+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Galilée, martyr de l’inquisition ? 1/2

Depuis deux siècles que Galilée est mort, son nom n’a cessé, pour la plus grande partie du public, de figurer avec honneur parmi les génies incompris de leur époque, et persécutés par l’Inquisition, dont Galilée est, dit-on, une des plus glorieuses victimes.

Cependant, des réclamations contre ce mensonge historique se sont élevées avec force par une bouche protestante et impartiale. En 1784, Mallet du Pan, célèbre écrivain genevois, publia dans un recueil français, très en vogue [1], une réfutation complète des Mensonges imprimés au sujet de la persécution de Galilée ; tel est le titre de son travail. Nous allons laisser la parole à Mallet du Pan : une telle autorité ne saurait être un instant suspecte ou suspectée.

Qu’un préjugé historique ait vingt ans de crédit, il faudra des siècles pour le détruire, et souvent les siècles ne le détruiront pas. Intéresse-t-il des souverains heureux ou puissants ? les historiens, comme l’a observé M. Horace Walpole, au sujet de Richard III, serviront de témoins contre la vérité. S’il s’agit de doctrines, de partis, d’opinions de circonstance à faire prévaloir, les traditions d’erreurs deviendront presque inébranlables : elles reposent sur deux bases solides, l’enthousiasme et la crédulité.

L’un et l’autre ont trop influé sur la peinture des iniquités de l’Inquisition à Rome : au premier coup d’œil, il semble impossible de calomnier cet établissement ; cependant il faut l’excuser, sinon l’absoudre, d’une des plus graves offenses qu’il ait faites à la saine philosophie, savoir, de la condamnation de Galilée.

À entendre les récits pathétiques et les réflexions à ce sujet répétées dans mille ouvrages, le physicien toscan fut sacrifié à la barbarie de son siècle et à l’ineptie de la cour de Rome ; la cruauté se joignit à l’ignorance pour étouffer la physique à son berceau ; il ne tint pas aux inquisiteurs qu’une vérité fondamentale de l’astronomie ne fût ensevelie dans le cachot de son premier démonstrateur.

Cette opinion est un roman. Galilée ne fut point persécuté comme bon astronome, mais en qualité de mauvais théologien. On l’aurait laissé tranquillement faire marcher la terre, s’il ne se fût point mêlé d’expliquer la Bible. Ses découvertes lui donnèrent des ennemis, ses seules controverses des juges, sa pétulance des chagrins. Si cette vérité est un paradoxe, il a pour auteurs Galilée lui-même, dans ses Lettres manuscrites, Guichardin et le marquis Nicolini, ambassadeurs des grands-ducs à Rome, tous deux, ainsi que les Médicis, protecteurs, disciples, amis zélés du philosophe impérieux. Quant à la barbarie de cette époque, les barbares étaient le Tasse, l’Arioste, Machiavel, Bembo, Torricelli, Guichardin, Fra Paolo, etc.

En étudiant quelques instants la vie de Galilée, n’oublions pas ce mot si remarquable de Mallet du Pan, mot qui résume le mieux du monde la discussion relative au prétendu martyr de l’Inquisition : « Galilée ne fut point persécuté comme bon astronome, mais en qualité de mauvais théologien. »

À l’époque où parurent les lignes précitées, personne ne répondit au critique genevois, et depuis on pouvait penser que la science historique, au défaut de l’opinion publique, toujours lente à s’éclairer, ayant fait de notables progrès, une rectification basée sur de plus amples matériaux était devenue inutile, lorsqu’à la même date (en 1841) parurent deux ouvrages, l’un français, l’autre anglais, qui reproduisaient les vieilles imputations mensongères à l’endroit de Galilée et de l’Inquisition. Le premier de ces ouvrages est intitulé : Histoire des sciences mathématiques, par M. Libri, membre de l’Institut ; le second a pour titre : Les Martyrs de la science [2], par sir David Brewster, membre de l’Académie royale de Londres. C’est en présence de ces deux livres que M. de Falloux conçut l’idée d’une excellente biographie de Galilée [3], à laquelle nous empruntons quelques-uns de ses traits les plus saillants.

Galilée naquit à Pise le 15 février 1564. Ses premières années, comme celles de toutes les vives intelligences, qui prennent l’expérience pour base de leurs études, se passèrent à construire des machines et des instruments dont il s’amusait avec ses condisciples. Ce travail ne portait aucun préjudice à ses études régulières, dont le cercle était alors d’une immense étendue. Doué des plus remarquables facultés, animé d’une sublime émulation, Galilée partageait ses heures de loisir entre les distractions les plus élevées. Cependant, entre les professions libérales, la médecine était alors une des plus lucratives. Son père résolut de lui faire embrasser cette carrière, et le 5 novembre 1581, Galilée s’asseyait sur les bancs de l’université de sa ville natale. Mais, dès lors, et malgré les justes appréhensions de son père, Galilée délaissait l’art de guérir pour s’adonner avec passion aux sciences exactes. Vaincue par les signes manifestes dont Dieu marque les hautes vocations, la famille de Galilée le laissa suivre sa voie, et bientôt le jeune disciple de l’université devint professeur à son tour par l’entremise du cardinal Del Monte.

Dès l’âge de dix-huit ans, époque de son entrée à l’université, son antipathie innée pour la philosophie d’Aristote prit un libre développement. Comme le dit avec une profonde raison sir Brewster, l’apologiste de Galilée : « Oubliant que tout ici-bas est progressif et que les erreurs d’une génération, passées au crible de la discussion, font place à de nouvelles découvertes, Galilée ne prévoyait pas alors que ses propres théories et ses travaux incomplets seraient un jour aussi soumis à la loupe d’une critique sévère. Il commit donc une véritable faute en fustigeant sans pitié les préjugés de l’ignorance de ses adversaires. Quiconque a l’insigne bonheur de devancer son époque, ne doit pas trouver étrange que ses contemporains moins heureux restent en arrière. Les hommes ne sont pas nécessairement entêtés parce qu’ils s’attachent à des erreurs profondément enracinées et vénérables ; ils ne sont pas absolument stupides, parce qu’ils sont lents à comprendre et lents à embrasser de nouvelles vérités [4]»

« L’innovation, ajoute M. de Falloux [5], ne se présente pas toujours avec les signes d’une transition nécessaire, et souvent elle effraye au delà des bornes d’une prudence raisonnable. Les caractères timides, les esprits tardifs forment d’abord la majorité d’une agrégation d’hommes, même éclairés, en attendant qu’une passion les transporte ou qu’un éclair d’évidence les illumine. C’est cette masse contre laquelle se heurtait Galilée ; la résistance, en outre, n’était pas particulière aux hommes d’Église ni à l’Italie. La France et ses universités avaient donné les plus funestes exemples. Qu’on se rappelle les troubles de nos écoles presque semblables à des guerres civiles, et on conviendra que Galilée fut encore mieux traité que Ramus. »

Il faut observer enfin que Galilée n’était pas un simple mathématicien ; il cinglait à pleines voiles sur un océan plus orageux. Son œuvre s’appliquait clairement à la rénovation complète des bases de la philosophie, et ses découvertes astronomiques ont trop effacé, pour la postérité, ce côté saillant de son action.

« J’ai étudié plus d’années la philosophie (écrivait-il lui-même) que de mois la géométrie. »

La réputation de Galilée était déjà répandue au loin en Europe. L’archiduc Ferdinand, depuis empereur d’Allemagne, le landgrave de liesse et les seigneurs d’Alsace et de Mantoue honoraient ses cours de leur présence. Le prince Gustave-Adolphe de Suède voulut également recevoir de lui des leçons de mathématiques pendant son séjour en Italie.

De découverte en découverte, Galilée, qui avait, un des premiers en Italie, adopté le système de Copernic, relatif au mouvement de la terre, arriva à vouloir démontrer, par le témoignage de la théologie, ses propres idées à cet égard.

« Copernic avait traité le système du mouvement de la terre avec la simplicité et le sang-froid teutoniques. Il s’était bien gardé de faire intervenir dans cette hypothèse aucune allégation des Livres saints. Plus vif, plus dissertateur, plus amoureux de renommée, Galilée ne se contenta point d’adopter cette vérité physique, ni de l’établir dans ses leçons, il fit dégénérer sa théorie en dispute théologique ; c’était l’esprit du temps ; et l’un des plus grands génies de l’Italie s’échauffa pour mettre d’accord la Bible et la physique. »

Il composa divers mémoires manuscrits à ce sujet, moins hardis que singuliers. Ils alarmèrent les Jacobins, péripatéticiens et inquisiteurs ; à ce double titre ils virent de mauvais œil les concordances de Galilée, sans penser à lui en faire un crime…

« Galilée, fort de sa renommée, et désiré à Rome, y arriva en mars 1611. Il y démontra ses découvertes ; il fit observer les taches du soleil à la plupart des cardinaux, prélats et grands seigneurs ; il en repartit trois mois après. Les acclamations, les hommages, les fêtes ne l’avaient point quitté durant son séjour ; personne ne songea à l’accuser d’hérésie, et la pourpre romaine ne couvrait alors que ses admirateurs. Viviani, disciple et biographe de Galilée, c’est-à-dire son panégyriste, convient de cette gloire universelle : comment donc fut-elle troublée ? » se demande Mallet du Pan [6] , dont on vient de lire ce qui précède.

Pour conserver à cette discussion son caractère grave et éminemment impartial, nous nous bornerons au rôle modeste de citateur : c’est donc M. de Falloux qui va répondre.

« Le gant était… jeté aux théologiens, et malheureusement ceux qui le relevèrent ne crurent que trop qu’ils avaient la religion à défendre. L’Inquisition évoqua l’affaire…»

C’est dès la première intervention des inquisiteurs qu’il importe de bien préciser la position de ce tribunal, ainsi que la portée de ses actes en cette affaire. Un religieux dénonce un savant, d’autres religieux le jugent ; d’où l’on a conclu l’antagonisme de l’Église et de la science. C’est le contraire qui fut vrai. Les religieux n’épousent ici que trop les animosités, les préjugés, les vengeances académiques. Les moines occupent une grande place dans l’histoire de Galilée, non à titre de contradicteurs systématiques, mais parce que les monastères étaient alors le foyer le plus ardent des préoccupations et des controverses scientifiques ; et le même homme qu’accusaient des Dominicains et des Jésuites se trouva en même temps défendu par des Jésuites et des Dominicains [7]

Les impressions défavorables à Galilée n’étaient pas bien dangereuses, puisque sa seule présence les dissipa. On lui prodigua les mêmes témoignages d’estime et d’amitié. Après ce triomphe, il ne lui restait plus qu’à revenir à Florence, qu’à jouir de la liberté philosophique qu’on lui accordait, qu’à développer son système par les preuves physiques et mathématiques, sans les étayer de discussions très étrangères au progrès des sciences. Le cardinal Del Monte, et divers membres du saint office, lui avaient tracé le cercle de prudence où il devait se renfermer. Son ardeur, sa vanité l’emportèrent. Il voulut que l’Inquisition pensât comme lui sur des passages de l’Écriture. « Il exigea, dit Guichardin [8], que le pape et le saint office déclarassent le système de Copernic fondé sur la Bible ; il assiégea les antichambres de la cour et les palais des cardinaux ; il répandit mémoires sur mémoires….. Galilée a fait plus de cas de son opinion que de celle de ses amis….. Après avoir persécuté et lassé plusieurs cardinaux, il s’est jeté à la tête du cardinal Orsini. Celui-ci, sans trop de prudence, a pressé vivement Sa Sainteté d’adhérer aux désirs de Galilée. Le Pape, fatigué, a rompu la conversation, et il a arrêté avec le cardinal Bellarmin que la controverse de Galilée serait jugée dans une congrégation le 2 mars….. Galilée met un extrême emportement en tout ceci ; et il n’a ni la force, ni la sagesse de le surmonter….. »

Suite…

__________

  • [1] Le Mercure de France. 1684, juillet, t. III, p. 181 à 130.
  • [2] Voici le titre, passablement long, de l’ouvrage anglais : The Martyrs of Science, or the lives of Galileo, Tycho Brahe and Kepler, by sir David Brewster, principal of the United college of Saint-Salvator and Saint-Leonard, Saint-Andrews ; fellow of the Royal Society of London ; vice-president of the Royal Society of Edinburgh ; corresponding member of the Institute of France, and member of the Academies of Saint-Petersburg, Stockholm, Berlin, etc., etc.
  • [3] Dans le Correspondant, 1847, p. 481 à 520.
  • [4] Page 8.
  • [5] Pages 487 et 488.
  • [6] Pages 122 et 123, l. c. sup.
  • [7] Pages 500 et 501.
  • [8] Dépêches de Guichardin, du 4 mars 1616

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9 commentaires sur “Galilée, martyr de l’inquisition ? 1/2

  1. scaletrans
    22 juin 2013

    Galilée est mort vers 1645, soit il y a trois siècles et demi. Faites attention car ce genre d’erreurs décrédibilise des articles par ailleurs bien faits.

    • Yesus Kristus azu
      22 juin 2013

      Sauf si l’article en question date du XIX è siècle ! Puisqu’en effet, il s’agit ici d’une réflexion de l’abbé Barthélémy charles !

  2. Pingback: L’Inquisition pour les nuls | Experimenter

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    En écrivant son premier ouvrage ENTRE GALILÉE ET L’ÉGLISE : LA BIBLE, l’auteur a mis en évidence, au moyen d’une étude sémantique approfondie, que les découvertes scientifiques de Galilée – soleil ne tournant pas autour de la terre – étaient en parfait accord avec les Textes Originaux de la Bible, mais en désaccord avec leurs traductions.
    Cette réalité, qu’on ne saurait placer sous le boisseau, fait des Textes hébreux et grecs un témoin et défenseur de Galilée de premier plan.
    Absents du procès du savant, ils ont fait dire à Spicace, l’un des personnages de ce second livre quelque peu romancé, que « les absents n’ont pas toujours tort.»

    Ce dialogue montrera que l’Homme se complaît, comme par le passé, à rester dans ses traditions et à rejeter la Vérité. Mais, cette Vérité, ne finit-elle pas toujours par triompher ?

    Bible et Science. Création ou évolution ?
    Quelques réflexions

    Chapitres
    1. Introduction : Création ou évolution ?
    2. Créationnistes, évolutionnistes, ou querelle entre religieux et non religieux
    3. L’évolutionnisme : Lamarck et Darwin
    4. Les girafes
    5. L’homme n’a pu se grandir
    6. Canins et bovins
    7. L’homme descendrait du singe !
    8. Et Dieu cria…
    9. Les jours de la création de la Genèse
    10. Vénus et les autres planètes
    11. L’écriture
    12. Conclusion

    Chaque chrétien devrait se sentir concerné par les sujets traités.
    À votre disposition pour répondre à toute question concernant ces ouvrages d’importance.
    Bien amicalement,

    Joël Col.

    • L'Aquinate
      6 décembre 2013

      Bonjour,

      Merci pour ce bon coup de publicité !

      Merci de vous être arrêté sur ce blog.

      • Joël Col
        7 décembre 2013

        Je vous remercie d’avoir relayé cette information. Elle s’adresse à tous ceux qui sont en quête de vérité.
        À votre disposition pour répondre à toute question.
        Cordialement,

        Joël Col.

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  5. Pingback: La vérité sur l’Inquisition, les cathares, Giordano Bruno, l’affaire Galilée et la saint Barthélémy! | +++Yesus Kristus azu+++

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