouve pas ! Elle est déjà mise en doute par s. Thomas d’Aquin, et critiquée – réfutée – par Emmanuel Kant au XVIII è siècle, dans La critique de la Raison pure ! Cependant, la preuve d’Anselme est valide, mais seulement pour celui qui croit : raison pour laquelle sa nécessité n’est pas vraiment d’une importance grande ; et elle témoigne également du fait que le Moyen-âge n’est pas une époque morte, mais une grande période de la pensée, car la preuve en elle-même est « audacieuse » ! elle a fait couler de l’encre, il a fallu quelques siècles pour trouver la faille, et elle reste néanmoins fascinante (repris chez Descartes, Spinoza, Leibniz…) – encore de nos jours, elle fait toujours couler de l’encre, évidemment, elle varie par rapport aux siècles : certains n’acceptent pas la réfutation de Kant, d’autres si. Bertrand Russel va jusqu’à dire dans History of western philosophy: « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. »

Peut-être, nous réserverons une étude complète sur la « preuve » ontologique ! Mais, retenons que la meilleure manière de montrer l’existence de Dieu est certainement  de partir à postériori, et non à priori comme l’a fait Anselme ; en oubliant ce que dit Kant à savoir : ce qui part du sensible est corrompu… L’à postériori, voilà ce que souligne le Livre de la Sagesse et s. Paul…

En définitive (article bâclé avec trop de digressions, je le conçois), on peut vraiment connaître Dieu par l’Intelligence, au travers du monde, du principe de contingence, des Causes – énoncées par Aristote, et aussi des œuvres de Dieu manifestes de Dieu – les miracles par exemple…. C’est la première étape : reconnaître qu’il y a un Architecte : quelque chose en dessus ; la seconde serait le désir de connaître cette chose en dessus : car comme le dit Aristote, tout être humain a par nature le désir de savoir, de connaître [3]. D’Ailleurs Aristote souligne que ce désir de savoir se voit au plaisir que l’homme prend au sensible.

Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce ; le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit transmet la connaissance.’ (Psaumes XIX, 2-3)

____________

  • [1] DESCARTES, René, Discours sur la méthode, Partie IV : c’est une partie concernant Dieu, l’âme et le corps, pour aller plus loin, voyez aussi Descartes, Les Méditations métaphysiques, c’est plus élaboré.
  • [2] ANSELME (saint), Poslogion, Allocution sur l’existence de Dieu, chapitre II.
  • [3] ARISTOTE, voyez à ce propos le début du texte de la Métaphysique, qui établit clairement la nature de l’être humain qui est de savoir.
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Un commentaire sur “Connaître Dieu par l’Intelligence

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