+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Mgr Louis Gaston de Ségur : Sur le Bonheur

[…] Jamais je pense la France n’a été inondée de doctrines plus mensongères sur ce sujet. Des hommes coupabes ou égarés répandent de tous côtés, et par mille moyens que fournit la presse, des doctrines qui, flattant toutes les passions, pénètrent aisément dans l’esprit des populations. Ils veulent nous persuader que nous ne sommes sur la terre que pour jouir; que le bonheur consiste dans la prospérité matérielle, dans l’argent et dans les jouissances que procure l’argent. Quelques-uns, plus audacieux… ajoutent que, pour se procurer cet argent et ses jouissances, tous les moyens sont bons, et que, dût périr la société, dût périr la famille, dût périr la Religion, il faut que tout le monde arrive à ce parfait bonheur terrestre. L’Etat actuel de la société humaine est vicieux, disent-ils; il faut tout détruire, tout changer; il faut que la terre change de face; alors tout le monde sera heureux…

Cette doctrine, vous ne la connaissez que trop; c’est le COMMUNISME (On l’appelle encore Fouriérisme, Socialisme, Saint-Simonisme, etc. Le fond de ces systèmes est le même; quant à la morale, ils ne diffèrent que par des détails d’application peu essentiels. Pour les savants, cette doctrine s’appelle Panthéisme. La morale du Panthéisme est la même que celle du communisme. C’est le Communisme parlant latin et habillé en pédagogue et en pédant).

Je ne vous ferai pas l’injure de vous prouver que ce bonheur de jouissance est dégradant. Cela saute aux yeux. Ce qui nous distingue des bêtes, le bien, la vertu, le dévouement, l’ordre moral, il l’anéantit. L’homme ne diffère plus de son chien que par la peau et la figure; le bonheur est le même pour l’un comme pour l’autre, la SATISFACTION DE TOUS SES PENCHANTS, LA JOUISSANCE. Mais ce dont on n’est point assez convaincu, et ce sur quoi je veux appeler votre attention, c’est l’ impossibilité pratique de la doctrine communiste, l’ absurdité de son bonheur universel. Je voudrai vous faire toucher du doigt son opposition absolue avec la nature des choses, avec les faits existants, que nul ne peut changer; vous convaincre qu’elle n’est qu’un rêve, une dangereuse et ridicule utopie, et que sous des grands mots dont elle se pare, il n’y a rien.

S’il est un fait avéré, aussi clair que la lumière du soleil, c’est sans contredit la triste nécessité où nous sommes tous ici-bas de souffrir et de mourir (conséquence du péché originel)); c’est la condition (et la nature) humaine dans ce qui lui est essentiel sur la terre; c’est l’état où je suis, où vous êtes, où ont été nos pères, où seront nos enfants, d’où nul effort humain ne nous peut retirer. Y a-t-il, je le demande, ici-bas, et n’y aurait-il pas toujours, toujours et toujours, des maladies, des peines, des douleurs? Y a -t-il et n’y aura-t-il pas toujours des veuves et des orphelins ? des mères pleurant inconsolables devant le berceau vide de leur enfant ?… Y a-t-il et n’y aura-t-il pas toujours des conflits de caractères, des chocs de volonté, de déceptions profondes ? Rien pourra-t-il changer cet état de choses ? Une organisation nouvelle de la société, QUELLE QU’ELLE SOIT, empêchera-t-elle que nous ayons des maladies, des souffrances, des fluxions de poitrine, la fièvre, la goutte, le choléra ? que nous perdions ceux que nous aimons ?…. Empêchera-t-elle les intempéries si désastreuses des saisons; la rigueur du froid d’hiver, l’ardeur brûlante du soleil d’été ?… Empêchera-t-elle que l’homme n’ait des vices ? qu’il n’ait de l’orgueil, de l’égoïsme, de la violence, de la haine ? Empêchera-t-elle surtout de MOURIR ?… Et que devient en présence de ce fait, que devient, au milieu de tant de maux INÉVITABLES, cette jouissance constante, CE BONHEUR TERRESTRE PARFAIT que nous promet le COMMUNISME? – La seule approche de la maldie, du chagrin et de la mort, suffit pour l’anéantir!… Et ces terribles ennemis sont toujours à notre porte.

Donc, votre Communisme, votre Socialisme (appelez-le comme vous voudrez) est un rêve, une vaine utopie, CONTRAIRE A LA NATURE DES CHOSES [et de l’homme…] Donc, il se trompe, ou il me trompe, quand il me promet le bonheur sur la terre (l’homme est bon par nature, c’est la faute à la société disait Jean-Jacques Rousseau… Il faut donc la changer… Car c’est elle qui corrompt l’homme !), où il ne peut être, et, quand il le fait consister dans un état impossible de jouissances. Donc, il faut que je le cherche autre part; car il est quelque part, je le sais; la sagesse, la bonté, la puissance de Dieu m’en sont un sûr garant… Où donc ? – Là où me le montre le Christianisme: en germe sur la terre, en perfection dans le ciel. Le Christianisme, lui, s’accorde parfaitement avec le grand fait de notre condition mortelle. Il nous explique que le redoutable problème de la souffrance et de la mort. Il nous fait voir la punition du péché. Il nous montre, dans les peines inévitables de la vie, des afflictions passagères destinées, dans les desseins de notre Père céleste, à éprouver notre fidélité, à nous purifier de nos fautes, à nous rendre plus semblables à notre Sauveur crucifié, à nous faire mériter un plus grand bonheur dans l’éternelle Patrie !… Il prend l’homme tout entier et tel qu’il est; il tient compte des faits qu’oublie le Communisme (la dégradation originelle, la condamnation à la pénitence, la Rédemption de Jésus-Christ, la nécessité d’imiter le Sauveur pour avoir part à sa Rédemption, la vie éternelle qui nous attend, etc.). Il ne raisonne point en l’air, comme le Communisme, et sur des suppositions chimériques.

[…] La foi nous montre clairement la voie qui nous mène au bonheur, et à quel bonheur !… S’il fait tant pour l’âme, le christianisme… n’oublie pas le corps. Il le vénère comme le temple de cette âme immortelle qui est elle-même le temple vivant de Dieu. Il s’ingénie sans cesse à en soulager, à en guérir, à en prévenir même toutes les douleurs par ses institutions charitables, ses hospices, etc. Partout où sa voie est écoutée, la misère diminue, le riche devient l’ami, le frère, souvent le serviteur du pauvre. Il verse son superflu dans le sein des malheureux; et la pauvreté, si elle ne peut être détruite, devient du moins supportable. Le christianisme s’occupe du corps, non comme du principal et du maître… (ce serait un désordre), mais comme de l’accessoire et du compagnon. Il le conserve par la sobriété et la chasteté; il le sanctifie par le culte extérieur, par la réception des sacrements, et surtout par l’union au corps sacré de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Il recueille ses derniers soupirs; il l’accompagne avec honneur jusque dans sa demeure dernière; et, là encore, il ne lui dit point un éternel adieu !… Il sait qu’un jour, ce corps chrétien, purifié par le baptême de la mort, sortira radieux de sa poussière, ressuscitera dans la gloire, sera réuni à son âme, et goûtera avec elle, dans le Paradis, d’ineffables délices… Tel est le christianisme, il promet, il donne le bonheur. Il donne sur la terre ce qui est possible. S’il ne donne pas tout, c’est que tout ne doit pas, ne peut pas être donné ici-bas. Il appuie ses promesses des preuves les plus irréfragables. Ce qu’il n’a point, le Chrétien sait, est sûr qu’il l’aura un jour… Aussi tout vrai chrétien est HEUREUX. Il a des chagrins, des douleurs… il est impossible de n’en pas avoir; mais son coeur est toujours rempli, toujours calme et content.

Le communisme traite-t-il ainsi les pauvres égarés qu’il berce de ses chimères ? Il promet ce que nulle puissance humaine ne peut donner; il promet l’impossible… Il n’a point d’autres preuves que l’audacieuse affirmation de ses chefs ! et ses chefs sont-ils bien propres à inspirer confiance ? « Le monde sera heureux, disent-ils, quand tout y sera changé ! »  Oui; mais QUAND tout sera-t-il changé ? Si, comme nous croyons l’avoir prouvé, ce changement est CONTRAIRE A LA NATURE DES CHOSES, le monde court grand risque de ne jamais connaître le bonheur ! Le communisme fait comme ce perruquier gascon qui mettait sur son enseigne:  « Demain, ici on rase pour rien ». Demain restait toujours demain; et aujourd’hui n’arrivait jamais ! Le Communiste veut la récompense sans le travail; le Chrétien veut la récompense après le travail. L’un dit comme les mauvais ouvriers, l’autre comme les bons. Aussi tout fainéant, tout paresseux reçoit-il volontiers les doctrines du Communisme, et repousse-t-il instinctivement la voix de la Religion. Que notre France se garde donc de ces promesses ruses, mais séduisantes, dont ses ennemis remplissent leurs journaux, leurs romans, leurs pamphlets….. Qu’elle les repousse; qu’elle fasse justice, par son mépris, des hommes qui ne rougissent pas de proposer à leurs frères l’ignoble bonheur des bêtes, la jouissance ! Relevons la tête ! Ranimons notre foi engourdie; soyons, redevenons Chrétiens ! là seulement est le remède à nos maux. Instruisons-nous de cette religion catholique qui a créé la France ! pénétrons-en notre esprit, notre coeur, nos habitudes, nos institutions, nos lois !… Nous aurons le bonheur POSSIBLE en ce monde, et le bonheur PARFAIT dans l’autre ! Qui veut plus est un insensé. Qui n’aura ni l’un ni l’autre.

[…] Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est venu en ce monde pour nous rendre heureux en nous rendant bons, ne recommande-t-il rien tant que la prière: « Priez sans cesse , dit-il, et ne vous lassez point ». C’est-à-dire, habituez votre âme à penser à Dieu et à l’aimer par dessus toutes choses. La prière est le fond de la vie chrétienne. Priez donc, et de bon coeur; non point seulement de bouche, mais du fond de l’âme. Soyez fidèles, au commencement et à la fin du jour, à rendre au bon Dieu votre hommage filial. Priez dans vos peines; priez dans vos dangers; priez dans vos tentations. Priez après vos fautes, pour en obtenir le pardon. Priez dans les principales circonstances de votre vie. Mêlez la prière à vos actions journalières. Avec elle rien n’est petit devant Dieu; avec elle rien n’est perdu pour le Paradis. Vous serez purs et bons, si vous pratiquez la prière. Votre coeur sera dans la paix. Au milieu des misères de la vie, vous aurez cette joie intérieure qui en adoucit les amertumes; et quand le temps de votre épreuve sera terminé, vous recueillerez le fruit de votre fidélité. Bon et fidèle serviteur, vous dira Jésus-Christ, tu as été fidèle en de petites choses; je vais te récompenser avec de très-grandes… Entre dans la joie de ton Seigneur ! (Matthieu XXV)

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Mgr Louis Gaston de Ségur, Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion, Paris J. Lecoffre, 1851, p. 33-38; 125-126

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