La vérité sur l’Eglise et les Conquistadors en Amérique


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

On nous raconte souvent que l’Eglise et les conquistadors furent les meurtriers d’une magnifique religion et d’une grande civilisation, et qu’elles firent le génocide des populations du continent américain. Voici la réfutation de tous ces mensonges :

[voir aussi : la vérité sur les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

Etat des lieux de l’Amérique précolombienne :

Les dieux païens d’Amérique sont des démons! (Bibliothèque de combat)

Les Incas, adeptes du socialisme totalitaire (Bibliothèque de combat)

Les civilisations précolombiennes étaient dégénérées (Bibliothèque de combat)

La conquête Espagnole :

Les Conquistadors étaient-ils des agresseurs? (Bibliothèque de combat)

L’origine des calomnies sur les Conquistadors (Bibliothèque de combat)

Hernan Cortés, l’Empire Aztèque et la main de Dieu (Bibliothèque de combat)

La conversion des amérindiens à la religion catholique :

Les prophéties païennes des amérindiens annonçaient la venue du Vrai Dieu dans leur pays et en donnaient les signes: tous ces signes furent réalisés par les Conquistadors qui apportaient avec eux la religion catholique (Yesus Kristus azu)

L’image miraculeuse de Guadalupe (Bibliothèque de combat)

La conversion et les aveux du dernier empereur Inca (Bibliothèque de combat)


Les prophéties amérindiennes sur la venue du Vrai Dieu


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Il y eut toujours dans l’Eglise un très grand mystère : celui de certaines prophéties païennes qui se sont révélées totalement ou partiellement vraies.

Il en est une des indiens de l’actuel Mexique (alors tenus en esclavage par les Aztèques) qui annonçait depuis plusieurs siècles avant l’arrivée des Espagnols, un changement d’ère qui arriverait à une date correspondant dans notre calendrier au 22 avril 1519. Cette date était sensée correspondre au jour où Quetzalcoatl (le dieu serpent à plume) viendrait les libérer de l’esclavage des Aztèques. Tout le monde dans les milieux indiens (même Aztèques) croyait dur comme fer à cette prophétie qu’ils s’étaient transmise de générations en générations depuis des siècles.

En 1509 (avant l’arrivée des Espagnols au Mexique), la sœur de l’empereur Moctezuma II eut une vision lors d’un rêve où elle fut informée de la prochaine arrivée du culte du vrai Dieu dans son pays. Elle était lors de ce rêve, transportée au bord de l’Atlantique, un ange lui apparut et lui annonça l’arrivée d’hommes qui leurs feraient découvrir l’existence et l’adoration du vrai Dieu. Il lui dit que ce temps était proche et lui donna quatre signes de reconnaissance pour identifier ces hommes. Les quatre signes étaient les suivants : 1° ces hommes seront des soldats qui arriveront par la mer (donc l’Atlantique), 2° ils arriveront sur des bateaux dont les voiles seront frappées de grandes croix noires, 3° ces soldats se déplaceront sur des animaux inconnus en pays Aztèque et 4° ces hommes auront des poils sur le visage (c’est-à-dire de la barbe et des moustaches : signe très important car les amérindiens sont naturellement imberbes).

Ces deux prophéties se sont réalisées (partiellement pour la première, totalement pour la deuxième) avec l’arrivée des Espagnols au Mexique. La première s’est réalisée car Cortés débarqua sur les côtes Aztèques avec 550 soldats et deux prêtres à la date du 22 avril 1519 et qu’il fit disparaître l’esclavage Aztèque par la conquête du pays (la partie de la prophétie qui disait que ce serait la venue du dieu serpent à plume était fausse). Cortés et ses soldats correspondaient à 100% à la seconde prophétie : 1° c’étaient des soldats arrivant par la mer, 2° les voiles de leurs bateaux étaient frappées de grandes croix noires, 3° ils se déplaçaient sur des chevaux (les chevaux n’existaient pas sur le continent américain avant la conquête européenne) et 4° ils étaient barbus et moustachus. Peu de temps après le débarquement, Cortés et ses soldats eurent à faire face à une armée indienne de plus de 30 000 hommes ; mais la prophétie fut immédiatement reconnue par ces derniers et ils acceptèrent les Espagnols en sachant qu’ils leur apportaient la connaissance du vrai Dieu.

La réalisation de ces prophéties n’a pas suffi à la conversion des indiens qui étaient rebutés par le mauvais comportement de certains soldats de Cortés, qui pratiquaient l’esclavage malgré l’interdiction de ce dernier. C’est pourquoi, Dieu envoya la Vierge, ce fut les apparitions et les miracles incroyables de Notre-Dame de Guadalupe que je vous encourage vivement à découvrir en cliquant ici.

Il y eut d’autres prophéties faites par des païens déclarant (implicitement) que les religions païennes étaient fausses et qui annonçaient la venue du culte du vrai Dieu. C’est par exemple le cas des sybilles (des prophétesses romaines païennes) qui annonçaient qu’une vierge mettrait eu monde la vrai Dieu. Ou encore des druides gaulois qui parlaient d’une « Vierge qui doit enfanter des druides » : cliquer ici.

Le Christ est réellement né le 25 décembre!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Vous entendez sûrement souvent dire que le Christ n’est pas né le 25 décembre et que c’est à l’origine la date d’une fête païenne. Voici quoi répondre:

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

Le mensonge des origines païennes de Noël (Yesus Kristus azu)

Quoi! Le Christ serait ne un 25 décembre? (Yesus Kristus azu)

Preuve pour les musulmans que le Christ est né le 25 décembre (Youtube)

Démonstration que le 25 décembre n’est pas la christianisation d’une fête païenne (Ebior)

Démonstration irréfutable en moins de deux minutes que la Bible indique la deuxième quinzaine de décembre pour la naissance du Christ (Abbé Marchiset)

Le recenssement de Quirinius (Yesus Kristus azu)

Démonstration de la réalité de la date du 25 décembre par un sermon de saint Jean Chrysostome:

Un extrait du sermon sur Bibliothèque de combat: ici

Le sermon complet: ici

Démonstration de la réalité de la date du 25 décembre par l’abbé Rohrbacher dans Histoire Universelle de l’Église Catholique, édition 1876:

 « Nous voyons par l’Évangile que le vieil Hérode ne mourut qu’après la naissance de Jésus-Christ. Or, d’après les dates de l’historien Josèphe, Hérode mourut l’an 750 de Rome, qui est le quatrième avant notre ère! Il ajoute que vers le temps de sa mort, il y eut une éclipse de lune, ce qui arriva le 13 de mars, à trois heures après minuit, de l’an de Rome 750, selon le calcul astronomique.

En outre, Josèphe et Dion s’accordent à dire que son fils Archélafis fut exilé en l’an de Rome 759, la dixième année de son règne; il avait donc succédé à son père l’an 750. Selon le même Josèphe, Hérode-Antipas, tétrarque de Galilée, fut exilé l’an de Rome 793. Ce prince était alors dans la quarante-troisième année de son règne, comme il paraît par ses médailles, qui datent jusque-là ; par conséquent il avait commencé à régner dès l’an 750. On tire la même conséquence d’autres médailles concernant son frère. le tétrarque Philippe.

Il paraît donc à peu près certain que le vieil Hérode mourut au printemps de l’an 750 de Rome, et que Jésus-Christ naquit le 25 décembre de l’année précédente, quatre ans et huit jours avant l’ère vulgaire. Ce qui ne doit pas trop étonner. L’usage de compter les années par celles de Jésus-Christ n’a commencé que tard; il n’a été introduit en Italie qu’au sixième siècle. par un particulier, le moine Denys le Petit, et qu’au septième en France où il ne s’est même bien établi que vers le huitième, sous les rois Pépin et Charlemagne.»

Lire le livre complet: ici

Démonstration courte et imparable de la réalité de la naissance du Christ le 25 décembre par un savant israélien:

En 1995, le savant israélien Shemaryahu Talmon a publié une étude sur le calendrier liturgique découvert dans la grotte 4 de Qumrân (4Q321). Il y trouva incontestablement les dates du service au Temple que les prêtres assuraient, à tour de rôle, encore au temps de la naissance de saint Jean-Baptiste et de Jésus. Selon ce document, copié sur parchemin entre les années 50 et 25 av. J.-C., donc contemporain d’Élisabeth et de Zacharie, la famille des Abiyya à laquelle ils appartenaient (Lc 1, 5 ; cf. 1 Ch 24,10) voyait son tour revenir deux fois l’an, du 8 au 14 du troisième mois du calendrier essénien, et du 24 au 30 du huitième mois. Cette seconde période tombe vers la fin de notre mois de septembre, confirmant le bien-fondé de la tradition byzantine immémoriale qui fête la "Conception de Jean" le 23 septembre.

Or ce fut, comme l’écrit saint Luc, le « sixième mois » de la conception de Jean que l’ange Gabriel apparut à la Vierge Marie. À compter du 23 septembre, le " sixième mois " tombe très exactement le 25 mars, en la fête de l’Annonciation. Dès lors, Jésus est bien né le 25 décembre, neuf mois plus tard. Noël n’est donc pas « la consécration religieuse et cultuelle d’un évènement cosmique, le solstice d’hiver qui marque la régression de la nuit ». Non ! le 25 décembre est l’anniversaire de la naissance du Christ, tout simplement… Une fois de plus la tradition séculaire de l’Église se trouve en parfait accord avec les plus incontournables découvertes scientifiques.

Le mensonge des origines païennes de Noël


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Il y a quelques temps, un site nommé Patriotisme de clocher mettait en ligne un article démontrant que le 25 décembre est réellement la date de la naissance du Christ, et que ce n’est pas la christianisation d’une fête païenne comme nous pouvons souvent l’entendre dire. Malheureusement, ce site a fermé, et je ne sais pas comment joindre son ancien administrateur (d’ailleurs si un quelqu’un le connait, merci de l’indiquer en commentaire ou de me faire parvenir ses coordonnées en écrivant à l’adresse courriel indiquée dans la case "contact" dans la colonne de droite). Mais la Providence m’a fait imprimer ledit article avant la fermeture du site, et j’en reproduis ici le scan:

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Deux ans, déjà !


esprit colombeIl y a deux ans, naissait le blog Yesus Kristus azu. Son avenir était incertain, car nous ne savions pas que nous serions capable de gérer un site ; en rédigeant des articles régulièrement. Surtout que le chemin que se voulait de suivre le site s’apparentait à la polémique, aux réponses que peuvent apporter les Catholiques à ceux qui les considèrent comme des aveugles, conduits par des aveugles ! Nous avons même entendu dire : que le dogme est une limite à la liberté de l’individu ! et donc que ceux qui sont attachés au dogme, ces hommes qui aiment les contes de fées, ces catholiques donc, ne sont pas pleinement libres ! C’est mal comprendre ce qu’est un dogme, et c’est mal comprendre ce qu’est la Liberté – la vraie.

Sur son chemin, le blog a accueilli un nouveau rédacteur : Nicolas ! qui travaille également sans relâches pour faire vivre le blog par des articles… Et les articles, comme vous l’avez bien remarqué, ont un seul but : la défense de la foi catholique, de manière simple ; disons simplement que ce blog est une réaction aux mensonges, diffamations qui pullulent le web, concernant le Catholicisme : et le second rédacteur l’avait bien compris, puisque ses articles vont dans ce sens : la réfutation des erreurs, et des mensonges.

Nous remercions tous ceux et celles qui nous suivent de près ou de loin, qui corrigent souvent certaines erreurs : ou simplement qui donnent leur avis sur la question (concernant un sujet d’un article). Nous espérons également que les articles concernant l’histoire, vous intéressent, car c’est à ce niveau que l’Eglise est attaquée également, ainsi, cette rubrique, nommé Mensonges historiques, permet de remettre les choses où elles devraient être – en excluant les a priori, les à peu près, et en recherchant une seule chose, la Vérité. Nous remercions également ceux dont les textes ont servi à alimenter ce blog : que ce soit d’autres internautes catholiques, certains contacts Facebook (Christian G. par exemple) sans oublier les abonnés Facebook (!), et aussi notre ami David VINCENT : qui participe aussi à ce blog, avec des remarques intéressantes… A tous ceux qui lisent nos articles, qui sont abonnés, Merci ! Cela fait donc deux ans ! et le blog est tout de même une réussite : le but a été atteint, voire transcendé. Mais, nous ne nous arrêterons pas là : le travail continue ! en espérant évidemment que les articles vous plaisent, et vous servent… Dernière chose : si vous avez des envies sur des articles, des sujets à proposer que vous aimeriez voir traités sur le blog, n’hésitez pas à nous le faire connaître…

Enfin, prions donc les uns les autres… prier également pour nous, rédacteurs ; car, comme le dit saint Paul, on peut aider les autres, à comprendre la Foi, mais en fin de compte, ne pas être sauvé. Nous avons également besoin, chers ami(e)s, besoin de vos prières. Que le SEIGNEUR nous bénisse tous !

Pour en finir avec la légende de Giordano Bruno!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

L’Eglise a-t-elle réellement fait ce que l’on dit à Giordano Bruno? Voici la vérité:

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

La légende tragique de Giordano Bruno 1/2 (Yesus Kristus azu)

La légende tragique de Giordano Bruno 2/2 (Yesus Kristus azu)

La légende de Giordano Bruno, une énième escroquerie anti-catholique (Bibliothèque de combat)

La légende tragique de Giordano Bruno (Bibliothèque de combat)

La mort de Giordano Bruno: un crime de l’Eglise ou un mystification anticléricale? (Egalité et Réconciliation)

Pour en finir avec l’affaire Galilée!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Contrairement à ce qu’on affirme, l’Eglise catholique n’a jamais combattu Galilée par obscurantisme vis-à-vis de la science:

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

L’affaire Galilée, une grossière imposture (Bibliothèque de combat)

L’affaire Galilée, une polémique malhonnête (Bibliothèque de combat)

Il est inconcevable de parler encore de l’affaire Galilée (Bibliothèque de combat)

Pourquoi l’Eglise a-t-elle censuré Galilée? (Bibliothèque de combat)

Le "Moyen-âge" n’a jamais cru que la terre était plate! (Contre-info)

La vérité sur l’affaire Galilée (Christ-Roi.net)

Galilée, martyr de l’Inquisition? 1/2 (Yesus Kristus azu)

Galilée, martyr de l’Inquisition? 2/2 (Yesus Kristus azu)

L’affaire Galilée par Artur Koestler (Vive le Roy)

Galilée: défenseurs de la vérité (Site de Marie)

La mystification d’anges et démons (la Question)

 

Pour en finir avec la Saint Barthélémy!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Voici la vérité sur les évènements de la Saint Barthélémy:

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

La vérité sur la Saint Barthélémy (Christ-Roi.net)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 1/4 (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 2/4 (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 3/4 [a] (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 3/4 [b] (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 3/4 [c] (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy: les vrais faits 4/4 (Yesus Kristus azu)

La Saint Barthélémy mise en relief avec les crimes protestants à la même époque… (Bibliothèque de combat)

La vérité historique sur la Saint Barthélémy (La France pittoresque)

 

Pour en finir avec les cathares!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Vous avez certainement déjà entendue la bonne blague selon laquelle les cathares auraient été de gentils et bons chrétiens et qu’ils se seraient fait massacrés par les méchants et mauvais catholique! Voici la vérité:

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

Qu’est-ce que l’hérésie cathares? (Bibliothèque de combat)

La vérité sur les cathares (Christ-Roi.net)

La Croisade des Albigeois, par Maurice LANDRIEUX, Professeur d’histoire à l’université de Besançon en 1911 (Yesus Kristus azu)

Suite du lien précédent (Yesus Kristus azu)

Suite et fin du lien précédent (Yesus Kristus azu)

 

Pour en finir avec l’Inquisition!


Par Nicolas, ancien protestant, second rédacteur.

Voici la vérité sur les pseudo-« crimes » de l’Inquisition :

[Voir aussi, la vérité sur tous les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]

Extrait de

 Erreurs et mensonges historiques, Paris, Charles Blériot, Éditeur, 1881

par l’abbé Charles BATHÉLÉMY

sur +++Yesus Kristus azu+++

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

L’Inquisition romaine

SES ORIGINES, SON FONCTIONNEMENT

Par Louis-Albert GAFFRE

Sur +++Yesus Kristus azu+++

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

L’Inquisition

LES TEMPS, LES CAUSES, LES FAITS

Par Maurice LANDRIEUX

Lettre de M. J. GUIRAUD

Professeur d’histoire à l’université de Besançon

Directeur de la « Revue des Questions Historiques ».

Besançon, le 22 Mars 1911.

Sur +++Yesus Kristus azu+++

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Parties 6 et 7 à venir.

L’Inquisition (Christ-Roi.net)

Catégorie: Inquisition (Bibliothèque de combat)

L’Inquisition: institution sainte, clémente et indulgente! (la Question)

La sainte Inquisition: une institution nécessaire! (La Question)

L’Inquisition (Gesta Dei per Francos)

L’Inquisition (cosmovisions.com)

L’Inquisition, l’institution (cosmovisions.com)

La vérité sur l’Inquisition par le Père Henri Hello (site de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X)

L’Inquisition ou le fantasme des ignorants! (Démocratie Royale)

INQUISITION: LES VRAIS CHIFFRES (Démocratie Royale)

Inquisition: l’histoire contre la légende (Démocratie Royale)

La vérité de l’Inquisition (Abbé Pagès)

Bernard Gui (inquisiteur célèbre), quelques éléments biographiques mettant fin aux fantasmes (Wikipédia)

L’Inquisition: un péché de l’Église? Partie 1 (Gloria.tv)

L’Inquisition: un péché de l’Église? Partie 2 (Gloria.tv)

La malhonnêteté des médias sur l’Inquisition (Yesus Kristus azu)

 

L’inquisition : les temps, les causes, les faits 5/7


L’INQUISITION EN ESPAGNE

[...] Lorsqu’on s’insurge contre l’Inquisition, c’est l’Inquisition d’Espagne que l’on vise. On ne parle pas trop de la toute première Inquisition, dans le Nord de l’Italie et dans le Midi de la France. Elle eut pourtant une période d’activité qui se prolongea durant tout un long siècle.

Serrés de très près, traqués de toutes parts, les Nihilistes doctrinaires du Moyen Âge, Cathares et autres, finirent par être domptés. La masse, prudente et avisée, sous le coup de la grâce ou de la peur, passa par la porte large ouverte des conversions ; un bon nombre furent emprisonnés ou bannis ; on supprima les obstinés, les irréductibles ; les autres rentrèrent sous terre, dans le mystère de leurs Loges plus secrètes que jamais.

L’Inquisition, semble-t-il, avait fini sa tâche.

On n’en avait vu, dans le Nord, que de rares et fugitives apparitions dont aucune ne mérite d’être retenue : car le fameux procès des Templiers, en 1312, ne peut guère passer pour un procès d’Inquisition et l’infâme tribunal de Rouen qui, payé par l’Angleterre pour assassiner Jeanne d’Arc, prit les allures de Saint Office, n’en fut qu’une pitoyable parodie[70].

Vers la fin du XIVe siècle, on pouvait donc croire que l’Inquisition, qui sommeillait depuis longtemps, allait s’éteindre pour toujours, lorsque tout à coup, au déclin du XVe siècle, ou la vit renaître et fonctionner en Espagne, avec plus de vigueur que jamais, contre les Mores et surtout contre les Juifs, ou plutôt contre les convertis relaps, de race juive ou arabe. Et il ne faudrait peut-être pas chercher ailleurs les raisons de cette rancune tenace, inexplicable, anormale, contre l’Inquisition espagnole : elle a touché aux Juifs !

Les évènements tragiques ne manquent pas, certes, dans l’histoire des peuples, plus ensanglantés encore que celui-là ; il y en a de pires, moins lointains et plus récents qui ont atteint, non pas de vagues étrangers, mais nous-mêmes : ils ne soulèvent plus les passions populaires. Les jeunes générations n’épousent ni facilement ni longtemps les indignations et les colères des générations précédentes. Chaque siècle a trop à faire de panser ses plaies pour gémir indéfiniment sur les misères du passé. Où en serions-nous si chaque goutte de sang versé, dans les luttes d’autrefois, engendrait ces haines implacables que le temps n’apaise pas et que rien n’assouvit jamais !

Ces ressentiments sournois et irréductibles ne sont pas dans notre tempérament. Les races latines sont impressionnables, ardentes, passionnées, mais mobiles, généreuses, promptes à l’action et trop tôt lassées. Elles s’enflamment aisément ; elles oublient plus vite encore.

Nous n’avons pas pu porter seulement pendant vingt-cinq ans, nous autres, après la catastrophe de 70, l’idée de revanche, ni le deuil farouche de la Patrie mutilée. Et, à côté de nous, les Russes, les Slaves, ont déjà tendu la main au Japon.

La race juive, au contraire, est tellement homogène, d’une si parfaite cohésion, si fortement ancrée dans son type, que rien n’a pu l’entamer et qu’elle reste debout, identique toujours à elle-même, après quarante siècles, comme un être fantastique que la mort n’aurait osé frapper et qui survivrait à toutes les générations : elle a tout vu et elle n’a rien oublié, du mal surtout qu’on lui a fait. Et alors, en dépit du temps et de la distance, hier comme aujourd’hui, chaque Juif étant solidaire de tous les Juifs, Israël, dans la mesure de sa puissance, intrigue, se remue, s’agite pour entraîner le monde entier dans ses inimitiés et l’associer à ses vengeances.

Sur ce point, rien ne peut nous faire mieux comprendre ce qui s’est passé autrefois que ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux.

Avant d’aborder l’histoire de l’Inquisition en Espagne, il ne sera pas inutile d’examiner l’instrument en détail, pour voir dans quel esprit les Papes l’avaient conçu et de quelle façon il devait fonctionner ; nous rappellerons ensuite les motifs qui ont déterminé les rois d’Espagne à s’en servir ; nous dirons quel usage ils en ont fait.

I

Les tribunaux d’Inquisition ne peuvent point être confondus avec les autres. C’étaient des tribunaux spéciaux, institués dans un but particulier et adaptés à ce but. Tout en prenant figure de tribunaux ordinaires, ils devaient, dans la pensée des Papes, sous l’appareil sévère de la justice humaine, s’inspirer de l’esprit miséricordieux du tribunal de la pénitence.

Les Inquisiteurs avaient mission de poursuivre le crime d’hérésie, et, en même temps charge d’âmes.

Ils étaient juges et, en quelque sorte, confesseurs. À l’inverse des magistrats civils, qui ne se soucient pas de ce que pense l’inculpé, mais s’inquiètent uniquement de ce qu’il a fait, ils voulaient atteindre le délit et guérir la conscience[71].

Bien que l’hérétique justiciable de l’inquisition ne soit pas celui qui adhère, dans son for intérieur, à une doctrine hétérodoxe, mais celui qui fait publiquement acte d’hérésie, il n’en est pas moins vrai que le délit externe est intimement lié à l’état d’âme et qu’avec cette préoccupation d’ausculter la conscience pour obtenir une conversion avant de punir le délit, la liberté du juge se trouvait extrêmement gênée, dans son office public, par les scrupules de son ministère apostolique[72].

Cette double fonction était aussi complexe que délicate.

La souplesse, dont avait besoin le prêtre pour toucher à l’âme, s’accommodait mal des prescriptions étroites, rigides et minutieuses de la procédure. Et l’on fut amené, par la force et la nature même des choses, à conférer à l’Inquisiteur un pouvoir en quelque sorte discrétionnaire, pour laisser au confesseur une plus grande latitude.

Il y avait là assurément un danger ; car, pour qu’une pareille autorité ne dégénérât pas en abus, il aurait fallu, aux hommes qui en étaient dépositaires, une science toujours éminente et une vertu à toute épreuve.Le Saint-Siège avait pris toutes les précautions possibles. Après les Abbés de Cîteaux, le choix des moines mendiants, fils de S. Dominique et de S. François, était sage.

Outre qu’ils étaient très populaires et respectés partout, on était fondé à croire que leurs vieux les prémuniraient contre les séductions de l’ambition et de la cupidité ; que les franchises de l’Ordre garantiraient leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs civils et que leur qualité d’étrangers les soustrairait aux influences locales[73].

On ne prenait que des religieux éprouvés, qualifiés par leur expérience et leur savoir. On allait jusqu’à se méfier des mérites précoces, en fixant à quarante ans un minimum d’âge[74], afin qu’aux autres vertus vînt s’ajouter plus sûrement la maturité du jugement.

Dominicains et Franciscains se partagèrent d’abord la charge. Plus tard, elle incomba toute aux Dominicains[75].

Ils y mirent tant de courage et tant de zèle, qu’on les appela, en jouant sur les mots, les Chiens du Seigneur : Dominicani, Domini canesUne fresque d’Orcagna[76] les représente ainsi, dans l’église de Santa-Maria-Novella, à Florence, étranglant des loups qui figurent les hérétiques.

À part quelques indignes que l’histoire a justement flétris, comme Conrad de Marbourg, en Allemagne, Robert le bougre, Torquemada, Deza, Valdès…, la plupart firent grande figure de magistrats. Fiers devant les puissants, impassibles sous la menace, ils portèrent sans fléchir le poids de ce redoutable ministère. Ils y risquaient leur vie. On ne compte pas ceux qui furent massacrés[77]. L’Église en a canonisé plusieurs.

L’Inquisiteur, débarquant dans la province pour laquelle il avait délégation, présentait d’abord les Lettres qui l’accréditaient au Prince et à l’Évêque, pour requérir aide et protection : car toutes les autorités locales, ecclésiastiques et civiles, étaient au service de l’inquisition[78].

Puis, il constituait son tribunal : deux assesseurs, l’évêque du lieu toujours, c’était de droit, et, généralement, le Prieur du couvent ; un notaire qui devait consigner toutes les dépositions par écrit et tenir les archives[79] ; les prud’hommes, viri probi, pris sur place, qui répondaient de la moralité des témoins et contrôlaient les témoignages ; des jurisconsultes experts, laïcs ou ecclésiastiques, qui furent parfois très nombreux, 25, 30, jusqu’à 50 et plus, ébauche de notre jury moderne.

Avant toute action judiciaire, il y avait le temps de grâce, publié dans toutes les églises par les curés, qui durait d’ordinaire trente jours, quelquefois deux, trois et quatre mois[80], remplis par les exercices d’une longue mission.

Tout hérétique qui spontanément venait se dénoncer et abjurer, n’encourait aucune pénalité, sauf, en certains cas, quelques pénitences canoniques.

Il est à remarquer que, pendant ce répit, les hérétiques obstinés pouvaient parfaitement soustraire leurs biens aux risques de la confiscation, en les liquidant eux-mêmes.

Le temps de grâce écoulé, plus de rémission : la justice suivait son cours. Sommation avait été faite à tous et à chacun d’avoir à se présenter à l’Inquisiteur pour lui signaler les loups et les brebis galeuses. Et, à faire ainsi causer tout le monde, on recueillait pas mal de renseignements. Les aveux des uns, les dénonciations des autres, la rumeur publique finissaient par tirer de l’ombre les vrais coupables.

L’Inquisition avait sa police, les familiers, fonctionnaires subalternes que le peuple redoutait, parce que, forts de l’immunité qui les couvrait, ils se montraient indiscrets et violents ; et, comme le fait d’entraver l’action du Saint-Office était un délit très grave et mal défini[81], la moindre querelle avec ces gens-là pouvait mener très loin.

Une première information, l’enquête qui se poursuivait secrètement par les commissaires, aboutissait rarement à la preuve ; on arrivait à établir la suspicion et rien de plus.

On cherchait, on provoquait des témoignages. Sur ce point, la procédure inquisitoriale s’écartait du droit commun. Alors que les autres tribunaux déclaraient irrecevable le témoignage d’un hérétique ou d’un excommunié, l’Inquisition l’admettait : c’était souvent le seul moyen de percer le mystère dont la secte s’enveloppait[82]. On ne faisait pas connaître à l’accusé les témoins qui déposaient contre lui ; on lui communiquait les dépositions, mais sans livrer les noms. La crainte trop justifiée des représailles avait imposé cette réserve.

Malgré les précautions prises, des témoins furent assassinés[83]. En Espagne surtout, ces vendetta sauvages étaient fatales, car l’Inquisition poursuivait l’hérésie, en haut comme en bas de l’échelle sociale, sans s’incliner jamais devant la qualité ou la situation de l’hérétique ; elle citait à sa barre des Princes et des Seigneurs, des Évêques aussi bien que les petites gens ; et, lorsqu’il s’agissait de puissants personnages ou seulement de quelques bourgeois influents, les témoins n’auraient jamais pu parler sans s’exposer à de terribles vengeances[84].

On avait tout fait pour rétablir l’équilibre en faveur de l’accusé. On lui demandait d’abord la liste de ses ennemis déclarés, qui étaient récusés a priori. Les prud’hommes qui résidaient dans la localité et pouvaient se rendre compte, étaient appelés à donner leur appréciation sur les témoins. Tandis qu’on devait suspendre le jugement tant qu’il restait à entendre un témoin à décharge, fût-il en Amérique, Torquemada défend de le différer pour attendre un témoin à charge[85]. Un code particulièrement rigoureux contre le faux témoignage invitait les déposants à compter leurs paroles et à les peser, car c’était la loi du talion, jusqu’à la peine de mort inclusivement[86]. Enfin, le moindre vice de forme, dans la procédure, entraînait la nullité du jugement, au bénéfice de l’accusé[87].

Cité à comparaître, l’inculpé devait se présenter ; sinon on l’arrêtait. Mais l’Inquisition réagissait déjà contre un abus qui subsiste encore dans notre législation du XXe siècle : elle n’admettait pas la prison préventive[88].

S’il avouait, la cause était entendue : le juge s’effaçait devant le confesseur et le pénitent subissait une pénitence qui pouvait être très sévère, comme l’étaient alors les pénitences canoniques, mais, de même ordre.Le plus souvent, il niait. C’était la lutte.

L’accusé n’était pas dénué de tous les moyens de défense, comme on l’a dit.

Sans doute, dans les premiers temps, la jurisprudence semble bien lui refuser un avocat[89], qu’on lui accorde bientôt, – les documents en font foi – quand les dangers de compromission disparurent. En Espagne, cela devint tout de suite la règle[90]. Mais, au début, personne n’aurait consenti à plaider pour un hérétique, au risque de se faire suspecter soi-même d’hérésie.

Il pouvait récuser l’Inquisiteur[91], qui devait alors confier l’affaire à son vicaire.

Il jouissait du droit d’appel ; et, ces appels furent si nombreux en cour de Rome que l’action des Inquisiteurs en était paralysée et qu’ils s’en plaignirent[92].

Non seulement il était libre de se justifier, mais on le mettait formellement en demeure de le faire.

Lorsqu’on avait la certitude morale de tenir un sectaire avéré et qu’il s’obstinait à nier, le juge, obsédé par le désir de muer ce coupable en pénitent, s’obstinait, lui aussi, à le faire avouer. La conscience angoissée par cette alternative ou de perdre une âme en condamnant avant d’avoir converti ou de relâcher, par un non-lieu, un loup dans la bergerie, il tentait l’impossible pour arracher des aveux : la prison cellulaire[93], des délais prolongés, tout, à tel point que, partant de ce principe, indiscutable après tout, que le mal du corps n’est rien en comparaison de la damnation, il en concluait que, si le chirurgien était autorisé à traiter ses patients, sur le vif, et sans anesthésiques alors, par le fer et le feu, lui, devait avoir le droit d’infliger au criminel le traitement de la douleur, pour son bien, en vue de la vie éternelle[94]. Il ne sut pas résister à la tentation d’emprunter au pouvoir séculier le suprême moyen, insensé, barbare, mais d’un usage quotidien dans tous les tribunaux civils : la torture.

La torture appartenait, en effet, à la justice séculière. La Papauté lui avait toujours fermé la porte des tribunaux ecclésiastiques. Le droit canonique ne la connaissait pas. Sur les instances des inquisiteurs, vraisemblablement, Innocent IV, en 1252, l’autorisa, uniquement dans la cause d’hérésie, par une dérogation expresse à la discipline de l’Église et avec des restrictions très positives[95] : jamais au gré de l’Inquisiteur, ni en sa présence, mais par le ministère du bras séculier, dans des cas prévus et déterminés[96], à la dernière extrémité seulement, du consentement de l’Évêque[97], et de telle façon que le patient n’en restât jamais estropié.

Tout aveu obtenu par la douleur était nul, s’il n’était réitéré hors de la chambre de torture et vingt-quatre heures après[98].

En France, à s’en rapporter du moins aux documents, il ne semble pas que l’Inquisition ait abusé de la torture. Certains auteurs, sans le prouver autrement, prétendent que les documents, sur ce point, sont d’un mutisme suspect. De fait, on ne relève que trois cas certains dans les dossiers qui nous restent du Languedoc, où pourtant le Saint-Office ne chôma point[99]Bernard Gui, le grand Inquisiteur de Toulouse, en parle à plusieurs reprises dans ses Instructions, mais ses jugements la mentionnent rarement et son collègue de l’Aragon, N. Eymeric, dont le Directoire fait autorité, recommande de ne recourir à la question qu’avec la plus grande circonspection : il la condamne comme inefficace et trompeuse[100].

L’Inquisiteur ne jugeait pas tout seul. Non seulement l’affaire était mise en délibéré devant le tribunal : tous les jugements relatent l’intervention des assesseurs, des jurisconsultes experts, mais l’Évêque diocésain devait être consulté[101]. Il ressort des procès-verbaux que les causes étaient étudiées avec soin, puisqu’on y relate souvent l’avis de chacun des conseillers.

Les décisions étaient prises, semble-t-il, à la majorité des voix, l’Inquisiteur ayant voix prépondérante, en cas de partage ; et, la plupart du temps, il s’en rapportait à l’évêque[102].

Toujours soucieuse de sa double mission, réduire l’hérésie et sauver l’hérétique, l’Inquisition, à l’encontre de la justice civile, faisait état du repentir. Elle se réservait de remettre ou de commuer les peines. Ce n’était pas un droit acquis au coupable, mais une faculté laissée au juge. Les adoucissements de peines n’étaient pas rares : le nombre des rechutes en est la preuve[103].

Les sentences étaient graduées, selon les cas : dans le code purement pénitentiel, depuis l’offrande d’un cierge jusqu’à la très onéreuse réquisition de la Croisade ; aussi bien que dans le code pénal : l’amende[104], les verges, la rouelle[105], la prison[106] (la confiscation des biens[107]), le bannissement et l’abandon au bras séculier, la rélaxation, qui entraînait, à peu près fatalement, la peine de mort[108]En Espagne, les sentences de mort étaient soumises à la révision d’une Cour Suprême[109].

Seuls, vraiment, les impénitents irréductibles en arrivaient à cette extrémité ; et encore leur accordait-on de longs répits pour leur laisser le temps de se convertir. On les gardait en prison, on les visitait, on les exhortait régulièrement[110]. Enfin, jusqu’à la dernière minute, sur le bûcher, l’abjuration était admise ; et, sauf pour les relaps, l’exécution n’avait pas lieu[111].

On ne précipitait pas les exécutions. On attendait, pour grouper un certain nombre d’affaires ; et, deux ou trois fois l’an, on organisait une manifestation extraordinaire, annoncée d’avance, qui comportait deux parties : à l’église, une prédication solennelle suivie de l’abjuration et de la réconciliation des pénitents ; puis, sur la place publique où une estrade était dressée, la proclamation des sentences pour les condamnés et l’excommunication de ceux qui devaient être livrés au bras séculier[112].

En Espagne, ces démonstrations sensationnelles s’appelaient l’auto da fé, l’acte de foi.

Friands de lise en scène et d’émotions fortes, les Espagnols, si passionnés encore pour leurs sanglantes corridas qui font passer, dans les veines, à l’abri du danger, le frisson voluptueux de la peur, couraient en foule aux autodafés.

L’exécution n’avait lieu que le lendemain, ou plus tard, et par les soins de l’autorité civile. C’est donc une grossière erreur que de confondre, comme le font journellement des plumes fantaisistes ou malhonnêtes, l’autodafé avec le bûcher. On n’a jamais tué ni brûlé dans un autodafé[113].

Sans aller plus avant, on peut déjà juger l’Inquisition pontificale.

Elle a été cela. Les Papes ont voulu qu’elle fût cela, et rien que cela : c’est-à-dire que, dégagée des tares et des abus qui sont le fait de la politique et des passions humaines, bien loin d’avoir le moindre trait commun avec la furie démente et sanguinaire qui légalisa, en 1793, les massacres de la Terreur, elle marque, aux yeux de ceux qui raisonnent et qui pensent, un progrès notable, dans le sens de l’équité, sur la procédure et les pratiques judiciaires de l’époque[114] ; au point que les Templiers, aux prises avec la justice royale, mieux placés que nous ne pouvons l’être pour comparer, souhaitaient d’avoir affaire à elle[115].

Elle a été cela. Les Papes ont dû tolérer qu’elle fût cela, et tout cela ; mais, pour minime que soit la part qu’on y laissa à la torture, il nous déplaît qu’on l’y ait introduite.Encore faut-il tenir compte des mœurs et des idées du temps.

Tout le monde s’accorde, aujourd’hui, à trouver odieux les traitements infligés jadis aux criminels : tout le monde, autrefois, les trouvait naturels.

Ces petits-fils de barbares, plus chrétiens par la tête que par le cœur, énergiques, violents jusque dans leurs jeux, durs à eux-mêmes, méprisaient la souffrance. Ils se défendaient de la pitié comme d’une faiblesse. Ils aimaient à frapper de grands coups, ne craignaient pas d’en recevoir.

Les codes punissaient beaucoup plus sévèrement le vol que les blessures, même graves. On faisait bon marché de sa vie et de celle des autres : mélange de rudesse et de foi ; rudesse de soldat, toute en force, qu’avait déjà bien adoucie la religion, mais mal endormie et prompte au réveil, même chez les meilleurs, sous l’afflux soudain d’impulsions ataviques.

Dans cet ordre de choses contingentes, l’Église ne devance pas les siècles. Elle marche avec eux, en essayant de les amender. Elle travaille, sans répit, à la réforme des mœurs, dans la mesure où l’humanité en a besoin, dans la mesure aussi où l’humanité peut le supporter.

Elle n’a pas aboli l’esclavage en un jour. Elle a eu fort à faire pour discipliner l’humeur batailleuse des Francs, des Goths et des Germains. Il lui a fallu du temps et de la patience pour transformer le reître brutal en chevalier chrétien[116].

Elle a incliné, tant et sitôt qu’elle l’a pu, vers plus d’équité et plus de douceur, la justice féodale.

Or, c’est précisément à l’époque où elle allait avoir enfin raison de ces errements bizarres et cruels qu’on appelait les ordalies ou jugement de Dieu[117], que la torture, tombée peu à peu en désuétude depuis le Ve siècle, était rentrée, par une autre porte, dans les prétoires du Moyen Âge, à la remorque du vieux droit païen de Rome et sous l’influence des légistes, qui y trouvaient un système plus méthodique et plus sûr d’information.

Les malfaiteurs, brigands de métier ou routiers sans solde, étaient nombreux et hardis ; la police mal organisée, débordée et impuissante.

Les criminalistes s’inquiétaient plutôt de renforcer les pénalités que de les mitiger : on remplaça ces violentes épreuves des ordalies, par l’épreuve de la Question ; et, moins préoccupés des formalités de la procédure que du but à atteindre, les magistrats s’efforçaient d’enrayer la criminalité, en effrayant, par la torture des criminels, le monde des escarpes et des malandrins, assez dur à émouvoir.

On escomptait l’effroi des préparatifs. Souvent, en effet, la seule vue des instruments déliait les langues.

On n’alléguait pas, au civil, pour excuser ces rigueurs, le bien spirituel du patient, mais la chance qu’on lui offrait d’éviter la mort, s’il n’avouait pas. On prétendait lui imposer le moindre mal pour lui épargner le pire. Et les intéressés paraissent bien l’avoir compris ainsi, car il y avait des écoles d’endurcissement où ils s’entraînaient entre eux à l’endurance, en s’appliquant mutuellement la question.

Quoi qu’il en soit des théories ou des préjugés, c’est un fait que la torture sévissait dans tous les États d’Europe.

L’Italie et l’Allemagne en usèrent avec un acharnement qui dépasse tout ce qu’on a fait en France. En Espagne, elle a été à peine interrompue. L’Angleterre, qui n’y vint officiellement que sous Henri VIII, l’employa même contre les témoins[118].

Donc, puisque ces instruments de torture, qu’on retrouve dans les musées, constituaient le mobilier courant des tribunaux civils et des cours de justice, puisqu’ils ont été fabriqués par le pouvoir séculier pour les malfaiteurs de droit commun, c’est un mensonge, une imposture de les étaler, cyniquement, dans les exhibitions foraines, sous l’étiquette exclusive de l’Inquisition et de les présenter, par l’image ou par le livre, avec des airs indignés, comme l’arsenal tout spécial de l’Église contre l’hérétique, pour faire croire au peuple que, de tous les tribunaux, celui-là seul s’en serait servi qui en a le moins usé.

L’inquisition : les causes, le temps, les faits 4/7


LA CROISADE DES ALBIGEOIS (fin)

V

[...] La guerre qui se prolongea longtemps encore, avec des répits et des missions, celle de S. Antoine de Padoue entre autres, (1125), avait porté un coup sérieux aux Cathares. La ruine de la puissante Maison de Toulouse leur enlevait un solide appui.

Toujours malfaisante, mais plus circonspecte, la Secte se tapit un moment dans l’ombre des sociétés secrètes et poursuivit sournoisement sa besogne de désagrégation sociale. Elle n’était pas vaincue. Le feu couvait sous la cendre pour se rallumer bientôt. L’Église et l’État restaient sur la défensive.

Parallèlement à ces évènements, peu à peu, dans tous les pays contaminés, une législation s’était formée, si bien qu’au XIIIe siècle, partout, les lois civiles punissaient de mort le crime d’hérésie, ou, plus exactement, les hérétiques en tant qu’anarchistes.

Seulement, par cela même qu’ils se cachaient, on en vint à les rechercher. Ce fut le principe de l’Inquisition, qui suppléait à l’insuffisance de l’accusation devant laquelle on reculait, par crainte de représailles.

D’autre part, les excès de certaines Cours seigneuriales trop précipitées et trop violentes, qui sévissaient à tort et à travers, sur les moindres suspicions d’hérésie, firent sentir à l’Église la nécessité de s’interposer et d’instituer une enquête canonique préalable qui mettrait les juges civils à l’abri de ces erreurs.

Il y avait bien, sur place, l’Évêque, inquisiteur d’office, chargé de veiller sur la doctrine et de poursuivre l’hérésie ; mais, indolence ou timidité, pour n’avoir pas d’embarras, certains évêques sommeillaient tandis que d’autres étaient débordés.

Toutes ces raisons, la préoccupation aussi de barrer la route aux empiétements de l’Empereur Frédéric II, sur ce terrain de l’hérésie[53], déterminèrent Grégoire IX, en 1233, à juxtaposer à l’Officialité diocésaine pour l’appuyer, la renforcer, la suppléer à l’occasion, un tribunal spécial confié à des légats, délégués directs du pape, étrangers au pays, plus indépendants, moins accessibles aux influences locales, qui provoquerait et dirigerait les recherches – d’où le nom d’Inquisition – et statuerait, après examen, avec plus de compétence que les juges laïques, sur le fait d’hérésie[54].

Et, alors, quand le Pouvoir civil recevait, des mains du juge ecclésiastique, cet hérétique avéré et obstiné, il le traitait en criminel de droit commun qu’il était et lui appliquait, non le Code pénal de l’Église, qui ne comporta jamais la peine de mort, mais son code à lui, le Code pénal de l’État.

Il y avait donc deux puissances agissant chacune dans sa sphère, deux juridictions très distinctes, avec des attributions différentes, deux juges, et, par conséquent, deux sentences : l’une ecclésiastique qui portait sur la doctrine et déclarait l’inculpé hérétique ; l’autre civile qui châtiait le coupable, non parce qu’il était en désaccord avec l’Église, mais parce qu’il était révolté contre l’État.

Le juge séculier n’était pas mandataire de l’Église ; il n’exécutait pas le jugement de l’Inquisition. Il ne relevait que de l’État ; il avait pleine autorité pour appliquer ou non la peine capitale, au nom de l’État.

Voilà le principe ; voilà l’esprit premier de l’Inquisition ! Nous en étudierons le mécanisme à propos de l’inquisition espagnole.

Si les choses en étaient restées là, l’Église n’aurait point à répondre de ce qu’a fait l’État.Mais les papes du XIIIe siècle, Innocent IV, Urbain IV, Clément IV, sont allés plus loin.

Sans modifier le caractère de l’Institution, sans étendre la compétence du juge ecclésiastique, en respectant toujours la distinction des deux juridictions, par-dessus la tête des Inquisiteurs, ils ont enjoint à la Justice séculière d’appliquer les justes lois et de condamner[55]Inutile de biaiser. Le fait est indiscutable : détourner la tête pour ne point le voir serait aussi maladroit que malhonnête.

Ces papes ont donc, de ce chef, leur part de responsabilité dans la mise à mort des hérétiques.De là à improuver leur attitude, il y a loin. Car, pour blâmer, il faudrait établir, non pas qu’ils ont pris cette initiative, mais qu’ils ont eu tort de la prendre.

Regardons-y de près : car là est le point le plus délicat de toute cette affaire.

Dans l’antiquité chrétienne, tout en sévissant, par des peines canoniques, contre l’hérésie, et sans réprouver les sanctions plus rigoureuses des codes politiques, l’Église a répugné à l’emploi de la force[56] ; car, tandis que, dans la Société civile, la répression vise l’ordre public par le châtiment des criminels, dans l’Église, elle vise, avec la préservation de la foi, la conversion de l’hérétique.

Elle s’applique à convaincre, plutôt qu’à contraindre.

Elle n’a jamais recouru au bras séculier pour imposer l’Évangile aux infidèles[57]Elle interdit même aux prêtres de baptiser un enfant contre le gré des parents[58]. Et, si les Papes ont fait appel à l’épée des Croisés, c’était moins en tant que Chefs spirituels de l’Église, qu’à titre de tuteurs de la Chrétienté, tantôt pour repousser l’Islam qui menaçait du dehors, tantôt pour étouffer au dedans un foyer d’anarchie.

Au XIe siècle  et au commencement du XIIe, ce n’est pas l’Église qui a conseillé ces lynchages d’hérétiques, dont nous avons parlé plus haut. Ce n’est point assez de dire qu’elle s’est tenue à l’écart : elle les a blâmés ; elle s’y est opposée.

Plus tard, il est vrai, les désapprobations furent moins énergiques. Il y eut un fléchissement. La violence du sentiment populaire surexcité en proportion de la malfaisance des hérétiques forçait la main aux autorités. Les Évêques, Seigneurs féodaux, se virent obligés, comme le furent les Princes, de tolérer ces exécutions et même de les ratifier, parce que l’usage, vieux déjà d’un siècle et demi, avait, à leurs yeux, force de loi.

Bien loin donc que ce soit l’influence de l’Église qui ait déterminé la coutume, c’est l’usage établi qui a pesé sur les Évêques.

À la fin du XIIe siècle, tous les conciles qui se font les échos du pays inquiet et mécontent, pressent les pouvoirs publics d’édicter des peines afflictives contre les Cathares ; mais aucun ne réclame la peine de mort[59], soit qu’ils ne jugent pas cette rigueur extrême indispensable encore, soit plutôt que l’esprit de mansuétude les retienne toujours.

Innocent III lui-même intervient dans le même sens, sans parler, lui non plus, de la peine de mort[60].

Mais le courant parti d’en bas, le verdict populaire, fut plus puissant. Il a fini par l’emporter. C’était dans les mœurs. Un beau jour, la législation a dû sanctionner la coutume : pour la France, ordonnances royales de Louis VIII en 1226, de la Régence, sous Louis IX en 1228[61].

En Italie où les Cathares, exploitant les difficultés de l’Église en lutte avec l’Empire, s’étaient créé de fortes positions, les papes sont plus tolérants qu’on ne l’est partout ailleurs, parce que c’est l’esprit de l’Église. Alors que partout on allume des bûchers, ils s’en tiennent, dans leurs États, aux peines canoniques.

Bien plus, sous leur influence directe, une première législation fut établie, en Allemagne, par Frédéric Ier et Frédéric II, pour toutes les terres d’Empire où le peuple, comme en France, lynchait les hérétiques : elle ne comportait pas la peine de mort. Elle marquait, par conséquent, un arrêt, un recul sur l’usage déjà séculaire des bûchers[62].

C’est ce même Frédéric II, en lutte ouverte avec le Pape, qui, tout à coup, dans une impulsion de zèle, ou plutôt par habileté politique, – c’était un fin renard, – pour donner le change, car il était sujet à caution, d’une orthodoxie fort douteuse, de mœurs suspectes, excommunié, c’est lui qui, en 1224, de sa propre initiative, « auctoritate nostra », fit entrer dans un code, pour la première fois, avant les rois de France, la peine de mort pour le crime d’hérésie[63]. Il est donc bien avéré que cette législation criminelle n’est pas l’ouvre de l’Église et que l’on peut faire l’histoire de la peine de mort contre l’hérésie, sans rencontrer l’Inquisition.

L’Inquisition n’est venue qu’après, comme une réplique, vraisemblablement, à cette initiative inquiétante de Frédéric II. Elle a trouvé la puissance séculière, l’État, en possession de cette législation.

Elle opère à côté, dans une voie parallèle. Sa sentence est toute doctrinale. Elle est au bout de sa mission et de sa compétence lorsqu’elle s’est prononcée sur le fait de la culpabilité. Elle passe alors la main au juge civil, qui détermine et applique la peine.

Les choses ainsi mises au point, la situation s’éclaire d’autant, et ce qui semblait, de prime abord, étrange, paraît déjà moins insolite.

Ces lois sévères étaient-elles légitimes, oui ou non ? Tout est là.

Quand l’Église, conciles, évêques, théologiens protestaient contre la mise à mort des Cathares révolutionnaires, ce n’était pas au nom de la justice, c’était au nom de la charité chrétienne.

Tant qu’elle ne se trouva point en face d’une législation officiellement établie, l’Église avait pleine liberté pour faire prévaloir ses préférences ; et elle n’y a pas manqué. Mais, quand les Chefs d’État eurent légiféré, en vertu de leur pouvoir légitime, sur une question qui intéressait directement l’ordre public, dès lors que ces lois n’étaient ni injustes en principe, ni excessives en droit strict – et elles ne l’étaient pas, car de simples malfaiteurs infiniment moins dangereux que les Cathares, comme les incendiaires et les faux monnayeurs, étaient punis de la même peine – l’Église fut obligée de s’incliner devant le fait accompli.

Elle n’était plus libre.

D’ailleurs, il y allait de l’existence même de la société chrétienne. Il faut bien supprimer les criminels, pour protéger les honnêtes gens[64] ; tuer les loups, pour sauvegarder le troupeau ! car le salut de la collectivité est intimement lié au châtiment des anarchistes : on ampute au malade un membre gangrené, pour lui sauver la vie.

Pourquoi, chez nous, en plein XXe siècle, malgré le sentimentalisme maladif de notre époque, en dépit du vent qui souffle, alors que tous les esprits sont férus de libéralisme et qu’on prône à grands cris la tolérance, pourquoi, naguère, le pays a-t-il protesté si violemment contre l’inertie du chef de l’État qui abusait du droit de grâce ? pourquoi les Chambres françaises, en 1909, sous la pression de l’opinion, ont-elles exigé, par leur vote, que la guillotine fasse impitoyablement son œuvre de mort ? C’est évidemment parce qu’on a estimé cette rigueur indispensable à la sécurité publique.

C’est pour le même motif qu’au Moyen Âge on a frappé les hérétiques.

Considérant qu’en raison des circonstances, il fallait agir vigoureusement, qu’il y avait urgence à le faire, et n’ayant plus sous la main qu’une législation qui condamnait à mort[65], législation légitime qu’ils ne pouvaient récuser sans dénier à l’État le droit de se défendre, les papes firent taire leurs répugnances et en prirent leur parti[66].

Ils veillèrent, eux aussi, à ce que les Chefs d’État ne faiblissent pas. Ils leur rappelèrent qu’ils avaient reçu de Dieu, avec l’autorité, le glaive pour s’en servir ; que c’était non seulement leur droit, mais leur mission et leur devoir[67].

Leur conscience leur commanda d’aller jusque-là.

Les papes des âges précédents ne l’avaient pas fait. Ceux qui viendront après eux ne le feront pas : question d’opportunité, qu’il ne nous est pas possible d’apprécier sainement, à sept ou huit siècles de distance. Nous sommes d’un autre monde. Et, faute de pouvoir nous faire un jugement direct et personnel, nous en sommes réduits à nous en rapporter au témoignage éclairé des contemporains.

Quand nous savons, par ailleurs, que ces papes furent de mœurs pures, d’idées larges, que leur pontificat fut fécond et qu’ils ont fait grande figure dans l’histoire ; quand nous les sentons appuyés par l’opinion de leur temps ; quand nous voyons les esprits les plus graves, les plus pondérés, des hommes comme S. Thomas d’Aquin, S. Louis, S. Raymond de Pennafort, les approuver, les seconder activement, comme leurs prédécesseurs avaient été approuvés et secondés, dans la même lutte, par S. Bernard, S. Dominique, S. Antoine de Padoue, nous sommes bien forcés de convenir qu’ils devaient tout de même avoir raison[68]. C’est du simple bon sens.

L’Église n’avait pas changé de sentiment, mais elle avait dû modifier sa tactique[69].

La mère la plus douce, le père le plus débonnaire ne sont-ils pas contraints, parfois, de comprimer, pour un temps, la tendresse dans leur cœur et de châtier l’enfant rebelle dont la conduite est un outrage et un danger pour la famille ; car, se taire alors, ne serait plus de la bonté, mais de la complicité et de la faiblesse ?

L’Église donc a connu ces heures tragiques. Elle a vu se dresser contre elle des enfants dévoyés qui s’acharnaient à perdre leurs frères et à dilapider le bien de famille – car, on l’oublie trop, si l’infidèle, le païen, le Juif ne sont pas de l’Église, l’hérétique, lui, appartient à l’Église, par son baptême ; il est sujet de l’Église ; enfant dénaturé, mais enfant de l’Église ; l’Église garde sur lui tous ses droits ; et, par conséquent, l’obligation d’obéir à l’Église le suit jusque dans sa révolte. Il est, vis à vis d’elle, dans la situation du déserteur vis à vis de l’armée, sous le coup toujours des lois militaires, – l’Église donc a connu ces heures tragiques. Elle a sévi, dans l’intérêt supérieur de la Religion, pour défendre la foi, pour se défendre elle-même ; elle a sévi, dans l’intérêt de la république chrétienne du Moyen Âge, pour la protéger ; elle a sévi, dans l’intérêt des égarés, pour les amender et sauver ceux qui pouvaient être sauvés ; elle a sévi, pour ne pas trahir sa mission, pour ne point pactiser avec le mal.

Et, sans même recourir au vieux principe, cher aux gouvernements humains, des nécessités de salut public, qui domine toutes les lois, excuse et justifie, en politique, tous les expédients, suprema lex salus populi, j’ai le droit de conclure, il me semble, qu’en ces temps difficiles, comme elle a pu, gênée par les circonstances ou mal servie par les hommes, l’Église, en toute rigueur de justice, a rempli sa tâche : elle a fait son devoir ! [...]

L’inquisition : les temps, les causes, les faits 3/7


LA CROISADE DES ALBIGEOIS (Suite)

III

[...] Dès le XIe siècle, l’hérésie Albigeoise est déjà répandue partout et mille sectes extravagantes[22], plus ou moins apparentées à celle-là, pullulent de tous côtés, comme la vermine sur un corps malade. Mais, dans aucun pays, les Cathares ne sont effrontés comme dans le Midi. Ils prêchent sur les places publiques, tiennent au grand jour leurs assemblées, un concile même, que vint présider, de Constantinople, leur pape Nicétas. Ils partagent le territoire en diocèses et se comportent absolument comme si le Catharisme était le culte officiel, reconnu et établi.

Enhardis par la faiblesse, l’indolence ou la complicité des autorités locales, ils deviennent turbulents, agressifs et passent à l’action directe. Ils malmènent les prêtres et les moines, pillent les couvents, brûlent les églises et ne reculent pas devant un meurtre à l’occasion ; tant et si bien que le comte de Toulouse, dont la tolérance scandaleuse fit croire longtemps qu’il pactisait avec eux, finit par trembler pour ses propres intérêts et réclama des Rois de France et d’Angleterre, en 1179, une intervention armée : « Les églises sont désertes ou détruites, écrit-il ; les prêtres eux-mêmes se laissent infecter. On refuse le baptême. On traite l’Eucharistie d’abomination. Les cœurs sont aussi durs que la pierre. Les peines canoniques ne produisent aucun effet. Seul le glaive qui frappe les corps donnera un salutaire avertissement. »

Dans les provinces du Nord, sous le gouvernement immédiat du roi de France, où ils se sentaient moins à l’aise, ils mirent, au début, une sourdine à leur prosélytisme inlassable, qu’ils dissimulaient habilement sous les dehors des rites catholiques, pour n’éveiller point de suspicions.

Mais leur jeu fut vite éventé.

Les gens du Nord, que n’avait point entamés autant le scepticisme énervant du Midi, étaient plus revêches ; ils avaient la main lourde, et, bientôt, les Cathares malfaisants devinrent l’objet de la méfiance et de l’aversion publiques. On les traita comme on traitait alors les auteurs de maléfices. À tort ou à raison, on les confondit avec les sorciers, ces êtres mystérieux et sournois, encore nombreux au Moyen Âge, habiles à manier les poisons, toujours prêts à nuire, que le peuple abomine et qu’il va consulter en secret, car il ne se défend pas de l’attrait malsain de l’occultisme et il cherche à bénéficier quand même de cette puissance étrange qui lui fait peur[23].

Les Codes antiques avaient été impitoyables pour les sorciers[24]. Au Moyen Âge, dans tous les pays, la pratique de la sorcellerie, qui impliquait tant de méfaits, était punie de mort.

Le peuple n’attendit pas une législation spéciale contre les Cathares. Avec son bon sens natif, il flaira l’ennemi sous l’hérétique. Il se fit justicier. Il reconnut vite, à ses fruits empoisonnés, que l’arbre était mauvais. Il ne perdit pas son temps à l’émonder. Il le jeta au feu sans vouloir rien entendre.

Les premières exécutions de Cathares à Orléans, en 1017, à Milan, à Asti, en 1040, à Liège à trois reprises (1035-1048-1111), à Cambrai[25], à Cologne, à St-Gilles, à Troyes, à Soissons, sont de véritables lynchages, malgré les Évêques, malgré l’autorité civile, quelquefois avec son acquiescement[26].

La fureur des foules déchaînée tout à coup frappait en aveugle, sans attendre un jugement « craignant, dit un chroniqueur, que les Évêques ne soient trop débonnaires[27]Clericalem verens mollitiam ». Le clergé était donc plus tolérant que les laïques.

Aucune loi, au XIIe siècle, ne condamnait les Cathares à mort. Mais, c’était dans l’air ; et, sans que l’on pût dire d’où elle venait, cette vague de colère fut si violente que le Midi lui-même n’échappa point, pour un temps, à ces soubresauts de l’âme populaire[28] !

Il faut croire, tout de même, que pour concentrer à ce degré, sur leur dos, l’exécration universelle, les manichéens du Moyen Âge n’étaient pas les pieux utopistes, les petits saints, philosophes « de mœurs pacifiques », dont « la doctrine était pure et simple » au dire des manuels scolaires et qui n’avaient d’autre tort que de « ne pas comprendre la doctrine chrétienne de la même manière que les catholiques », ni d’autre but que de « réagir contre la corruption et les excès de l’Église, pour ramener la morale chrétienne à une parfaite pureté »[29].

Ils devaient ressembler, comme se ressemblent les frères, à ceux que Dioclétien condamnait déjà au feu au IIIe siècle, et, pour ce même motif d’anarchie[30] ; à ceux que les gouvernements de Byzance, aussi bien sous Constantin le catholique que sous les empereurs ariens[31], traquaient comme révolutionnaires ; à ceux dont le Pape Léon le Grand avait dit, en 447, que « si on n’arrivait pas à les réduire, c’était la fin de toute civilisation[32]» ; à ceux que le code pénal des rois Wisigoths, aux Ve et VIe siècles, envoyait au supplice comme perturbateurs de l’ordre public[33] ; à ceux dont les mœurs dissolues, soigneusement abritées sous le manteau épais d’austérités pharisaïques, ont fini par ouvrir les yeux à S. Augustin, qui les fréquenta avant sa conversion[34].

Et, vraisemblablement, ils avaient quelques traits de commun avec ces hérétiques d’Allemagne que le pape Grégoire IX, un peu plus tard, appellera « des bêtes fauves, véritables bandits, débauchés, sacrilèges, qui répandaient le sang comme l’eau, sans égard ni au sexe ni à l’âge, qui avaient crucifié des prêtres et des religieux, brûlé des jeunes filles, immolé des enfants, incendié les églises et les couvents, à tel point que les fidèles se réfugiaient au fond des forêts pour échapper à la mort et célébrer les mystères[35].

De fait, plus ils se sentent forts, plus ils osent. Ils se font appuyer par des bandes de soudards, ces routiers, ces truands, sans foi ni loi, mi-brigands, mi-soldats, plus brigands que soldats, toujours prêts à marcher pour le plus offrant, qui trouvaient la nouvelle religion plus commode que l’autre et frappaient d’autant plus volontiers sur les curés et les moines, pour le compte des Cathares, que la besogne leur plaisait et qu’ils en tiraient profit.

Un énergumène, Tanchelin (1168), traînait avec lui, dans les Flandres, une bande de 3 000 routiers qui terrorisaient la région. Les habitants du Berri, en 1183, durent livrer une véritable bataille, sous les murs de Chateaudun, pour pacifier leur pays[36].

Dans le Midi, centre de l’insurrection et foyer de la contagion, c’était partout l’insécurité, la terreur, des sacrilèges, des brigandages et des meurtres[37]Les chroniques de l’époque sont remplies des méfaits de la Secte. Les Conciles y reviennent sans cesse et déplorent l’inertie des pouvoirs civils[38].

La tâche était lourde, pour la papauté, de veiller, dans ces conditions d’indifférence et de mauvais vouloir, au salut de la Chrétienté. Loin des évènements, difficilement renseignés, mal servis, en face de ces mille petites puissances féodales ombrageuses et jalouses, les Papes étaient, à la fin du XIIe siècle, à bout d’expédients. Ils avaient beau légiférer, les anathèmes, les excommunications, les sanctions canoniques, qui pesaient bien encore sur la conscience des princes, n’ébranlaient plus leur bras ; car il était trop tard : la justice était désarmée par la multitude des coupables.

IV

 Et cependant il fallait à tout prix aviser.

Les historiens les plus prévenus contre l’Église, entre autres l’Américain protestant H. Ch. Lea, qui les résume tous et dont le parti pris, souvent malveillant, n’est pas toujours loyal, Lea, qui se présente au public français sous le patronage significatif de Salomon Reinach, avoue, après avoir étalé avec complaisance, à côté des misères du clergé, la doctrine habilement parée des prétendus réformateurs, que dans cette crise, la cause de l’orthodoxie s’identifiait avec la cause de la civilisation et que, si le Catharisme l’avait emporté sur le Catholicisme, l’Europe serait retombée à la sauvagerie des temps primitifs[39].

Le Pape Alexandre III, en 1179, au IIIe concile de Latran, estime déjà qu’une Croisade était indispensable.

Trente ans se passent encore avant qu’Innocent III s’y détermine. Il faut qu’il y soit contraint par l’imminence du danger et que l’assassinat de son légat Pierre de Castelnau, de son ambassadeur à lui, Chef de la Chrétienté, lui force la main. Mais avant d’en arriver à cette extrémité, la Papauté avait épuisé tous les moyens pacifiques. On ne l’accusera pas de précipitation : il y avait deux siècles que les sectaires s’insurgeaient contre la société chrétienne.

N’a-t-elle pas d’abord essayé de les convaincre par des prédications, des discussions, des conférences contradictoires ? Un premier effort en 1101 ; puis les grandes missions de S. Bernard avec les cisterciens, en 1147 et 1177[40] ; enfin, 60 ans plus tard, celles de S. Dominique, avec les Frères Prêcheurs spécialement fondés pour ce rude apostolat[41].

N’a-t-elle pas multiplié, par la voix des conciles, par des appels directs, pressants, ses instances auprès des gouvernements et des princes : « Agissez ; faites votre devoir ; gouvernez ; appliquez les lois ! L’hérésie bouleverse vos états ; elle mine le terrain sous vos pieds ; elle fomente la révolution : défendez-vous, défendez vos peuples, défendez le patrimoine commun de la Société et de la religion ! »

N’a-t-elle pas prêté main-forte aux autorités locales, en leur envoyant des légats pour faciliter la recherche, l’examen des hérétiques ? Et c’est parce que ses avertissements, ses avances, ses menaces sont restés à peu près sans écho que la papauté débordée a été amenée, par la force des choses, à des rigueurs extrêmes[42].

Le roi de France, Philippe-Auguste, sollicité à cinq reprises, de prendre l’initiative et la direction du mouvement, s’était dérobé, sans contester toutefois le bien-fondé de la croisade. En guerre avec les Anglais qu’il débusquait des provinces de l’Ouest, il avait allégué la nécessité où il se trouvait de réserver toutes ses forces pour cette expédition[43].

L’appel du pape[44] n’en eut pas moins un retentissement considérable dans toutes les régions du Nord et de l’Est, parce qu’il répondait au sentiment, aux préoccupations du pays. Séduits par les faveurs spirituelles qu’on leur offrait, les mêmes qu’aux Croisés de Terre Sainte, à moins de risques et à moins de frais, les seigneurs se levèrent avec un tel élan qu’à Rome on en fut surpris, presque inquiet. Les détails de l’opération militaire importent peu à notre sujet : ce fut la guerre avec le cortège de misères qu’elle traîne fatalement après elle.

Il n’y aurait rien à en dire si des historiens protestants ou libres-penseurs, plus soucieux de leur passion que de la probité historique, n’avaient exploité, avec une toute particulière mauvaise foi, contre l’Église, le Sac de Béziers, en prétendant que ce massacre avait été froidement prémédité et qu’aux soldats qui hésitaient dans la crainte d’égorger pêle-mêle les catholiques avec les cathares, le légat avait donné cette consigne sauvage : « Tuez-les tous, Dieu saura bien reconnaître les siens ! »

Les manuels scolaires n’ont eu garde d’oublier ce mot atroce. Ils l’ont mis en vedette[45].

La vérité, c’est que si le vicomte de Béziers, protecteur avéré des Cathares, ne s’était point obstiné follement dans sa résistance, la croisade eût pu se terminer là, sans effusion de sang, par le seul effet de l’intimidation des rebelles et par la répression des hérétiques anarchistes, sous l’action normale des tribunaux.

La vérité, c’est qu’on a tout fait pour épargner la vie des habitants, s’ils consentaient à livrer les sectaires notoires à la justice. Il est prouvé aussi que ce sont les routiers, ces ribauds indisciplinés, pillards et paillards, « impies comme nos modernes, dit Michelet, et farouches comme des barbares[46] », la plaie et l’appoint obligé des armées de ce temps-là, qui ont fait le coup. Les chefs n’étaient pas maîtres de leurs troupes, écrivent les légats : « Il y a dans l’armée trop de gens qui sont avec nous de corps, mais non d’esprit[47]. »

Pendant que les états-majors délibéraient pour combiner l’attaque du lendemain, les ribauds, les valets mercenaires, provoqués par une stupide sortie des assiégés, qui les narguaient, et hypnotisés par l’appât du butin, se ruèrent sur les Bitterrois imprudents, pénétrèrent sur leurs talons, par la porte[48], massacrant, comme des fous, ceux qui leur tombèrent sous la main, principalement dans l’église de la Madeleine. Les chevaliers, les croisés durent les chasser hors de la ville à coups de trique ; et c’est pour se venger que cette canaille y mit le feu.

Quant à la réplique cynique mise au compte du légat, que nos maîtres d’école répètent, avec le ton qui convient, à tous nos bambins de France, il est au moins curieux qu’elle ait échappé à tous les chroniqueurs contemporains[49]. Nous l’aurions ignorée toujours si elle ne nous était revenue d’Allemagne, au XIVe siècle, dans un recueil de légendes, d’anecdotes, de récits burlesques qui ne méritent aucun crédit, les Dialogi miraculorum de P. Césaire d’Heisterbach ; et encore, sous cette rubrique suspecte : « On raconte que le légat aurait dit… dixisse fertur ? »

C’est donc un misérable racontar, dont le savant historien d’Innocent III, Luchaire, membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres, a fait justice naguère, dans ses cours à la Sorbonne.

Dire maintenant qu’une fois sortie du fourreau, la lourde épée des chevaliers a toujours frappé juste et n’a jamais frappé trop fort ; que les croisés sont entrés sans arrière-pensée dans les desseins du Pape et n’en sont pas sortis ; que la politique n’a pas faussé l’esprit de la croisade ; que les chefs n’ont pas joint ou superposé, à l’œuvre de pacification, des visées de conquête pour rattacher au domaine royal des provinces qui n’y tenaient jusqu’alors que par un fil ; que les intrigues et les rivalités des seigneurs, l’ardeur même des légats, les passions humaines n’ont pas engendré des abus : c’est une autre affaire.

Nous ne faisons pas le procès des croisés. Nous cherchons à dégager, de cet enchevêtrement d’influences et de responsabilités, le rôle et la responsabilité de l’Église.

Ces abus, quels qu’ils soient, ne peuvent rester à la charge de l’Église que si l’Église s’en est faite complice ou si elle a fermé les yeux.

Or, à lire la correspondance d’Innocent III, on a la sensation très nette que les croisés vont toujours plus loin que le pape, et que, entraînés par leur zèle ou par celui des autres, les légats, trop ardents, outrepassent leur mandat : il leur reproche des décisions, des initiatives qui excédaient leurs pouvoirs[50].

À plusieurs reprises, il prend la défense des vaincus. Il ne veut pas que l’on condamne le comte de Toulouse, encore moins qu’on le dépouille, sans qu’un procès canonique ait établi juridiquement sa culpabilité et ses trahisons. Il désavoue, il blâme le parti de l’action à outrance qui tente d’exploiter la croisade, non plus contre les Cathares, mais contre les seigneurs du Midi et les catholiques. Il réprouve les excès de Simon de Montfort : ce n’est pas pour lui tailler un fief dans le midi que le pape a prêché la croisade. Il met fin à l’expédition malgré les légats, malgré les chefs militaires. Il s’agissait de sauvegarder la paix de la chrétienté, en réprimant l’hérésie : c’est fait. La croisade n’a pas d’autre objet. Le pape entend n’être ni dupe ni complice des politiciens ou des diplomates[51].

Bref, Innocent III a été l’homme providentiel de son temps. Il a rempli, avec la clairvoyance et la fermeté d’un esprit supérieur, la tâche de chef et de tuteur de la société chrétienne en décidant la croisade. Il en a été le moteur et le suprême modérateur ; et, si les résultats restent à son actif, les fautes commises ne lui sont point imputables[52]. [...]

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