+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le cardinal NEWMAN : deux textes

RÉALITÉ DU MONDE INVISIBLE

cardinalnewmanEn dépit de ce monde universel que nous voyons, il y a un autre monde qui s’étend en quelque sorte tout à fait au loin, qui nous est pour ainsi dire tout à fait fermé et qui est très extraordinaire ; un autre monde qui s’étend tout autour de nous, quoique nous ne le voyions pas, et qui est plus étonnant que le monde que nous voyons, pour cette raison, à défaut d’autre, qu’il échappe à nos regards. Tout autour de nous, il y a d’innombrables personnes qui vont et viennent, veillent, agissent ou attendent, et que nous ne voyons pas. Tel est cet autre monde que nos yeux ne perçoivent pas, mais seulement la foi.

Avant tout, il y a là Celui qui est au-dessus de toutes choses, qui les a toutes créées, devant qui elles sont toutes comme si elles n’étaient pas, et avec qui rien ne peut entrer en comparaison. Le Dieu tout-puissant, nous le savons, existe plus réellement et plus absolument que ces gens, nos compagnons, dont l’existence nous est confirmée par les sens, sans que pourtant nous puissions Le voir, L’entendre, mais seulement Le pressentir sans arriver à Le trouver. D’où il résulte que les choses que nous voyons ne sont qu’une partie, et une partie secondaire, des êtres qui sont autour de nous, ne serait-ce que pour la simple raison que le Dieu tout-puissant, l’Être des êtres, n’en fait pas partie, mais se trouve parmi les choses qu’on ne voit pas.

Une fois, et une fois seulement pendant trente-trois ans, Il a bien voulu devenir l’un des êtres que nous voyons, lorsque Lui, qui était la seconde personne de la Toujours bénie Trinité, naquit, par une miséricorde qui n’a pas de nom, de la Vierge Marie, dans ce monde sensible. Alors on Le vit, on L’entendit, on Le toucha. Il mangea, Il but, Il dormit, Il conversa, alla et vint, et agit comme les autres hommes. Mais, à l’exception de cette courte période, sa présence n’a jamais été perceptible. Jamais Il ne nous a donné de preuves sensibles de son existence. Il vint, puis se retira derrière le voile, et, pour chacun de nous individuellement, Il est comme s’Il ne s’était jamais montré. Nous avons une expérience aussi faible que possible de sa présence. Et pourtant Il vit éternellement.

Dans cet autre monde, il y a encore les âmes des morts. Elles ne cessent pas d’exister, elles aussi, quand elles partent d’ici-bas, mais elles se retirent de la scène visible des choses, ou, en d’autres termes, elles cessent de se comporter à notre égard et devant nous d’une manière sensible. Elles vivent comme elles vivaient auparavant, mais ce cadre extérieur, par le moyen duquel elles pouvaient entrer en communion avec les autres hommes, est en quelque sorte, nous ne savons pas comment, à part d’elles. Il s’est desséché et ratatiné, comme des feuilles qui tomberaient d’un arbre. Elles restent toujours là, mais sans les moyens habituels d’approcher de nous et de correspondre avec nous. Quand un homme perd sa voix ou sa main, il existe comme auparavant, mais il ne peut plus ni parler ni écrire, ni entretenir des relations avec nous. Supposons qu’il ne soit pas seulement privé de sa voix et de sa main, mais de tous ses sens, alors on dit qu’il est mort ; rien ne nous prouve qu’il s’en est allé, mais nous avons perdu les moyens d’entrer en relations avec lui.

Il faut encore compter les anges parmi les habitants du monde invisible. L’on nous en parle beaucoup plus que des âmes des fidèles disparus, parce que ces dernières se reposent de leurs travaux, tandis que les anges s’emploient activement parmi nous dans l’Église. On les appelle les esprits chargés du divin ministère pour assister ceux qui seront les héritiers du salut (Hébreux, I, 14). Il n’y a pas de chrétien, si humble soit-il, qui n’ait des anges pour veiller sur lui, si du moins il vit par la foi et par l’amour. Ils ont beau être grands, glorieux, purs, merveilleux au point que, s’il nous était permis de les voir vraiment, nous en serions atterrés, comme le fut le prophète Daniel, tout saint et juste qu’il était, ils n’en sont pas moins les compagnons qui nous servent, les compagnons qui travaillent en notre faveur, qui veillent sur les plus humbles d’entre nous, s’ils sont du Christ, et les défendent.

Cardinal NEWMAN, cité par Denys GORCE dans Introduction à Newman. Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident, choisis et présentés par Solange Lemaitre, Plon, 1955.

***

LA PROVIDENCE PARTICULIÈRE

 Dieu vous considère individuellement, qui que vous soyez. Il vous appelle par votre nom. Il vous voit et vous comprend de même qu’Il vous a faits. Il sait ce qu’il y a en vous, tous vos propres sentiments particuliers et toutes vos pensées, vos dispositions et vos penchants, votre force et votre faiblesse. Il vous voit au jour de votre joie et au jour de votre tristesse. Il sympathise à vos espérances et à vos tentations. Il s’intéresse lui-même à toutes vos inquiétudes et à tous vos souvenirs, à toutes les élévations et les dépressions de votre esprit. Il a compté même les cheveux de votre tête et les coudées de votre taille ; Il vous entoure de compassion et vous porte dans ses bras. Il vous relève et vous repose à terre. Il remarque la manière intime dont vous vous comportez parmi les sourires et les larmes, dans la santé ou la maladie. Il observe tendrement vos mains et vos pieds ; Il entend votre voix, le battement de votre cœur et votre respiration même. Vous ne vous aimez pas davantage vous qu’Il ne vous aime Lui. Vous ne pouvez pas avoir plus d’horreur de la douleur qu’Il n’en a Lui-même à vous la voir subir. Charge-t-Il de son poids vos épaules ? C’est comme si vous les en chargiez vous-même, si vous êtes sage, pour en ressentir ensuite un plus grand bien. Vous n’êtes pas seulement sa créature, bien qu’Il ait soin des moindres passereaux eux-mêmes et pitié du nombreux bétail de Ninive. Vous êtes un homme racheté et sanctifié, son fils adoptif, favorisé de cette portion de gloire et de bénédiction qui découle éternellement de Lui sur son Fils unique. Vous êtes choisi pour être sien ; vous l’êtes même plus que nos frères qui habitent l’est et le sud. Vous êtes un de ceux pour qui le Christ a offert sa dernière prière, scellant celle-ci de son sang précieux.

Quelle pensée n’est-ce pas que celle-là, une pensée presque trop grande pour notre foi ! C’est à peine si, quand nous l’envisageons, nous pouvons nous défendre de faire autrement que Sara, c’est-à-dire de sourire de surprise et de perplexité. Qu’est-ce donc que l’homme, que sommes-nous, que suis-je moi-même, pour que le Fils de Dieu se souvienne ainsi de moi ? Que suis-je pour que, de démon que j’étais presque, Il ait fait de moi un ange, pour qu’il ait changé la constitution première de mon âme, fait de moi une créature nouvelle, – moi qui n’ai cessé d’être un transgresseur depuis ma jeunesse, – choisi l’intime de mon cœur pour y habiter personnellement, faisant de moi son temple ? Qui suis-je pour que Dieu le Saint-Esprit entre en moi et tourne mes pensées vers les Cieux avec des gémissements inénarrables ?

Cardinal NEWMAN, cité par Denys GORCE dans Introduction à Newman. Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident, choisis et présentés par Solange Lemaitre, Plon, 1955

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