+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Un canular sur Jules III

J’avais discuté avec un chrétien évangélique qui, lors de notre discussion,  avait sorti un texte ayant pour but de dézinguer le Catholicisme.  Si sûr de lui, ce dernier me lança ouvertement un défi sur ledit texte. Supposé être conservé à la bibliothèque nationale de France, le texte contient des conseils que des évêques auraient donné au pape Jules III lors de son élection en 1550. Voici le texte en question :

« La lecture de l’Évangile ne doit être permise que le moins possible surtout en langue moderne et dans les pays soumis à votre autorité. Le très peu qui est lu généralement à la messe devrait suffire et il faudrait défendre à quiconque d’en lire plus. Tant que le peuple se contentera de ce peu, vos intérêts prospéreront, mais dès l’instant qu’on voudra en lire plus, vos intérêts commenceront à en souffrir. Voilà le livre qui, plus qu’aucun autre, provoquera contre nous les rébellions, les tempêtes qui ont risqué de nous perdre. En effet, quiconque examine diligemment l’enseignement de la Bible et le compare à ce qui se passe dans nos Églises trouvera bien vite les contradictions et verra que nos enseignements s’écartent souvent de celui de la Bible et, plus souvent encore, s’opposent à celle-ci. Si le peuple se rend compte de ceci, il nous provoquera jusqu’à ce que tout soit révélé et alors nous deviendrons l’objet de la dérision et de la haine universelles. Il est donc nécessaire que la Bible soit enlevée et dérobée des mains du peuple avec zèle, toutefois sans provoquer de tumulte » [Feuille Bibliothèque nationale 1089. Volume II. page 641-650 – références Fond Latin n°12558 – Année 1550]

Le défi de l’évangélique aurait eut lieu si et et seulement si le document qu’il avait cité était un vrai : rien d’autre qu’un canular fondamentaliste ; utilisé aussi bien par les fondamentalistes que les témoins de Jéhovah contre le catholicisme. Si vous copiez ce texte dans le moteur de recherche Google, vous tombez sur des centaines de sites, accusant le Catholicisme d’être faussaire. Parmi les sites qui n’hésitent pas à colporter ce mensonge n retrouve le site « Vox dei » par exemple. Remarquons que « vox dei » signifie « voie de Dieu » ; si seulement ils savaient ce qu’est la voie de Dieu… elle n’est aucunement celle du mensonge ! Le document est aussi cité par le site un poisson dans le net ou devrions-nous dire un poison dans le net… Il est vrai qu’en parlant de mensonges, j’y vais un peu fort, on parlerait dans ce cas précis de crasse ignorance : vous savez, c’est très simple : une fois que le document a été mis sur le web, les sites se le sont partagés ! Ou ils ont tous procédé à un copié/collé sans qu’aucun d’eux ne soumette ce texte à un quelque examen qui soit. Il est tellement plus facile de calomnier. Classons donc cela sous l’égide de la crasse ignorance, qui, après tout, engendre le mensonge par omission et la sottise.

Revenons au texte. Qu’est-ce ? un faux historique ! L’auteur, Pier Paolo Vergerio fut un évêque catholique qui, après avoir été destitué de l’épiscopat, en 1549, fuit en pays protestant, adhéra à la Réforme et se distingua ensuite par la production de nombreux écrits contre l’Église Catholique sous forme de satires : des récits de fiction ! Là, il avait fait fort ! Il voulait certainement dénoncé l’Eglise, mais s’y est pris en la diffamant : mauvais choix ! Le document en latin se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.  Celle-ci reçoit souvent des demandes concernant l’authenticité de ce document (quand même !) La note qui accompagne le livre mentionne ceci :« Quoique n’étant que partiellement consacré à la lecture de la Bible, le texte de Vergerio a été fréquemment utilisé dans les polémiques entre protestants et catholiques sur ce sujet, même après que la critique avait été faite par de nombreux théologiens »[1] Et, suite à une récente demande d’information, la Bibliothèque envoya la lettre suivante dans laquelle il est dit clairement :

Le texte que vous cherchez est une critique à caractère satirique de la papauté publiée en 1553 sous le titre de Consilium quorundam episcoporum Bononiae congregatorum quod de ratione stabilendae Romane ecclesiae Julio III P.M. datum est. Son auteur, Paolo Pietro Vergerio (1498-1565) évêque de Modrusch, puis de Capo d’Istria, qui passa ensuite à la Réforme vers 1549, y met en scène trois évêques conseillant le pape Jules III sur la manière de rétablir l’autorité pontificale. Parmi ces conseils, figurent l’introduction de nouvelles cérémonies fastueuses minutieusement décrites ainsi que de la destruction des bibles traduites en langue vivante. Ce texte fait partie des nombreux opuscules publiés par Vergerio lors de la violente polémique qui l’opposa à la papauté après sa rupture avec l’Église catholique (voir l’étude de Friedrich Hubert(…) 1893). Il a ensuite été utilisé dans les nombreux débats opposant catholiques et protestants. C’est ainsi que des extraits plus ou moins altérés de la traduction française connus sous le titre de Lettre des trois évêques, ont été publiées [2]

Il est également intéressant de relever que des experts qui font de l’analyse linguistique ayant enquêté sur ce document démontrent que ce dernier possède de nombreuses erreurs linguistiques dans la langue latine employée à l’époque. Des erreurs que seule une personne maîtrisant mal la langue latine pouvait faire. Il ne pourrait donc pas être daté exactement de l’année 1550, et surtout pas avoir été émis par l’Église, année 1550 que lui attribut les fondamentalistes à cause de l’élection du pape Jules III à la papauté. Ce qui corrobore ce que nous savons de son origine douteuse.

Dès 1546, donc quatre ans avant la présumée rédaction de cette lettre, le Concile de Trente affirmait à nouveau l’importance de la bible, de la propager ainsi que son désir de la protéger. L’Église s’inquiétait des adeptes d’hérésies nouvelles comme celle de Luther qui falsifiaient la bible et la tronquaient de certains de ses livres. Luther mit ainsi en doute la canonicité de la lettre de Jacques qu’il qualifia comme étant l’épître de paille, il falsifia aussi le verset de Romains 3, 28 dans sa traduction en y ajoutant le mot « seule » qui n’était pas présent dans les manuscrits originaux, il nia l’authenticité de l’Apocalypse de S. Jean affirmant que le Saint Esprit n’aurait pu produire un tel livre; il mit en doute l’authenticité de la Lettre aux Hébreux de Paul… Face à ces ‘dérapages’, l’Église combattit cette volonté des schismatiques de falsifier l’Écriture, de la tronquer, ou encore d’y ajouter des commentaires qui trompaient les gens sur son interprétation au gré de leurs doctrines nouvelles. Rappelons aussi que la majeure partie des gens ne savaient ni lire ni écrire. Il s’agissait d’un problème majeur dans la distribution de la bible. Les fondamentalistes imaginent-ils qu’au temps du Christ comme aujourd’hui, les premiers chrétiens possédaient tous et toutes une version de la bible sous le bras qu’ils s’étaient procurés à la librairie chrétienne du temps ? Il est important de prendre conscience que les copies des Écritures Saintes étaient rares et coûteuses; qu’elles étaient répliquées par des copistes qui mettaient un temps incalculable à le faire. C’est pourquoi, il est aisé de comprendre que, dans cette société pré-industrielle, le lieu depuis toujours où la bible était lue et transmise principalement en contournant ces barrières, c’était à l’église. Les églises elles-mêmes avec leurs vitraux et leurs représentations était un livre imagé sur la bible pour le peuple qui ne comprenant pas la lettre, recevait une instruction orale et la synthétisait ainsi par l’image. Malgré tous ces désavantages, la bible circulait et était lue dans les églises.

Le mythe s’effrite un peu plus puisqu’en 1455, Gutenberg déclara :

« Dieu souffre parce qu’une grande multitude ne peut être atteinte par la parole sacrée. La vérité est captive dans un petit nombre de manuscrits qui renferment des trésors. Brisons le sceau qui les lie, donnons des ailes à la vérité, qu’elle ne soit plus manuscrite à grands frais par des mains qui se fatiguent, mais qu’ils volent multipliés par une machine infatigable et qu’ils atteignent tous les hommes ».

Si l’Église interdisait la bible et sa promotion, qu’on nous explique comment Gutenberg,  mort 15 ans avant la naissance de Luther imprima la Bible portant son nom si célèbre ? Ce fut en effet, la bible de Gutenberg qui permit une circulation à large échelle que nous dirions commerciale et cela grâce à l’invention de l’imprimerie. Cela bien avant les réformateurs et sous le règne de l’Église ! D’autres textes de l’Église encourageaient la lecture de la bible en Allemagne et ailleurs bien avant Luther contrairement à ce que l’utilisation du faux que nous avons retracé affirme :

 « Tout chrétien doit lire la Bible avec respect et dévotion. Les gens instruits doivent se servir de la traduction latine de saint-Jérôme, mais les personnes illettrées, les hommes simples (ecclésiastiques ou laïques) et particulièrement les moines et les religieux doivent se servir de la présente Bible en traduction allemande, pour se préserver des flèches de l’ennemi infernal. »[3]

Arrêtons ici, on pourrait continuer à détruire ce mythe ! Ce que nous avons déjà dit devrait suffire… Qu’on le comprenne une bonne fois pour toutes : un mensonge, bien qu’il soit répété à outrance, ne sera jamais une Vérité; peut-être se transformera t-il en Vérité dans l’esprit de ceux qui le colportent, mais la nature de la Vérité ne lui collera jamais ! Qu’il est malheureux de voir toutes ces attaques, insultes, diffamations, contre notre Eglise, qui, dans ce cas-ci et comme dans d’autres d’ailleurs, est déclaré non-coupable ! Je ne mets pas tous ces amateurs de l’histoire dans le même « panneau » : certains, s’ils sont de bonne foi, sauront reconnaître la supercherie ! Mais, à vrai dire, j’en doute, depuis que j’ai écrit cette réponse avant de la publier sur mon blog, je l’ai publié comme commentaire dans plusieurs blogs qui reprenaient ce texte pour accuser notre Eglise… Et comme par hasard, mes commentaires multipliés n’ont jamais été publiés ! Étonnant… et ce sont ces mêmes gens qui vous parlent de Vérité dans leurs articles sur le web : or, on constate qu’ils sont non seulement victimes de l’un des plus grands fléaux, c’est-à dire l’ignorance, ajoutons à elle la mauvaise foi, l’hypocrisie… Ce qui fait qu’on donc affirmer, sans faire brèche, qu’ils sont des menteurs; les menteurs, dit le Christ, ont pour père le diable (Jean 8, 44); sans oublier évidemment  que la langue menteuse et le faux témoin proférant des mensonges sont en  abomination devant Dieu (Proverbes 6, 15-19)

_____________________________________________________

[1] Consulter la thèse de Théologie protestante de A.Ch.Siegfried – La Vie et les travaux de P.P. Vergerio, Strasbourg, 1857 – in 8°,39 p.

[2]  BESSON Paul, in Consultation de trois évêques sur les moyens de soutenir l’Église romaine présentée au pape Jules III en 1553, Rouillac, 1884 (extrait du Témoin de la Vérité)

[3] Préface de l’édition de la Bible de Cologne, 1470-1480,  in Histoire partiale, Histoire vraie , Jean Guiraud, professeur d’histoire à l’université de Besançon, Tome II, p.315

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6 commentaires sur “Un canular sur Jules III

  1. Guy
    16 mars 2014

    L’église avec leur milion il bâtise des enfant au lieu baptiser des pêcheur il on pas compris la sainte bible

  2. Guy
    17 mars 2014

    On bâtise des personne qui on péché pas des enfant

  3. Pingback: L’Eglise a-t-elle interdit de lire la Bible? | +†+Yesus Kristus azu+†+

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