+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Problèmes de la Résurrection des corps

Dans toute la Foi chrétienne, l’espérance en la résurrection est sans chicanes, l’espérance qui a suscité le plus de polémiques. Réticences et discrétion chez certains, silence total chez d’autres. Quand on parle de résurrection, voilà ce à quoi on peut s’attendre. Le problème, depuis l’époque du Christ a eu beaucoup de mal à s’imposer. On sera surpris de constater que, même parmi les chrétiens, la plupart n’y accordent point crédit. Or, la résurrection : c’est bien là le centre du Christianisme ! Sans résurrection, qui peut en effet se « vanter » d’être Chrétien ? Telle qu’elle est comprise des chrétiens, la résurrection affirme que ces derniers ressusciteront avec le corps d’avant la mort (ce qui la rend d’autant plus absconse que le fait qu’elle soit niée des chrétiens semble acceptable). On comprend donc le philosophe Nietzsche lorsqu’il écrivait : « Je croirais en Dieu lorsque les Chrétiens auront une tête de ressuscités ! » En effet, sans la résurrection, c’est tout le Christianisme qui s’écroule. Pourquoi cette « philosophie christique » est-elle si compliquée ?

Une chose peut sembler troublante ou étonnante : ceux qui niaient en premier cette espérance sont les Juifs, à qui le Christ est « venu annoncer la Bonne Nouvelle ». En effet, remarquons que les Sadducéens, membres des quatre grands courants du judaïsme antique, n’acceptaient pas cette doctrine annoncée par le Christ (Évangile de S. Luc, chapitre XX, 27-38) ; mais le Christ, d’après le récit de S. Luc, les a « réduits au silence ».

Cependant, l’opposition la plus affirmée qu’a rencontrée l’espérance de la résurrection se trouve dans les Actes des apôtres, lorsque Paul décide de se rendre à Athènes[1]. S. Luc, rédacteur des Actes des apôtres nous informe que parmi les Athéniens, se trouvaient les Épicuriens et les Stoïciens, qui étaient vraisemblablement les plus grandes écoles philosophiques en ce temps-là. Le récit nous fait part de difficultés rencontrées par Paul. Par son discours, certains Athéniens disaient : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » ; soulignons ici le risque qu’avait pris Paul en allant prêcher à Athènes. En effet, quelques siècles auparavant, avait été condamné à mort le philosophe Socrate – condamné à boire la ciguë. Les raisons de sa condamnation à mort étaient similaires à celles de Paul : il introduisait des divinités étrangères dans la Cité (Athènes). Paul aurait pu être condamné à la même peine. Plus loin, le récit nous informe que, « A ces mots de résurrection, les uns se moquaient », les autres disaient : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». Comment en effet accepter une telle absurdité alors que pour le philosophe Épicure, la mort n’existe ni pour les vivants ni pour les morts [2] ? et comment accepter la résurrection alors qu’Athènes était fortement marquée par la doctrine de l’immortalité de l’âme ? Difficile ! Pauvre Paul, son discours sur le Christ et la résurrection fut un échec total, non pas parce que les Athéniens n’y prêtaient pas attention, mais parce que la résurrection, quand on y réfléchit, suppose de la chair. Imaginons toute les problèmes qui y gravitent : comment une personne morte depuis plus dix siècles pourrait-elle retrouver son corps ? Qu’en est-il de ceux qui, dans la mer ou dans le désert ont trouvé la mort ? De tous ceux qui, malchanceux, se sont faits dévorés par des bêtes… ? Vue sous cet angle, si on vous demande, croyez-vous en la résurrection de la chair, la réponse est obvie et directe : Non, c’est une espérance absurde ! Ajoutons à cela le fait que les Athéniens avaient certainement connaissance de la pensée de Platon qui affirmait que l’Homme s’identifie à son âme et à elle seule ; le corps n’étant pas constitutif de notre être, or la résurrection implique forcément que l’Homme soit une âme et un corps. Vaste désillusion de la part de Paul. Quel échec ! Frustré, Paul se retira au milieu d’eux. Mais, l’échec ne fut pas tout à fait total, car, comme le souligne l’épisode des Actes, certains suivirent le discours de Paul et s’attachèrent à la Foi chrétienne, parmi lesquels Denys l’Aréopagite et une femme nommée Damaris (verset 34).

Même si Paul fut frustré de l’épisode de son discours à Athènes, retenons simplement que certains ont embrassé sa « philosophie ». Ceci met en évidence le simple fait que la Résurrection n’est peut-être pas si absurde qu’on le pense. Le discours de Paul avait quand même marqué les esprits !, malgré cette retenue des Athéniens des siècles plus tard, un Athénien, Athénagore, soutiendra l’espérance chrétienne de la résurrection. Nous l’avons évoqué précédemment : combien sont ceux qui sont morts dans le désert ; dévorés par des poissons dans la mer ; morts sans sépulcres et dévorés par des bêtes ? Comment la résurrection est-elle possible si leur chair s’est mêlée à celle des bêtes ? Athénagore y répond en affirmant que ces objections sont dues à la méconnaissance de la puissance de Dieu. Ce dernier, s’il a crée l’homme, est capable de le ressusciter, peu importe l’état dans lequel cette personne se trouve. Athénagore poursuit en affirmant également que la chair humaine n’a point été faite comme nourriture des bêtes, si celles-ci mangent des humains, cela est tout simplement contre-nature. Comme il le dit[3] «[…]tout aliment que le besoin force à prendre ne profite pas toujours, il se corrompt dans les replis de l’estomac, puisqu’il est vomi et sécrété, ou rendu d’une autre manière. En sorte que, bien loin de se mêler aux parties du corps qu’il devait nourrir, il ne peut supporter une première digestion. De plus, il s’en faut bien que ce qui soutient dans l’estomac la première digestion parvienne en entier aux membres qui devaient s’en nourrir; une partie perd dans les intestins sa vertu nutritive ; d’autres parties, à leur seconde transformation, qui se fait dans le foie, sont sécrétées encore, et vont se mêler aux matières déjà dépouillées de la vertu nourricière… »

Athénagore d’Athènes continue son traité en affirmant qu’on distingue trois sortes de digestion chez les animaux, il faut donc que tout ce qui ne peut s’incorporer à la substance de l’animal, se corrompe et cherche une issue, ou se change en quelque autre matière nuisible au corps avec lequel elle ne pourrait s’allier. « Tout aliment qui nous répugne, et que la nature n’a pas fait pour nous, a un sort différent : c’est une espèce de poison bientôt repoussé par le corps, s’il y trouve une vigueur et des forces supérieures à la sienne; s’il triomphe, au contraire, il devient un principe de corruption; tout ce qu’il rencontre de sain, il l’infecte, il le change en humeurs et en sucs ennemis, rien dans le corps ne peut sympathiser ni s’allier avec lui »[4]

Sans trop vouloir trop alourdir cet exposé, nous arrêterons ici les arguments avancés par Athénagore. Le plus important à relever est qu’il soutient également la résurrection des morts en se basant sur la nature humaine : c’est le fait d’être respectivement une âme et un corps. Dieu, s’il existe, n’a point fait cela pour un anéantissement futur, mais bien afin que les deux composés vivent éternellement !

Il semble donc, d’après ce que nous venons de voir, légitime de douter en l’espérance de la Résurrection, même pour les Chrétiens. Malgré la frustration de Paul, son discours a eu des répercussions plus tard, pour preuve, Athénagore d’Athènes, né vers 133, réfute les arguments athéniens qui niaient la résurrection, d’abord par la puissance de Dieu, ensuite par la nature de l’Homme. La polémique n’est pas prête d’être dissoute. Des ossements peuvent-ils reprendre vie ? Difficile à croire ! Et pourtant, si Dieu, comme le définissent les Chrétiens, est Tout-puissant, Le doute semble une position à exclure. Quoique…

La main de Yahvé fut sur moi, il m’emmena par l’esprit de Yahvé, et il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d’ossements (…) Il me dit : « …, ces ossements vivront-ils ? Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : (…) Ainsi parle le Seigneur Yahvé à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l’esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau, je vous donnerai un esprit et vous vivrez, et vous saurez que je suis Yahvé… [5]

On peut donc, d’une certaine manière, donner raison à Nietzsche lorsqu’il affirme : Je croirai en Dieu lorsque les Chrétiens auront une tête de ressuscités ! En effet, Dieu ne saurait être Dieu s’il est incapable de ressusciter les morts. Aussi, comme il le dit dans le verset biblique ci-haut . « Vous saurez que je Suis Yahvé » ; autrement, nous saurons que Dieu est Tout-puissant si la résurrection a bel et bien lieu. Et bien, Nietzsche pourra enfin y croire ! La résurrection, une énigme donc ? C’est bien le cas de le dire. Mais, une espérance bien rationnelle : voilà sur quoi portera notre prochain article sur la résurrection : Est-ce une espérance absurde ? Si tel est le cas, alors bon nombre ont raison de se distancier d’elle, de la rejeter. Mais, si elle est plausible par contre, n’est-ce pas un bon coup à jouer ? Surtout que comme le dit ce cher apôtre Paul, s’il n’y a pas de résurrection, notre Foi est vaine. La résurrection est donc, avant, un acte de Foi ! Plus rassurantes sont les paroles de Paul lorsqu’il nous assure que les ressuscités auront des corps incorruptibles. Nous déterminerons donc, très prochainement, si une telle espérance est rationnelle. Je peux déjà répondre par l’affirmative ; il ne reste plus que l’argumentation.

Voyez aussi : Je crois en la résurrection de la chair

_______________________________________

[1] Bible de Jérusalem, « Actes des Apôtres », Chapitre XVII, du verset 16 au verset 34
[2] Cf. Épicure, Lettre à Ménécée
[3] Athénagore, De la résurrection des morts, (V), traduction de M. Genoude
[4] Athénagore, Ibidem, (VI)
[5] Bible de Jérusalem, « Livre d’Ézéchiel », Chapitre XXXIV, verset 1 au verset 18

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3 commentaires sur “Problèmes de la Résurrection des corps

  1. Marie mère de Dieu
    23 novembre 2012

    Bonjour à vous.

    A mon vis, il serait intéressant de faire un article sur St Paul et le mode de survie. Car, beaucoup de théologiens protestants de nos jours affirment, contrairement à St Thomas d’Aquin, que l’état de « l’âme séparée » est fausse. Ainsi, ont-ils affirmé que l’expression paulinienne « être endormie dans le Seigneur » devait être pris au sens le plus fort. Cet endormissement signifierait donc l’aéantissement de la personne, et à partir de là, ils concluent que la résurrection signifie « nouvelle création ». C’est d’ailleurs la questionnque vous soulevez à la fin de votre article; je serai ravi de voir comment vous argumentez à ce sujet; notamment en vous basant sur les problèmes métaphysique, ontologique et épistémologique (puisque ce sont ces trois problèmes qui entrent d’emblée en compte dès qu’on parle de résurrection de la CHAIR)

    A côté de ces problèmes, il faut évidemment intégrer la notion d’immortalité de l’âme, et j’ai pu constater que vous la défendez assez bien rationnellement, et tant mieux la conclusion est excellente, heureusement ! L’analyse de « ce que nous sommes » est aussi nécessaire, s’il y a une résurrection de la CHAIR, quelle anthropologie correspont mieux au Christianisme; j’ai en effet pu discuter avec certains qui reconnaissent et affirment que l’anthropologie platonicienne est compatible avec le Christianisme : ce qui, selon moi est erroné. Et, j’aimerai, à ce propos avoir votre avis, si cela ne vous ennuie pas.

    Je vous remercie encore pour ce blog, qui a un fond vraiment bon, surtout les articles sur la philosophie, sont vraiment bons. Mais, mes problèmes, je les ai soulevés dans le premier paragraphe; en attendant une réponse de votre, je vous souhaite une belle journée.

    Que Dieu vous bénisse.

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