+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le mythe de la Papesse Jeanne 3/3

C’est ainsi que parle David Blondel, qui, tout ministre protestant qu’il était, n’a pas laissé de traiter de fable cette histoire de la Papesse, et de composer des livres pour la réfuter[40]. Comme on forme ordinairement sur Martin Polonus les mêmes difficultés que sur Marianus Scotus et sur Sigebert, on peut y répondre par les mêmes arguments qu’on vient de lire ci-dessus.Quelques savants croient que l’endroit de la chronique de Polonus où il est parlé de la Papesse n’est pas de cet auteur ; quelques autres s’imaginent qu’il est le premier qui ait écrit touchant cette fable.

Cave, célèbre érudit anglican, soutient que le conte de la Papesse a été intercalé par une main étrangère dans l’ouvrage de Polonus. Il traite de fable ce qui concerne Jeanne, et dit que certains manuscrits fort estimés n’en font aucune mention[41]. Jurieu n’hésite pas à qualifier l’histoire de la Papesse de fable monstrueuse[42] : nous rapporterons ailleurs, plus au long, les aveux de Jurieu ; on sait s’il était suspect en cette affaire. Burnet, évêque anglican, s’exprime en ces termes : « Je ne crois point l’histoire de la papesse Jeanne, ayant vu de mes propres yeux, en Angleterre, un manuscrit de Martinus Polonus, qui est un des plus anciens auteurs qu’on a accoutumé de citer en cette matière, et lequel semble avoir été écrit peu de temps après la mort de l’auteur, où cette histoire ne se trouve qu’en la marge et point au texte, et encore est-elle d’une autre main que celle qui a écrit le texte[43]. » Mais c’est assez, si ce n’est même déjà trop sur l’authenticité du témoignage de Martin Polonus ; revenons au conte de la Papesse qui, comme le dit très bien Blondel, a esté tout composé de pièces de rapport, et enrichi avec le temps[44]Florimond de Rémond[45] se sert d’un quatrain latin intraduisible pour convaincre de mensonge ceux qui disaient que certaine coutume durait encore[46] de son temps (fin du XVIe siècle). Voilà cette fable monstrueuse, comme la qualifie Jurieu : on y eût sans doute cousu de nouvelles pièces de temps en temps, si les catholiques ne se fussent enfin résolus à la combattre ; ce qui mit fin aux broderies.

Une infinité d’écrivains, qui étaient d’ailleurs attachés à la papauté, ont cru cette historiette, comme dit Bayle. AEneas Sylvius[47] (depuis pape sous le nom de Pie II), au XVe siècle, est le premier qui l’ait révoquée en doute, ainsi qu’Aventin[48], quoique luthérien dans l’âme. Depuis lors, Onufre Panvini[49], Bellarmin[50], Serarius[51], Georges Scherer, Robert Persons[52], Florimond de Rémond, Allatius[53], De Launoi, le Père Labbe[54], et beaucoup d’autres[55], ont réfuté amplement cette vieille tradition. Baronius témoigna beaucoup d’estime pour le travail de Florimond de Rémond[56]. « Je ne pense pas, dit Bayle, que personne eût encore si bien réfuté le conte de la Papesse… Ses preuves parurent très-convaincantes à Juste-Lipse », comme nous l’apprenons par une lettre de cet érudit à Aubert le Mire[57].Et maintenant, raisonnons un peu sur les faits dont on vient de lire l’exposé impartial, et par cela même exact, puisque les objections précitées contre l’existence de la papesse Jeanne sont tirées d’auteurs protestants.

Ne peut-on pas dire que les protestants anciens et modernes, les libres penseurs, les impies, qui soutiennent encore avec tant de chaleur que l’histoire de la papesse Jeanne est véritable, consultent plutôt les intérêts de leur cause, que l’état et la condition des preuves ? Car s’ils étaient (ce qu’ils ne sont pas, ce qu’ils n’ont jamais été) exempts de toute passion, ne se souviendraient-ils pas que le silence des auteurs contemporains leur a paru plusieurs fois une raison invincible contre diverses traditions alléguées par Rome ? Un homme, exempt de tout préjugé, n’aurait besoin que de l’argument négatif pour rejeter le roman de la Papesse. Ce n’est pas que nous prétendions qu’à l’égard de toutes sortes de faits, le silence des auteurs contemporains soit une bonne raison de les nier. On ne doit prétendre cela qu’à l’égard des évènements insignes, comme, par exemple, la retraite de Charles-Quint dans un monastère, et qu’à l’égard des circonstances essentielles et capitales d’une action, qui n’ont pu être ignorées de personne, et dont il serait absurde d’espérer que les siècles à venir n’auront nulle connaissance. Nous mettons dans cette classe le genre de mort de Henri II, de Henri III et de Henri IV ; le premier tué dans un tournoi, le second assassiné par Jacques Clément durant le siège de Paris, et le troisième dans son carrosse, au milieu de la capitale de la France, par Ravaillac. Il n’est pas concevable que tous les historiens qui ont vécu au XVIe et au XVIIe siècle aient pu s’opiniâtrer ou conspirer à ne pas dire un mot de l’abdication de Charles-Quint, ni de ce qu’il y eut de tragique dans la mort des trois Henri, rois de France. Nous ne considérons pas ici en général le silence des auteurs contemporains : nous n’ignorons pas qu’il est très possible que dans des livres de dévotion ou de morale, composés au XVIe et au XVIIe siècle, on rapporte incidemment plusieurs actions de ces quatre princes, sans dire où ils moururent, ni comment. Nous ne parlons que de ceux qui ont écrit, ou l’histoire particulière de ces monarques, ou l’histoire d’Espagne et de France, ou l’histoire générale de l’Europe. Ce serait un prodige et une conspiration des plus étranges, non seulement si tous ces historiens étaient muets à l’égard des faits que nous avons indiqués, mais même si sept ou huit des principaux les supprimaient.

Supposons qu’au XXIVe siècle (si toutefois le monde existe encore) il ne reste plus que sept ou huit des meilleurs historiens qui aient vécu sous Charles-Quint et sous Henri IV, ou un peu après ; et que ceux qui vivront en ce temps-là ne trouvent aucune trace de l’abdication de Charles-Quint et de l’assassinat de Henri III et de Henri IV, que dans quelque misérable annaliste du XIXe siècle ; nous soutenons qu’ils seront les plus téméraires et les plus crédules de tous les hommes, s’ils ajoutent foi à cet annaliste et à cent autres qui l’auront pu copier. On peut aisément appliquer ceci à la dispute sur la Papesse. Nous avons prévenu l’objection de ceux qui s’aviseraient de supposer que nous n’avons pas tous les annalistes qui vivaient en ce temps-là, il nous suffit qu’il en reste quelques-uns des principaux. Mais afin qu’on voie plus clairement qu’il a été impossible que les historiens du IXe siècle aient supprimé un fait aussi extraordinaire que le serait le Papat de la prétendue Jeanne, essayons de réfuter ceux qui cherchent des raisons de ce grand silence des historiens contemporains relativement au fait de l’existence de la Papesse. Cette discussion, où nous allons entrer, fera ressortir d’une manière encore plus visible toute la force de l’argument négatif.

Les champions de la Papesse disent que la papauté de Jeanne fut considérée comme si honteuse à l’Église romaine, que l’on défendit d’en parler, et qu’ainsi les auteurs se turent, les uns par zèle, et les autres par crainte. Argument pitoyable, qu’il est facile de ruiner d’autant plus facilement, qu’encore une fois, ce seront les protestants, représentés par leurs sommités, qui nous fourniront des armes terribles pour broyer le raisonnement précité et le réduire en poussière.

Disons en premier lieu[58], et sans crainte d’être contredit par tout homme sensé, – catholique, protestant ou incrédule, – qu’il n’est pas vrai que cette aventure ait été envisagée comme une infamie de la catholicité, ni comme une chose qui donnât atteinte aux droits de la communion de Rome : car, selon ses principes, ils ne dépendent point des qualités personnelles des papes. Il est vrai que si le conte de la papesse Jeanne n’est point capable de déshonorer l’Église en général, et Rome en particulier, que Jurieu, – le fougueux Jurieu, – le prenant au sérieux, s’exprime ainsi : « Je ne trouve pas que nous soyons fort intéressés à prouver la vérité de cette histoire de la papesse Jeanne. Quand le siège des papes aurait souffert cette surprise, qu’on y aurait établi une femme pensant y mettre un homme, cela ne formerait pas à mon sens un grand préjugé. Et l’avantage que nous en tirerions ne vaut pas la peine que nous soutenions un grand procès là-dessus. Je trouve même que de la manière que cette histoire est rapportée, elle fait au siège romain plus d’honneur qu’il n’en mérite. On dit que cette Papesse avait fort bien étudié, qu’elle était savante, habile, éloquente, que ses beaux dons la firent admirer à Rome, et qu’elle fut élue d’un commun consentement, quoiqu’elle parût comme un jeune étranger, inconnu, sans amis et sans autre appui que son mérite. Je dis que c’est faire beaucoup d’honneur au siège romain, que de supposer qu’un jeune homme inconnu y fût avancé uniquement à cause de son mérite ; car on sait que de tout temps il n’y a eu que la brigue qui ait fait obtenir cette dignité[59]. »

Malgré son parti pris de tout dénigrer, Jurieu donne un grand poids à cette remarque du catholique Florimond de Rémond : « Mais quand bien ce malheur seroit advenu à l’Église, qu’une femme eust tenu le siège romain, puis qu’elle y estoit parvenue par ruses et tromperies, et que la monstre et parade qu’elle faisoit de sa vertu et sainte vie avoit éblouy les yeux de tout le monde, la faute devoit estre rejetée sur elle, et non sur les électeurs, lesquels tenans le grand chemin, et marchans à la bonne foy, sans brigue, ni menée, ne pouvoient estre accusez d’avoir part à la supposition[60]. » Il ajoute que « cest accident ne pourroit estre si monstrueux s’il estoit véritable comme ce que ceux qui se sont appelez Reformez, Evangélistes et Puritains, ont non seulement tolleré, mais estably, voire forcé aucunes reynes et princesses de se dire et publier chef de l’Église en leurs Estats et Seigneuries, disposant des choses pies et sainctes, et des charges ecclésiastiques à leur appétit et volonté[61]. »

En second lieu, l’on peut répliquer qu’il n’y a nulle apparence que Rome ait défendu de faire mention d’un évènement aussi public et aussi extraordinaire que celui-là. Un tel ordré eût été bien inutile, on ne commet point ainsi son autorité par des défenses qui ne sont point de nature à être observées, et qui excitent plutôt le désir de parler, qu’elles ne ferment la bouche[62].

Ajoutez en troisième lieu, que si le zèle ou la crainte avaient arrêté la plume des historiens, nous ne verrions pas que les premiers qui ont publié le papat de Jeanne sont des personnes dévouées à la religion catholique, et plus à portée que les autres d’être châtiées ; car, ce sont des moines. Il est sûr que presque tous ceux qui ont débité ce conte étaient bons catholiques romains, et qu’ils ne pensaient à rien moins qu’à des médisances.

Enfin, l’on ne peut sans tomber en contradiction supposer une défense de parler de la Papesse ; car cet ordre de se taire ruinerait de fond en comble les principales circonstances de la narration précitée. Blondel n’oublie pas cette observation, et il y répond ainsi : « Plusieurs… ont pensé sauver le roman de Marianus contre le préjudice d’un silence de plus de deux cents ans, en soutenant que les auteurs qui ont vescu depuis l’an 855, jusqu’à l’an 1050, se sont abstenus d’en parler, à cause de la honte qu’ils en avoient, et qu’ils ont mieux aimé altérer l’ordre de la succession des Papes par un silence affecté, que contribuer, par l’expression d’une vérité odieuse, à la conservation de l’exécrable mémoire de cette fille, qui avoit (comme on prétend) déshonoré leur suite, en s’y ingérant. Car laissant à part que les auteurs du temps expriment (selon qu’il a esté démontré cy-dessus) des véritez très contraires à cette supposition née depuis leur mort : ceux qui demeuroient à Rome comme Nicolas I, et Guillaume et Anastase, le bibliothécaire, eussent eu le sens tout à fait troublé, s’ils eussent pensé pouvoir (par l’effort de leur silence et de leur honte) ensevelir une ordure que l’on suppose avoir tellement comblé Rome d’estonnement, d’indignation, et de scandale, qu’elle n’ayt peu (pu) se satisfaire qu’en éternizant l’effet de son juste desdain, et en proposant des marques perpétuelles à la postérité, par l’érection d’une statue représentant la cause de son despit par le destour de ces processions, et par l’introduction de coustumes inouies auparavant, et peu honnestes[63]. »

Il y avait longtemps que Florimond de Rémond s’était servi de la même preuve[64]. Cependant, si victorieuse qu’elle ait semblé à Bayle, Du Plessis-Mornai n’y eut nul égard « Onuphre dit qu’Anastase, qui vivait de ce temps, n’en dit rien ; Regino non plus, et plusieurs autres venus depuis. Et à cela serait respondu en un mot, qu’argumenter ab authoritate negativè, ne conclut rien. Ranulfe aussi en son Polychronicon, lui respondroit, qu’il a esté laissé en arrière pour la rectitude du fait[65]. » La réponse de Coeffeteau sur ces paroles de Ranulphe est remarquable. « Cela serait bon, dit-il, si ces autheurs n’avaient pas remply le siége d’un vray Pape en ce temps-là, et qu’ils y eussent laissé au moins assez d’intervalle pour faire accoucher cette fille[66]. D’ailleurs où est icy la conscience des réformes ? Ils veulent qu’en détestation de cette infamie, et pour monument éternel de ce scandale, l’on ayt basty à Rome une chapelle au lieu où elle accoucha ; qu’on ayt érigé une statue de marbre pour représenter le fait ; et qu’on ayt fait dresser des chaires peu honnestes, pour se garder à l’avenir de choses semblables : Et cependant ils asseurent que les historiens n’en ont osé parler, pour le respect des Papes. Quel rayon, ains (bien plus) quelle ombre de vérité en choses si mal accordantes[67] ? »

Rivet, qui essaya de réfuter Coeffeteau, et qui le suivit presque pas à pas, ne répliqua rien à ce passage. Nous n’avons encore trouvé aucune solution sur ce point-là dans les écrits des champions de la Papesse. Bayle dit très plaisamment à ce propos : « Ils ont imité Homère qui abandonnait les choses qu’il désespérait de bien traiter. » Au reste, c’est en vain qu’on met en avant, pour prouver la vérité de la tradition de la Papesse, cette multitude d’auteurs, tant catholiques que protestants, qui ont copié en l’étendant ce conte monstrueux. Ce grand nombre de témoins est impuissant à établir et à fonder une preuve de l’existence de la Papesse, puisque le plus ancien est postérieur de deux cents ans au fait en question, et qu’il est incompatible avec des faits incontestables qui se trouvent dans les auteurs contemporains.

Les auteurs qui ont réfuté le conte de la Papesse, établissent clairement que l’on ne la peut placer entre Léon IV et Benoît III. Ils en donnent des démonstrations chronologiques, qu’ils appuient sur des passages évidents des auteurs du IXe siècle[68]. D’où il résulte que le premier qui a parlé de la Papesse, deux siècles après, est indigne de toute créance, et que ceux qui dans la suite ont débité la même chose, se sont copiés les uns les autres sans remonter à la vraie source, et sans faire aucun examen, et, par conséquent, que l’on ne doit faire aucun fond sur leur multitude. Mais laissons parler Blondel ; ses paroles ont une remarquable énergie, – celle de la vérité même : « Ainsi, Marianus est la première et seule source d’où tous les ruisseaux des écrivains posterieurs sont derivez, et je ne croy pas (apres en avoir descouvert à nud le vice inexcusable) qu’il soit aucun besoin de passer plus avant en l’examen de ceux qui n’ont fait que copier les uns des autres, sans savoir si le premier avoit esté bien fondé. Quand les tesmoins se leveroient à centaines, voire à milliers, pour donner des depositions digerées de la sorte, il n’y auroit ame bien faite qui daignast avoir égard, soit à leur nombre, qui ne devroit jamais faire de contrepoids contre la verité et la raison, soit à leur discours, qui n’auroit esté en effet que le simple Écho des premieres reveries, qui eussent esté très aisées à convaincre d’impertinence et de faux, si ceux qui l’ont entrepris eussent plus eu le cœur à estudier l’Histoire du IXe siècle, qu’a exercer cette éloquence mesdisante que sainct Hierosme eust en son temps appelée caninam facundiam[69]. » Quelques pages après, Blondel rapporte plusieurs exemples de fausses traditions, et nommément celle du siège de Paris sous le règne de Louis le Débonnaire, par le Géant Isaure, dont on monstre la sépulture[70] ; puis il conclut ainsi : « Qu’il nous suffise, que tous ces contes sont contes et rien de plus ; que quand tout le monde les tiendroit pour oracles, il ne seroit pas en son pouvoir de leur faire changer de nature ; et à l’opposite, que quand la vérité (opprimée par la tyrannie des prejugez, et bravée par la vanité des romans, et trahie par l’oubly, ou par la lascheté des hommes) auroit à se voir pour quelque temps mesconnue et desdaignée, ni sa solitude ne pourroit luy tourner à honte, ni l’effort de ses ennemis la faire decheoir de sa dignité, ni la belle apparence des fables causer de l’éclipse à sa divine lumière[71]… Vu donc qu’elle se trouve si évidente du costé des Auteurs, qui ont escrit entre les années 850 et 1050 de nostre Seigneur, que toutes leurs depositions s’accordans composent un corps bien ajusté, et proposent les evenements dont on dispute, avec une aussi grande clarté que s’ils en avoient tiré le crayon avec un ray (rayon) du soleil, et que les écrivains posterieurs sont pleins de contradictions et incomptabilitez, tant avec les antecedents qu’avec eux mêmes : il semble que leur opinion (de quelque longueur de cours qu’elle se puisse vanter) ne merite point de meilleur traitement, d’estre (par la commune voix de tous ceux qui se rendent dociles à la raison) condamnée au billon[72]. »

Les auteurs qui ont écrit pour démontrer la fausseté de l’histoire de la Papesse, en ont recherché l’origine, et ont allégué plusieurs conjectures, dont la plus raisonnable nous semble celle-ci. On a dit que le pape Jean VIII montra tant de lâcheté dans l’affaire de Photius, qu’on jugea qu’il devait être plutôt nommé femme qu’homme, dit Baronius[73]. Bellarmin veut que cette fable soit venue de ce qu’il courut un bruit qu’une femme avait été patriarche de Constantinople[74]. Allatius prétend qu’une certaine Thiota, qui s’érigea en prophétesse en Allemagne au IXe siècle, fut l’occasion du conte de la papesse Jeanne. Blondel, qui réfute ces conjectures et bien d’autres encore, relatives à la même fable, déclare que l’on ne doit point exercer son esprit en des enquestes inutiles pour un sujet qui n’en vaut pas la peine[75]. « Où en serions-nous, ajoute-t-il, s’il nous falloit deviner sur quoy se sont fondez les auteurs de tant de romans qui trouvent jusques à présent du crédit dans l’opinion du commun[76] ? » Il en rapporte plusieurs exemples. Nous ne croyons point qu’il ait raison de rejeter tout ce que l’on a conjecturé sur l’origine de la fable de la Papesse.

« J’oserai bien dire (c’est Bayle qui parle) que les protestants, qui ont tant crié contre Blondel, et qui l’ont considéré comme un faux frère, n’ont été ni équitables, ni bien éclairez sur les intérêts de leur parti. Il leur importe peu que cette femme ait existé ou qu’elle n’ait pas existé : un ministre, qui n’est pas des plus traitables (Jurieu), l’avoue. Ils ont pu objecter légitimement le conte de la Papesse pendant qu’il n’était pas réfuté. Ils n’en étaient pas les inventeurs ; ils le trouvaient dans plusieurs ouvrages composés par de bons papistes : mais depuis qu’il a été réfuté par des raisons très valables, ils ont dû l’abandonner… »

De tout ce qu’on vient de lire (et ce n’est pas la dixième partie de ce qui a été écrit), on peut donc hardiment conclure que la tradition de la papesse Jeanne est un mensonge flagrant.

Non seulement les catholiques, mais même les protestants ont réfuté victorieusement cette honteuse fable. Nous aurons lieu d’admirer, dans d’autres études de ce genre, l’unanimité avec laquelle les hérétiques ont souvent condamné des mensonges, qui eussent pourtant servi énergiquement leur cause, mais que la puissance de la vérité leur a fait combattre, contre leur intérêt même. Il était donné aux philosophes, aux libres penseurs et aux incrédules de notre temps de relever ces vieux mensonges et de tenter de les rajeunir. Mais, comme par le passé, et plus facilement encore que jadis, on les verra s’évanouir à la lumière du flambeau de la vérité, porté haut par ceux mêmes qui s’étaient déclarés ses plus grands ennemis.

___________

Charles BARTHELEMY, Erreurs et mensonges historiques, Série 1 : 1881

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3 commentaires sur “Le mythe de la Papesse Jeanne 3/3

  1. Pingback: Le mythe de la papesse Jeanne 2/3 | 'Yesus Kristus azu'

  2. MissLizzie
    20 juillet 2013

    Toute source venant d’un protestant est forcément fausse .

    Un Protestant MENT par nature !

    Cette religion est basée sur l’appel au mensonge.
    Il suffit de lire les écrits des Pères de la Réforme pour comprendre qu’ils exhortaient leurs fidèles à combattre la catholicisme par le mensonge et la calomnie .

  3. Pingback: La stupide légende de la « Papesse Jeanne » | Bibliothèque de combat

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