+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La foi et les oeuvres : Paul face à Jacques

Par Jean Baptiste

Depuis l’époque de la Réforme et de la « justification par la foi seule » qu’elle a créée, les discussions vont bon train entre catholiques et protestants au sujet de la justification ! L’Église est claire sur ce point : c’est la grâce seule qui sauve ! Cependant nous devons coopérer à cette grâce par nos oeuvres : la foi premièrement, et la vie de la charité (autrement dit, les oeuvres de la foi) !

Dans la « controverse sur le salut » Paul est préférentiellement cité côté protestant, et Jacques côté catholique :

Paul pour tenter de prouver que « seule la foi justifie », ce que la Bible ne dit jamais (c’est le mot « seule » que nous contestons).

Et Jacques, côté catholique comme antithèse au mot « seule », puisqu’il écrit que : « la foi sans les oeuvres est stérile ! » (Jc 2, 20)

On voit même parfois d’outrageuses désinformations de la part de certains fondamentalistes qui affirment aux catholiques mal informés de leur propre foi, que le catholicisme enseigne que le salut s’obtient « par les oeuvres » : ils pensent que si on ne croit pas au salut par la foi seule, alors on croit au salut par les oeuvres ! Sauf que cela ne résume pas toutes les possibilité existantes, ni l’enseignement de la Bible.

Car cette formulation du salut par les oeuvres n’a jamais été catholique et est – par exemple – fermement condamnée par le concile de Trente, qui dit : « Si quelqu’un dit, qu’un homme peut être justifié devant Dieu par ses propres œuvres, faites seulement selon les lumières de la Nature, ou selon les préceptes de la Loi, sans la grâce de Dieu méritée par Jésus Christ : Qu’il soit Anathème.«  Nous croyons au salut par la foi, mais la foi nécessite les oeuvres qui vont avec ! Qu’on repense à l’Évangile de Matthieu et à Jésus disant : « Ce n’est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, qui entre dans le Royaume de Dieu , mais celui qui fait la volonté de mon Père du Ciel » (Matt 7, 21).

Peut-on faire dire à Paul que le salut s’obtient par la foi seule ? Non, cela le ferait contredire Jacques directement et surtout enseigner ce qu’il n’écrit pas ! Mais nous l’avons vu, la dialectique est faussée : ce n’est pas le salut par la foi seule contre le salut par les oeuvres !

Ni Paul, ni Jacques n’entrent dans cette simplification erronée des fondamentalistes. Cherchons donc à travers ces deux épîtres ce que l’une et l’autre enseignent et pourquoi !

Contextes : Immédiatement, nous sommes frappés d’une chose : Paul et Jacques ne s’adressent pas aux mêmes populations : les gens auxquels ils écrivent pour les enseigner ont des cultures, des problématiques et des « travers » différents. C’est bien à des questions très différentes que chacun essaye de répondre.

Cela impliquera que Paul et Jacques ne viseront pas le même « moment » du salut dans leurs épîtres :

Ceux auxquels Jacques s’adresse croient manifestement qu’il suffit d’avoir la foi pour être sauvés. Il va donc s’employer à les détromper ! Ceux à qui Paul s’adresse croient – comme s’ils étaient encore sous l’Ancienne Loi – que leur salut de leurs propres oeuvres, par l’observation de la Loi. Paul s’efforcera là aussi de rectifier le tir.

Outre les assemblées différentes auxquelles ils s’adressent, Paul et Jacques sont eux-mêmes très différents : des différences culturelles qui conditionneront leur manière d’expliquer les choses ! : Jacques est « Nourri de tradition biblique, il est si parfaitement au courant de la pensée et de la pratique synagogales que son origine juive ne fait aucun doute ». Il est traditionnellement vu comme le chef de file des judéo-chrétiens, très proches des racines juives du christianisme. Paul, est l’homme cosmopolite : originaire de Tarse (qui avait eu un statut privilégié à l’époque hellénistique), juif fervent et citoyen romain, devenu chrétien. Il est l’homme de la croisée des cultures gréco-romaine et judéo-chrétienne.

Notons enfin, qu’il est plus que probable que Paul avait connaissance de l’épître de Jacques quand il écrivit son épître aux Romains, dont Luther se servit abondamment pour justifier sa doctrine du salut par la foi seule !

Cela nous fait arriver directement dans le vif du sujet :

« Jacques, comme tout Rabbi sait que la foi sans les oeuvres est inutile. » Et il le rappelle à maintes reprises et sous diverses formes dans son épître. Par le mot « oeuvres », Jacques désigne évidemment les oeuvres de l’amour (que nous appellerons indifféremment, oeuvres de la foi). Il ne se doutait pas qu’il allait inquiéter Paul qui donne une autre signification à ce mot : pour lui « oeuvres » signifie les « oeuvres de la loi »!

Philippe Rolland résume fort bien les choses :

« Paul ne contredit pas Jacques. Il ne dit pas qu’on est « justifié sans les oeuvres », mais qu’on est « justifié sans les oeuvres de la loi ». Tout le discours de Paul s’attache à démontrer que ce n’est pas la loi qui justifie. La foi n’est pas opposée aux oeuvres qui accompagnent la foi, comme chez Jacques, mais aux oeuvres de la loi, par lesquelles selon lui, les juifs veulent « établir leur propre justice » (Rm10, 3; cf.Ph.3, 9), c’est-à-dire faire de Dieu le simple spectateur de leurs mérites, en réclamant leur salaire comme un dû (Rm4,4). Ce qui importe à Paul, c’est de maintenir que nous sommes justifiés « gratuitement par sa grâce » (Rm 3, 24). Cette problématique est totalement ignorée de Jacques.

Paul ne nie évidemment pas que la foi doive produire des oeuvres bonnes. Il ne peut contredire ce qu’il avait d’abord écrit : « Quand j’aurais toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13, 2); ou renier sa magnifique formule de Galates : « Ce qui compte, c’est la foi mise en oeuvre par l’amour » (Ga 5, 6).

Il faut bien comprendre la différence de perspective entre Jacques et Paul. Jacques est préoccupé de ce que certains chrétiens puissent s’imaginer qu’ils seront sauvés par la foi sans les oeuvres. Jacques ne fait pas de distinction entre être « sauvé » (Jc 2,14) et être « justifié » (Jc 2,21.24.25). Pour Jacques, comme pour toute la tradition biblique, le « juste » est dans la voie du salut : c’est un saint, un « ami de Dieu » (Jc 2, 23; cf.Jc 5, 6.16). Au contraire pour Paul, la justification et le salut sont deux étapes différentes du dessein de Dieu sur nous : « Quand nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. Combien plus maintenant, justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère ! Car si, étant ennemis , nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, combien plus, étant réconciliés, serons- nous sauvés par sa vie » (Rm 5, 8-10). Pour Paul, la « justification » équivaut à la « réconciliation », préalable à la « sanctification » dont la « vie éternelle » est le fruit (Rm 6, 22).

Paul connaît mieux que Jacques la langue grecque de la Bible. Dans la Septante, le verbe « justifier » est un terme judiciaire : il s’agit de « déclarer innocent » un accusé (Exode 23, 7; Isaïe 5, 23). Quand la Bible dit : « Tu ne justifieras pas le coupable », elle ne veut évidemment pas dire : « Tu ne rendras pas juste un coupable », mais : » Tu ne l’acquitteras pas ». Chez Jacques, « justifier » signifie « rendre juste », mais chez Paul cela signifie « pardonner », « réconcilier », « innocenter », « acquitter ». Paul est inquiet de la formulation malhabile de Jacques : elle pourrait laisser entendre que, quand Dieu nous justifie, il ne nous considère pas encore comme ses amis, il attend que nous le lui prouvions. Aussi lève-t-il tout ambiguïté : « Étant justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu » (Rom5,1)[1]

Illustration

Cette différence d’approche et de but de la démonstration se retrouve dans la manière dont l’un et l’autre se servent de l’exemple d’Abraham ! Plus encore, elle illustre la complémentarité des deux points de vue et le « moment » de la vie de la foi que chacun a en vu dans son discours !

Résumons d’abord, pour mieux la mettre à jour cette complémentarité :

L’homme ne saurait être justifié par lui-même, par la pratique de la loi : il a besoin de Dieu, de sa grâce : le salut ne vient pas de ses oeuvres mais de Dieu. Par la foi, l’homme entre dans le monde de la grâce et obtient la justification qui est l’entrée sur le chemin du salut. Mais l’homme ne peut en rester là : la vie en Dieu implique d’être un nouvel être, avec un nouveau comportement : plus d’œuvres de ténèbres, mais des oeuvres de lumière ! Pour que sa foi soit une foi qui sauve, elle doit s’incarner, tout comme le Verbe s’est incarné : sinon, elle reste une pure vue de l’esprit !

Commençons par le début : l’homme pas justifié par les oeuvres.

La Bible inscrit : « Que dire alors d’Abraham, notre ancêtre selon la chair. S’il tient sa justice des oeuvres, il a de quoi se glorifier. Mais non au regard de Dieu. Que dit en effet l’Écriture : ‘Abraham cru à Dieu et cela lui fut compté comme justice’. (…) Nous disons en effet que la foi d’Abraham lui fut compté comme justice. Comment donc lui fut-elle comptée ? Quand il était circoncis où avant qu’il le fut ? Non, pas après, mais avant; et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu’il possédait quand il était incirconcis » (Rm 4, 1-2; 9-11).

Conclusion : c’est avant d’avoir pratiqué des oeuvres de justice qu’Abraham fut justifié ! C’est parce qu’il crut et eut confiance en Dieu que Dieu le revêtit de justice ! Nous voyons bien que les oeuvres dont il est question ici sont les oeuvres de la Loi, puisque la référence est faite à la circoncision ! Nous découvrons aussi l’importance de la foi.

Mais poursuivons avec Jacques :

« Abraham notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres quand il offrit Isaac son fils, sur l’autel : tu le vois, la foi coopérait à ses oeuvres et par les oeuvres, sa foi fut rendue parfaite » (Jc 2, 21-22)

Or de quelles oeuvres est-il question ici ? Pas d’ oeuvres de la Loi, car le sacrifice d’un fils n’en fait pas partie ! Mais d’œuvres la foi, car c’est par la foi qu’Abraham crut en Dieu et par elle qu’il accepta de lui offrir son unique enfant, sachant que Dieu pourvoirait pour le sacrifice ! C’est exactement ce que dit Paul ailleurs : « Par la foi, Abraham mis à l’épreuve, a offert son fils Isaac, son fils unique » (Hébreux 11,17) [on peut lire avec profit Hébreux 11 en entier ici].

En réalité, dans l’optique chrétienne, foi et oeuvres de la foi (c’est-à-dire une vie transformée par Jésus Christ) sont indissociables ! Tout cela, comme chez Jacques est un tout qui concourt au même but ; le salut est une voie à suivre, un chemin à emprunter : le Christ vivant. Les promoteurs du « salut par la foi seule » sont d’ailleurs souvent par leur comportement, d’admirables chrétiens remplis de zèle pour le Seigneur et de charité pour leur prochain ! Comme quoi dans leur vie quotidienne, ils ne s’opposent pas aux oeuvres de la foi, aux oeuvres de la charité !

Ce qui prouve la foi d’Abraham, ce qui la rend efficace et opérante, c’est qu’elle s’incarne, qu’elle agit par la charité, comme le dit si bien Paul en Galates : « Ce qui compte, c’est la foi mise en oeuvre par l’amour » (Ga 5, 6).

Ainsi, nous voyons que les oeuvres de la foi (qui est la Charité, c’est-à-dire un don de Dieu elle aussi) sont indispensables au salut : « Si j’avais toute la foi, jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13, 2).

Et les oeuvres de la foi, cette fameuse charité, cela n’est pas seulement aimer son prochain, c’est aussi aimer Dieu ; D’où l’importance des moyens de salut que Jésus a donné à son Église afin de persévérer jusqu’au bout et d’obtenir en héritage la vie éternelle ; celui qui croit que seule la foi sauve annule purement et simplement les paroles du Maître ! “Maître, que dois-je faire pour obtenir en héritage la vie éternelle ? ». Il lui dit : « Dans la loi, qu’y a-t-il d’écrit? Comment lis-tu ? » Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et de tout ton esprit; et ton prochain comme toi-même. » Et Jésus lui répondit : « Tu as bien répondu : fais cela et tu vivras.«  Luc 10:25-28; voir encore Matthieu 19, 16-17; Jean 5, 24…

En résumé :

Paul et Jacques, bien loin de se contredire, balisent l’itinéraire qui est celui du salut. Cet « itinéraire » est celui qu’enseigne l’Église catholique depuis toujours. Cet itinéraire commence avec la foi en Dieu , mais se continue dans la poursuite de Ses chemins !

Nous pouvons ergoter sans cesse, objecter verset après verset, discuter en détail chaque interprétation que l’Église fait de l’Écriture, mais nous en reviendrons à cela : elle seule interprète authentiquement et de manière infaillible les Écritures ! C’est pour cela qu’elle est là; C’est un des mandats qu’elle a reçu du Christ : « De toutes les nations, faites des disciples… Apprenez-leur à observer tous les commandements que je vous ai prescrits » (Matt 28,19-20).

Car finalement, la Parole est simple à comprendre ; Méfions-nous de ceux qui ne cessent de citer Paul (dont Pierre lui-même dit qu’il est parfois obscur dans ses lettres) afin de détourner quelques catholiques de l’Église. Encore une fois, quoi de plus simple à comprendre que la Parole de Jésus lui-même : « Ce n’est pas celui qui dit « Seigneur, Seigneur », qui entre dans le Royaume de Dieu , mais celui qui fait la volonté de mon Père du Ciel » (Matt 7,21).

Conclusion :

Ami qui êtes dans le doute, ne prenez pas le risque de vous fourvoyer ! Si vous vous posez des questions, demandez, examinez à fond tous les tenants et les aboutissants;

Quand vous aurez compris que – encore et encore – l’Église a raison, faites enfin un saut dans la foi : et faîtes-lui confiance définitivement , car les portes de l’Hadès ne prévaudront pas sur elle . Et ça, c’est une promesse de Jésus Christ dans la Bible ! Et son esprit n’est pas incapable de réaliser une telle chose.

Alors seulement vous commencerez à goûter en profondeur les richesses que le Christ a déposées dans l’Église.

Dieu vous bénisse.

Texte tiré sur le site vivre pour la Vérité

________________

[1] Rolland Ph, La succession apostolique dans le Nouveau Testament, Éditions de Paris (1997)

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5 commentaires sur “La foi et les oeuvres : Paul face à Jacques

  1. dina01
    4 juin 2013

    Question : Est ce que quelqu’un qui est plus proche de Dieu, comme un prêtre, une sœur, ou le Pape, à plus d’influence auprès de Dieu, et de Jésus , qu’un fidèle? Quelqu’un m’a posée cette question, et je ne sais pas quoi lui répondre. Pourriez vous m’aider à y répondre. Merci de votre aide.

    • Yesus Kristus azu
      5 juin 2013

      Et vous, qu’en pensez-vous d’abord ? Vous devz quand même avoir une opinion sur le sujet…

    • bigsam68
      5 juin 2013

      Il est évident que l’intercession d’une créature qui se trouve dans une profonde union avec le Christ sera plus efficace que l’intercession de quelqu’un qui se trouve loin de Dieu. En revanche, il n’est pas nécessaire d’être prêtre ou religieux pour vivre dans l’amitié de Dieu. L’exemple le plus frappant est celui de la sainte Vierge qui était ce qu’on appelerait aujourd’hui une laic, une mère de famille, une humble fille d’Israel, mais aucun prêtre ni aucun pape n’a jamais été plus proche du Christ que cette jeune femme juive. Qui pourrait nous apprendre mieux que Marie à porter la vie du Seigneur en nous elle qui a porté en son sein Celui qui porte tout ?

      Par contre, un prêtre ou un moine n’est pas automatiquement plus proche de Dieu et il doit lui aussi cultiver sa vie intérieure par l’oraison et la méditation autrement il se déssèche et son ministère ne porte pas de fruit. Et jai envie de dire que ceux qui ont reçu du Christ la charge de conduire l’Eglise ont eux aussi besoin que nous les soutenons dans la prière car le combat spirituel nous concerne tous!

      Ceux qui sont plus avancés spirituellement que d’autres (prêtres ou non) peuvent effectivement apporter plus à ceux qui sont moins avancés, ceux qui sont debouts peuvent relever ceux qui sont tombés, ceux qui ont vie de prière féconde peuvent redonner le gout du dialogue avec Dieu à ceux qui l’ont perdus, etc. Bien évidemment Dieu entend la prière de tous ses enfants et Il nous appelle tous à nous rapprocher de Lui car Il nous aime d’un amour infini.

      Fraternellement, Sam

      • L'Apôtre des protestants
        13 avril 2014

        Eh bien Sam, la prière d’une personne consacrée a plus d’influence si c’est une sainte personne.

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