+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’univers ne s’est pas auto-créé !

Lorsque nous ouvrons les yeux sur le monde, la première chose que nous percevons, la plus immédiate, c’est notre propre être. Nous voyons, nous nous entendons, nous respirons, nous pensons… sans que nous ne soyons pour rien dans toutes ces opérations.

L’aspect de notre visage, notre corps, notre intelligence, toute notre intériorité,… tout cela constitue pour nous une surprise. A telle enseigne que nous ne cessons de nous découvrir nous-mêmes au fil du temps. Notre expérience de la vie nous découvre ainsi des talents, cachés au fond de nous, que nous développons par le travail, après les avoir repérés, discernés. Ce n’est pas nous qui choisissons nos talents ; nos talents sont déjà en nous, avant même que nous les apercevions – ils habitent notre être. Nous avons simplement le pouvoir de les laisser enfouis, ou de les faire s’épanouir. A nous incombe la responsabilité de devenir… ce que nous sommes.

Notre être est un mystère : l’homme qui s’interroge sur le sens de sa vie – qui se pose les grandes questions de la Sagesse humaine -, qui recherche la vérité ultime de son existence, doit s’efforcer de penser correctement s’il veut avoir quelque espoir de trouver réponse à ses interrogations. Qu’est-ce que penser correctement ? c’est penser à partir du réel objectif extérieur à soi-même, et non à partir de sa propre subjectivité, de ses propres conceptions. Si nous avions l’intelligence innée de tout le réel, cela se saurait : nous n’aurions pas besoin d’aller à l’école, de recevoir de nos maîtres un quelconque enseignement. Nous aurions tout en nous-mêmes pour connaître la vérité sur toute chose – il suffirait de s’enfermer en soi-même et de réfléchir. Le chemin qui conduit l’homme à la connaissance – et à la vérité -, l’unique chemin, c’est la réalité objective qui m’environne, dans laquelle je m’inscris, qui existait avant moi et qui perdurera après moi. C’est elle que je dois explorer et apprendre à découvrir ; c’est en elle que je dois chercher les réponses à mes questions existentielles ; c’est sur elle que je dois fonder mes théories – pour qu’elles aient quelque chance d’être vraies. Le réel objectif : l’unique maître du chercheur de vérité – le seul auquel il doit se soumettre. Le laboratoire du philosophe. Ce réel objectif, quel est-il ?

C’est bien sûr tout ce qui m’entoure : ma famille, mes amis, ma maison, mon jardin, mon quartier, ma ville, mon pays, la planète où je vis, le système solaire où elle se situe, la galaxie dont il fait partie, l’univers entier. Et c’est aussi ce que je perçois le plus immédiatement : moi-même. Mon corps, mes sentiments, ma pensée.

La première chose qui nous frappe lorsque l’on considère la réalité objective (l’univers, et soi-même) : c’est que nous la rencontrons sans trop savoir au fond ce qu’elle est. Elle est comme une étrangère pour nous. Si familière – nous en faisons l’expérience quotidienne – et pourtant si méconnue : nous ignorons fondamentalement ce qu’elle est. Et pour cause : nous ne l’avons pas inventée – nous la recevons comme un don. Nous naissons dans un univers qui nous pré-existait – dont nous ne sommes pas les auteurs, et qui s’impose à nous comme un fait, un donné. Et ce que nous sommes nous-mêmes, nous ne l’avons pas décidé – nous le « subissons » en quelques sortes, nous le recevons. Comme un cadeau fait à un enfant, que celui-ci tourne et retourne avec étonnement.

« Notre existence, notre nature, notre propre corps, et notre âme, sont pour nous une surprise et un sujet inépuisable d’étonnement. Les biologistes font l’analyse de la structure de notre organisme, et nous n’en sommes encore qu’à la première découverte de ce mystère qu’est pour nous notre propre organisme. Et notre âme, notre psychologie, nos tendances, sont pour nous tout aussi mystérieuses. Il faudra le long travail de la science pour nous découvrir à nous-mêmes qui nous sommes. Notre existence, le battement de notre coeur, le chimisme de notre respiration et cette bouchée que nous avalons et qui se transforme en nous-mêmes sans nous, notre pensée elle-même qui sourd comme une fontaine et dont la source est inconnue, tout cela est pour nous mystère. Nous sommes à nous-mêmes mystère (…) Tout est donné en nous : l’être, la vie, le battement de notre coeur, et même cette pensée que je pense et qui me vient d’un lieu que je ne connais pas, d’une profondeur que je n’ai pas sondée. Tout ce pouvoir qui est en moi, ce mouvement, cette force, cette puissance d’agir et de concevoir, ce n’est pas moi qui les ai mises en moi. Je suis né, et j’ai reçu. La vie, la pensée, comme le mouvement et l’agir, sont pour l’homme reçus. »[1]

La question qui vient spontanément à l’esprit, dans cette contemplation de mon être et de l’univers, est naturellement celle de la source de ce don que je suis pour moi-même et de cet univers au sein duquel je suis né. Nous constatons donc que notre être est un mystère ! Il est pour nous un donné, quelque chose que nous avons reçu. Nous ne sommes pour rien dans ce que nous sommes. Ce n’est pas nous qui avons demandé à exister, à être ce que nous sommes. Ce n’est pas nous qui avons écrit le message de notre ADN. Notre vie est un cadeau ; et un cadeau d’autant plus inestimable qu’il était infiniment improbable lorsque l’aventure de la vie commença sur la terre.

Lorsque je détourne maintenant mon attention de moi-même pour la fixer sur la réalité qui m’environne, je vois un monde qui est incapable, lui aussi, de rendre compte de sa propre existence. Il en est incapable, bien sûr, parce qu’il ne parle pas. Mais l’homme que je suis, lui, est capable de le penser et de parler en son nom. Et l’homme que je suis est capable de voir que tout ce qui existe dans l’univers a reçu – comme moi-même – le don de l’être, avec toutes ses facultés extraordinaires (de développement, d’évolution) qui le construisent dans le temps.

L’Univers est mû par des forces dont il n’a pas conscience et dont il ne s’est pas pourvu lui-même ; il est régi par des lois qu’il n’a pas écrites et qui le gouvernent – des lois dont il est l’instrument. Si l’univers avait une bouche pour parler, il manifesterait sans doute la même surprise que nous-mêmes, devant notre propre être : « Comment se fait-il que j’existe ? Je n’ai pas demandé à exister ! Je n’ai pas inventé les lois qui m’habitent! Je n’ai pas décidé de commencer à être, ni de devenir ce que je suis aujourd’hui. Tout ce que je suis, tout ce que j’ai, je l’ai reçu. Je ne peux qu’en prendre acte. » L’univers, comme chacun de nous, est né ; il croît, s’use et meurt de manière irréversible, sans que nous sachions pourquoi il en est ainsi. C’est de l’ordre, aussi, du mystère. C’est de l’ordre, aussi, du miracle : car un être est né – et quel être ! (l’univers) – sans que nous sachions pourquoi ; sans que nous en connaissions la cause fondamentale. La seule chose que nous pouvons dire avec certitude, semble-t-il, c’est que cet univers que nous voyons, qui nous est si familier et qui constitue la trame de notre existence la plus intime, la plus concrète, n’a pas pu se donner à lui-même l’existence – comme nous-mêmes nous ne nous sommes pas donnés à nous-mêmes l’existence.

Nous reportons sur l’univers tout entier ce que notre analyse nous a découvert pour une infime parcelle de l’Univers : nous-mêmes. Nous avons découvert que nous sommes à nous-mêmes comme un don, et que nous avons tout reçu. Il en est de même pour l’Univers tout entier. Cet animal qui ne parle pas n’est pas plus créateur de lui-même que nous ne le sommes. Cette chose, cet arbre, cette pierre, cet atome d’hydrogène, ne sont pas non plus créateurs d’eux-mêmes. L’Univers tout entier, qui se découvre à nos yeux progressivement, avec ses mondes, ses systèmes, ses galaxies, sa matière : rien ne nous permet de dire qu’il est lui-même créateur de lui-même, qu’il est responsable de son existence et de tout ce qu’il contient, entre autres choses de nous-mêmes. Rien ne nous permet d’en faire une sorte d’animal cosmique, comme le faisait Platon, et de décider que cet animal cosmique est un dieu… L’Univers n’est pas de lui-même créateur. Il est là, sous nos yeux, comme nous-mêmes nous sommes là. Et il reste toujours la question de cette existence et de sa justification. »[2]

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Source de l’article : Le blog de Claude TRESMONTANT

  • [1] TRESMONTANT Claude, Essai sur la connaissance de Dieu, cerf, 1959, pages 27-29
  • [2] TRESMONTANT Claude, Ibid., pages 31-32
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Un commentaire sur “L’univers ne s’est pas auto-créé !

  1. Sylvain
    19 mai 2013

    En tant qu’épistémologue je dis très bien à cet article de Tresmontant qui nous dit » Rien n’est de lui même, je rajoute, le seul étant est la relation qui fonde l’être.

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