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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’unité de l’Homme

L’être humain qu’est-ce ? Lorsque je fais référence au « Je », à quoi fais-je référence ? D’emblée, trois réponses sont possibles. Je suis une âme ; je suis simplement un corps ; je ne suis ni une âme, ni un corps, mais le composé des deux. La première proposition est la proposition dualiste soutenue notamment par philosophe grec Platon, la seconde est celle, à mon avis, soutenue par la société actuelle ; enfin, la troisième est celle soutenue par le philosophe Aristote, reprise par S. Thomas d’Aquin. De plus, la position aristotélicienne est celle qui rejoint sans conteste l’anthropologie hébraïque et c’est la position que je défendrais durant ce petit exposé.

Platon était un disciple de Socrate. Après la condamnation inique de ce dernier, condamné à boire la ciguë, Platon décide d’écrire : une manière pour lui de se « venger » en perpétuant la pensée de son maître. C’est dans l’une de ses œuvres, le Phédon ou De l’immortalité de l’âme, que nous retrouvons les arguments présentés en faveur de l’immortalité de l’âme. Étant partisan du mythe orphique qui soutenait la chute des âmes dans les corps, Platon soutenait par conséquent la distinction entre l’âme et le corps. Le corps perçu comme un mal, le but du philosophe, le vrai, était donc de séparer le plus possible l’âme du corps[1] ; de l’affranchir de cette frénésie. Les exigences telles que, se nourrir, dormir, assouvir sa soif… ; les frivolités telles que, l’amour charnel, la frayeur et les conséquences néfastes telles que la guerre, les révolutions, sont engendrées par le corps et empêchent l’âme d’accéder « à la Vérité, au monde des Idées ». Ce monde qu’est-ce ? Selon Platon, il existe un Monde de l’intelligible, un Monde des essences, c’est à dire de « choses » éternelles, une, qui existent en soi, et qui sont parfaites. Ces Idées préexistent à la matière. En ce qui concerne le Monde des Idées, pour l’existence d’un tel Monde, le débat n’est pas clos en philosophie, et je ne crois pas qu’il est prêt de l’être… Cette piètre vision du corps permet à Platon d’affirmer d’une part que le « Je » se rapporte à l’âme, substance apparentée aux Idées, et uniquement à elle, et d’autre part que la chute des âmes dans les corps est un mal pour l’âme car, celle-ci se retrouve comme emprisonné dans le corps. Bref, le corps, dans la vision platonicienne, est une merde ! Le terme résume très bien la chose.

En observant notre société actuelle, il n’est pas bien difficile de remarquer que le dualisme platonicien est largement dépassé, laissant place à la vénération du corps qui semble de plus en plus marquée par des méthodes telles que la chirurgie esthétique et la pratique de différents exercices (sportifs) dans le but de garder une « belle peau » au fil des années, le but étant de cacher la vieillesse et de paraître toujours jeune. Si donc pour le philosophe Platon le « Je » est l’âme, il appert que la société actuelle est en opposition radicale avec Platon. L’importance donnée au corps, de plus en marquée, semble faire de lui le « Je » de notre société ; l’âme n’étant finalement pas très importante, un sujet à débat, l’idée même qu’il existe une entité séparée du corps semble de nos jours démodée. Il est d’autant plus vrai que : « Hier, c’était de notre âme que nous devions prendre soin, […] Aujourd’hui, c’est le corps qui est objet de toutes nos attentions et nous rêvons d’une jeunesse éternelle.[2]»

La pensée d’Aristote, pourtant élève de Platon, diffère, ou plutôt, s’oppose radicalement à celle de son maître. L’opposition entre les deux philosophes réside sur la vision de l’âme et du corps qu’ont ces derniers : alors que pour Platon le « Je » fait référence à l’âme, chez Aristote, il fait plutôt référence à l’âme et au corps, autrement, à l’unité des deux. Aristote introduit donc une théorie philosophique : l’hylémorphisme. Cette théorie affirme que tout être vivant est constitué de matière et de forme. Cette année en cours de philosophie, nous avons défini la matière comme « le principe de changement » et la forme comme « le principe de l’idée ; ce qui fait qu’une chose est une chose ». Par conséquent, en ce qui concerne l’être humain, lorsqu’on parle de matière, on entend le corps, et de forme, on entend l’âme. Pour mieux illustrer les notions de forme et de matière, simulons une expérience[3] – prenons deux kilogrammes de calcium, un kilogramme de phosphore, du carbone, de l’azote… Ajoutons à cela soixante litres d’eau, et saupoudrons de sodium, de magnésium, de fer. Remuons ensuite le tout et attendons… Que se passe-t-il ? Rien. Pourtant, selon le Larousse médical, nous aurions dû obtenir un homme de cent kilogrammes. Mais que peut-il bien manquer ? Tout simplement, un principe d’organisation. Il est évident qu’une substance n’est en aucun cas une agrégation d’éléments matériels. On doit donc y distinguer deux choses : les éléments matériels et le principe d’organisation. Ce principe d’organisation, c’est ce que le philosophe Aristote nommera forme substantielle et pour ce qui est des êtres vivants, cette forme prend le nom d’âme. L’âme en tant que forme du corps ne fait donc pas que communiquer son existence à la matière, mais est également un principe d’organisation. Aristote affirme par conséquent :

« C’est (…) pourquoi il n’y a pas à rechercher si l’âme et le corps sont une seule chose, pas plus qu’on ne le fait pour la cire et l’empreinte, ni d’une manière générale, pour la matière d’une chose quelconque et ce dont elle est la matière.[4]»

Une des raisons pour lesquelles je n’adhère pas au dualisme, est qu’il exclue toute action de la matière. Lorsque, par exemple, je marche, je pense, je sens, j’entends…, il devient difficile pour un dualiste d’affirmer que le même être est le sujet des diverses activités citées. Matthieu pensant serait un autre que Matthieu marchant par exemple. Or, pour que le sujet soit le même dans les deux cas, il faut nécessairement que l’homme soit un composé d’âme et corps. De plus, dire que « l’homme est son âme » pourrait signifier, selon S. Thomas d’Aquin, que l’homme, au sens générique, se définit par l’âme, tandis que l’homme au sens individuel (cet homme-ci) se définirait par une âme et un corps ; dans cette perspective, l’âme serait alors la forme de l’espèce humaine, tandis que l’individu serait « constitué par une âme liée à un corps ». Dans un sens platonicien plus radical, cela pourrait signifier que l’homme individuel est son âme, ceci impliquerait que toutes les actions d’un devraient alors être attribuées à l’âme. Or, comme nous l’avons souligné, il est impossible à un dualiste d’affirmer que le même être est le sujet de différentes activités telles que penser, marcher, sentir… Nous voyons donc ici, que je m’identifie ni à mon âme, ni à mon corps, mais au composé des deux. Ainsi, contrairement au dualisme platonicien, ce n’est pas l’âme seule qui connaît, mais elle exerce l’acte cognitif grâce aux sens également. Il ne fait en effet aucun doute que, connaître une chose fait intervenir non seulement la forme, mais également la matière. Car, la connaissance a avant tout sa source dans les différents sens. Ces sens présentent à l’intelligence des images que nous nous sommes représentées, et à partir de là, notre intellect en dégage un contenu plus ou moins intelligible. Cet exemple illustre encore bien le fait que l’âme, principe qui régit l’intelligence, contrairement au dualisme platonicien, n’a pas une connaissance innée des choses ; son union au corps, lui permet d’exercer l’acte d’intellection.

_______________________________________________

[1] PLATON, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, les classiques de la philosophie, le livre de poche, p. 217, 67c
[2] LEGROS Martin, « Qui veut la peau de l’âme ? » in Philosophie magazine, n°31; dossier : âme et corps; juillet-août 2009; p. 34
[3] BONINO Serge Thomas, « Résurrection de la chair ou immortalité de l’âme ? » in Nova et vetera, année X volume IV, 1995, p. 12
[4] ARISTOTE, De anima, Livre II,1, 412b 5, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1995, p.69

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4 commentaires sur “L’unité de l’Homme

  1. promotorpietatis
    3 mai 2014

    Nous remarquons que vous vous êtes intéressé à Socrate. Contre saint François de Sales : De la piété païenne de Socrate :
    http://avocatdesdieux.wordpress.com/2014/05/03/contre-saint-francois-de-sales-de-la-piete-paienne-de-socrate/

    • Non. Pas du tout. Vous avez mal remarqué alors. Nous ne nous intéressons pas à Socrate ; en tout cas, au sens fort du terme. Mais tout simplement parce qu’il s’insère dans un sujet dont nous avons voulu discuter : mais rien de plus.

  2. Pingback: Le culte des saints est conforme à la Bible! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Synthèse des preuves de l’immortalité de l’âme | +†+Yesus Kristus azu+†+

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Cette entrée a été publiée le 5 juillet 2012 par dans Immortalité de l'âme, Philosophie, et est taguée , , , , , .

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